Dieu, un informaticien programmateur de jeu d’échecs ?

Publié le 08 Nov 2023
dieu joueur d'échecs ?
Le père Basile Valuet (osb), moine de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, publie les deux premiers volumes d’une vaste étude sur les rapports entre Dieu et la liberté humaine. Une somme impressionnante qui cherche à déterminer quelle est l’authentique doctrine de l’Église sur le sujet.

  Le titre général de l’ouvrage, Dieu joueur d’échecs ?, peut apparaître comme trop anthropomorphique. Dans son introduction générale l’auteur va même plus loin, jusqu’à écrire : « Il serait même plus exact de le concevoir comme un informaticien programmateur d’un logiciel de jeu d’échecs. » Mais, heureusement, ce dont il est question – la prédestination, la grâce et le libre arbitre – n’est pas un jeu, ni non plus une confrontation. La Révélation chrétienne nous enseigne que Dieu créateur n’a pas abandonné les hommes malgré la faute originelle et leur a laissé la liberté de répondre à son dessein salvateur en Jésus-Christ. Le père Basile dit bien, dès la première page de son introduction générale, que le but de son livre est d’« engendrer une confiance abandonnée en l’Amour miséricordieux de Dieu ». L’examen spéculatif des graves questions, l’analyse des rapports entre le temps et l’éternité, l’étude de la conciliation entre la prescience de Dieu et la liberté des hommes doivent, à un moment, céder le pas à une foi confiante.  

Sur la liberté religieuse

Le père Basile avait consacré sa thèse de doctorat en théologie à La liberté religieuse et la Tradition catholique, six volumes publiés en 1998 (soit plus de 2 000 pages). Il voulait montrer que la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, Dignitatis humanae, constitue « un développement doctrinal homogène dans le magistère authentique ». Ces six volumes ont été résumés ensuite dans un volume plus accessible : Le droit à la liberté religieuse dans la tradition de l’Église (1).  Avec Dieu joueur d’échecs ?, le propos de l’auteur est une nouvelle fois vaste et ambitieux. Cette fois, il s’agit de présenter, sur un mode chronologique, la doctrine catholique sur Dieu et la liberté, depuis les Saintes Écritures jusqu’aux penseurs contemporains, en passant par les Pères de l’Église, saint Thomas d’Aquin, les théologiens scolastiques ultérieurs et les écoles théologiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Quatre tomes sont prévus. À ce jour, deux sont parus : le premier va « De l’Écriture à saint Albert le Grand » ; le second, « Relecture de saint Thomas », déjà publié une première fois en 2018, est réédité dans une version revue et corrigée.…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Yves Chiron

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureLecturesThéologie

« La Croix de Jésus » de Louis Chardon, une leçon de tendresse divine

Culture | Le dominicain Louis Chardon, théologien et prédicateur du XVIIe siècle aujourd’hui bien oublié, est l’auteur de La Croix de Jésus dont Les Belles Lettres proposent ces temps-ci une réédition, avec une introduction de l’écrivain et philosophe Romain Debluë. Celui-ci éclaire pour nous le mariage de la théologie et de la mystique, de la souffrance et de l’amour chanté par le religieux. Entretien.

+

croix de jésus création
EgliseMagistèreThéologie

Jean Madiran : lecteur critique de Gustave Thibon

Dossier « Jean Madiran et Gustave Thibon, un compagnonnage intellectuel ? » | Considéré par les lecteurs d’Itinéraires comme un collaborateur régulier de la revue, Gustave Thibon n’y donna en réalité qu’épisodiquement des articles, marquant toujours une certaine réserve par rapport au contenu. Directeur de la revue, Jean Madiran le sollicita à de nombreuses reprises mais s’éloigna de plus en plus du philosophe. Retour sur la rencontre de deux grandes figures qui évoluèrent différemment.

+

gustave thibon jean madiran
EgliseTribune libreLectures

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (3/3)

3 - La démarche synodale comme processus du changement. | C’est bien toute la démarche synodale sur la synodalité qui, par son processus lui-même, est une machine à mettre en œuvre une Église plastique, compatible avec la modernité, c’est-à-dire sans contenu. Et cette démarche synodale trouve sa source, puise son inspiration et sa légitimité dans le concile Vatican II. Quelle lecture faire du Maître de la terre ? Ratzigérienne, bergoglienne ? Au lecteur de se faire une opinion, mais il faut lire Benson. 

+

synode évangélisation église
EgliseTribune libre

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (2/3)

Une volonté farouche de changer de paradigme (2/3) | Tout d’abord, et en amont de l’élection, la volonté farouche de changement de ceux qui ont préparé le règne. En 2007 paraissait un livre très éclairant et remarquablement conçu dans la plus pure tradition de la manipulation de l’opinion. La thèse de ce livre-programme qui devait se révéler prophétique peut se résumer ainsi : l’Église, depuis Constantin et avec pertinacité, s’est éloignée du message évangélique. Ce phénomène s’accentue à partir de la Renaissance quand l’Église s’entête de plus en plus en s’opposant à la modernité. Constatant au XXe siècle que des génocides ont été perpétrés dans des pays chrétiens (Allemagne, Rwanda), il faut en tirer la conclusion que cette manière ancienne d’être chrétien était fausse et qu’il faut refuser les préoccupations dérisoires que sont la connaissance de la foi, le nombre d’entrées au séminaire ou de sacrements célébrés, car tout cela détourne de l’essentiel qui consiste à apporter davantage d’humanité.

+

pape François synode
EgliseTribune libreLectures

Benoît XVI et François : deux lectures du Maître de la Terre de Benson, deux pontificats, deux églises ? (1/3)

Nous nous interrogions en 2019 (1) sur le regard porté par Benoît XVI et François sur ce roman d’anticipation de tout premier rang qu’est Le Maître de la Terre de Benson. Plus personne (plus personne de sain d’esprit en tous cas) ne prétend à présent à la continuité entre les deux pontificats. Leurs ambitions, leurs idées, leurs spiritualités, leurs tempéraments que tout oppose trouveraient dans ce livre un point commun ? Non, décidément nous ne parvenons pas à comprendre. Si les deux pontifes ont recommandé ce livre puissant, les motifs en sont forcément différents. 

+

François maitre de la terre Benson
Tribune libre

Nietzsche : du biologisme par l’amoralisme à la subversion de la notion de vérité

IDÉES par Jean-Marie VERNIER, professeur agrégé de philosophie | Depuis quelques décennies, devant la décadence, voire l’effondrement progressif des sociétés occidentales et, notamment, de la France, certains courants de pensée prétendant faire école vont chercher chez Nietzsche les principes de leur analyse et en appellent à ces mêmes principes pour sortir de la crise de civilisation. Premier volet de notre présentation de la philosophie nietzchienne.

+

nietzsche