En guerre contre la nature

Publié le 13 Sep 2013
Au quotidien n° 247 : état de droit et refondation politique L'Homme Nouveau

La presse française révélait le 10 septembre dernier qu’un transsexuel avait donné naissance à un enfant pour la première fois en Europe. Une Allemande devenue Allemand à coup de scalpel et d’hormones, s’est donc fait inséminer pour accoucher d’un petit garçon. L’hybride – comment l’appeler autrement ?– est barbu(e ),  musclé(e), a une poitrine d’homme… mais a conservé son sexe féminin. Une insémination et le tour était joué, l’hybride a accouché et a demandé que le certificat de naissance de l’enfant ne mentionne que lui, considéré comme le père. Officiellement, donc, l’enfant n’a pas de mère…

« Insolite », titre la presse qui relate les aventures de cet « heureux père ». Personne pour s’aventurer à parler de l’heureux (?) enfant qui a donc une moitié de mère biologique, qui est en même temps père « social », un père biologique qui n’est rien pour lui aux yeux de la société et de sa moitié de mère…

L’hybride a fait un bébé tout seul. Ou plutôt, il a fait un bébé presque tout seul, la science ne permettant pas encore de se passer de la rencontre des gamètes de l’homme et de la femme pour que la vie commence. Mais hormis ce petit détail, le procédé d’insémination artificielle par donneur anonyme reste un refus manifeste de l’altérité, de la reconnaissance de la dépendance à l’autre dans le don de la vie. Car, en l’occurrence, l’inséminateur n’est rien d’autre qu’un distributeur de gamètes… Cet hybride voudrait concentrer en lui à la fois féminité et masculinité, il est mère biologique et père social. Il est un peu tout à la fois, un composite d’homme et de femme.

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Certains formulaires administratifs présentent désormais une alternative aux genres féminin et masculin, pudiquement nommée « autre » ou « neutre », comme si un nouveau genre avait éclôt au sein de l’humanité. Mais rien n’y fait, la nature demeure et le mieux qu’ait pu faire cette femme est de s’offrir quelques attributs d’homme. Elle a mélangé ce qu’elle pouvait de ce que donne la nature mais ne s’en échappe pas. Elle est hybride au sens technique du terme, celui du mélange entre deux êtres différents…

Hervé Le Meur, dans l’article « Faut-il changer la nature de la filiation ? » publié par L’Écologiste le 31 juillet dernier, fait remarquer à juste titre que cette tentation qu’a l’homme moderne de chercher à exclure l’autre de la procréation n’est, en terme d’évolution, qu’un retour au stade de la bactérie, être primitif qui se reproduit tout seul. Hervé Le Meur poursuit ainsi : « Si la loi autorise les PMA ou GPA, elle érigera en règle une technique procréative qui était une exception. Du coup, ce qui pouvait paraître l’accessoire («contourner l’impossibilité accidentelle de l’autre») deviendra, pour certain(e)s au moins, l’essentiel : « contourner l’Autre ». Ce sera d’autant plus vrai que la stérilité n’est pas accidentelle pour les célibataires ou les homosexuel(le)s. La technique opérera une rétroaction sur les personnes d’une part en modifiant leur perception de l’enfant qui pourra ne devenir que le produit de la volonté. Tout le monde le néglige alors que c’est bien un droit à l’enfant qu’on aura institué. D’autre part, cette rétroaction opérera aussi sur la perception de l’autre sexe, et donc de l’Autre comme principe d’altérité, qui ne sera plus incontournable ! En clair, si jamais PMA ou mères porteuses devenaient un mode de reproduction, cela continuerait un mouvement auquel nos sociétés industrielles très individualistes aspirent : tendre vers l’individu atomisé, qui est entièrement autonome et responsable, qui n’a rien à devoir à qui que ce soit (pas même son père et sa mère ou son conjoint), n’est l’obligé de personne et n’est attaché ni à une terre ni à un lieu. »

Qui peut croire qu’une telle évolution rendra l’homme plus heureux ? Car l’homme moderne est l’être du conflit par excellence, celui qui jamais ne se repose puisqu’il est en guerre perpétuelle avec la nature qui est un adversaire redoutable ! Luc Ferry disait ainsi que « la nature reste quand même largement l’ennemi de l’humanité. » Il résume en quelques mots ce qui signe le désespoir de nos contemporains : partis dans une guerre perdue d’avance, ils ne trouveront jamais la paix.

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