Grégorien : Alléluia Qui timent Dominum

Publié le 13 Oct 2018
Grégorien : introït paix

« Alléluia ! Ceux qui craignent le Seigneur, qu’ils espèrent en lui : il est leur secours et leur protecteur. » (Psaume 113, 11)

Commentaire spirituel

Voilà un texte original qui n’est ni une prière de louange ni une prière de demande. Ce n’est pas l’âme qui parle au Seigneur ni même l’Église qui s’adresse à son Époux, c’est plutôt une parole descendante, une parole de réconfort qui vient d’en haut. Pour une fois, on pourrait dire, c’est Dieu qui parle aux hommes, Dieu qui passe à travers le psalmiste, ce sage expérimenté qui encourage le Peuple, l’invitant à prendre appui sur les hauts faits du Seigneur dans l’histoire. Le psaume 113 (ou 114 et 115 dans la tradition hébraïque) est célèbre (In exitu Israël) pour sa célébration du mystère de la Pâque ancienne et plus particulièrement du passage de la mer Rouge. Dans sa deuxième partie, le psaume insiste sur la vanité des idoles et sur la sûreté, au contraire, de la confiance en Dieu. Trois versets, dont notre alléluia reprend le troisième, s’adressent respectivement au Peuple de Dieu dans son ensemble, aux prêtres et à tous ceux qui craignent le Seigneur pour les inviter à mettre en Dieu toute leur foi et toute leur confiance. Le refrain de ces trois versets, qui était sans doute repris par l’assemblée, donne la raison de cette confiance : Dieu est leur secours et leur protecteur.

Maison d’Israël, mets ta foi en Yahvé,

lui, leur secours et bouclier!

Maison d’Aaron, mets ta foi en Yahvé,

lui, leur secours et bouclier!

Ceux qui craignent Yahvé, ayez foi en Yahvé,

lui, leur secours et bouclier!

En choisissant ce dernier verset, le compositeur de notre alléluia semble avoir voulu donner à son chant une portée universelle. Ceux qui craignent Dieu ne sont pas seulement les chrétiens, mais tous les croyants et même tous les hommes de bonne volonté. C’est donc un chant d’évangélisation. On a dit plus haut que c’était Dieu qui parlait. C’est aussi le Christ qui s’adresse à ses fidèles serviteurs comme à ceux qui cherchent la vérité. C’est aussi l’Église qui encourage ses enfants et n’hésite pas à inviter l’humanité tout entière à se tourner vers l’unique Sauveur. Cette parole descendante fait du bien aux âmes, mais elle n’est pas seulement un réconfort, elle est aussi une promesse. Car le bénéfice de la confiance en Dieu n’est pas seulement de se sentir soutenu, protégé par la tendresse et la puissance de son cœur et de son bras ; le vrai bénéfice, c’est justement d’être déjà dans une relation d’intimité avec Dieu. Et cette intimité est une promesse en même temps qu’une réalité. Je dirais que le principal bénéfice de la confiance est davantage exprimé dans la première partie du verset plutôt que dans la seconde. Ceux qui craignent le Seigneur, voilà le grand bienfait. Jouir de son secours et de sa force est conséquence et récompense d’amour, mais la crainte de Dieu est cause de la confiance et de tout ce qui s’en suit.

Cela nous amène à dire un mot de la crainte : qu’est-ce que craindre Dieu ? C’est le redouter, oui, car Dieu est redoutable, il est l’Être infini, le Tout Puissant, le Transcendant, et nous ne sommes rien en sa présence. Mais la notion de crainte de Dieu dans la Bible dépasse de beaucoup ce seul registre d’une terreur naturelle devant une force invincible. Car le Peuple de Dieu, en ses meilleurs représentants tout spécialement, a fait l’expérience d’une force qui ne s’exerce qu’au nom d’un amour, un amour qui, plus que toute autre qualité, est représentative de l’être même de Dieu. Dieu est Amour. Déjà, dans l’Ancien Testament, les justes en ont l’intuition, ils en ont fait l’expérience. La crainte de Dieu, celle qui est chantée dans notre alléluia, celle qui est souhaitée à tous les hommes de bonne volonté, c’est la révérence à sa majesté, le respect de ses lois, celles qu’il a inscrites dans la nature en particulier, et finalement c’est l’amour de la créature qui répond à l’Amour du Créateur, l’amour qui se propage entre les hommes, la peur de blesser celui qui nous aime tant et qui nous l’a montré de tant de manières. Cette crainte de Dieu, c’est la crainte des enfants d’un même Père. Vivre dans cet amour, c’est déjà l’espérance, c’est déjà être assuré de l’aide et de la protection d’un amour qui ne se dédiera jamais. Au fond, ce chant est tout pénétré de théologal : la crainte correspond à la charité ; cette charité suscite l’espérance ; et l’espérance est fondée sur un acte de foi : Dieu est secours et bouclier. Faisons nôtre cette injonction qui n’est pas une prière à proprement parler, mais une véritable bénédiction en même temps qu’une promesse infinie.

Allelui qui timent

Commentaire musical

Le premier mode semblait tout désigné pour habiller ce texte au moyen de ses formules paisibles. La mélodie de cet alléluia, qui a servi de modèle à l’alléluia Cantate Domino (du 22èmedimanche ordinaire ou du 16èmedimanche après la Pentecôte) est très calme, toute confiante, sans aucun trouble, sans aucune inquiétude. L’Église qui adresse ce message tout de douceur et de tendresse, le fait en Mère, vraiment, et aussi en maîtresse montrant l’exemple d’un abandon absolu en la protection divine.

Deux phrases mélodiques constituent le verset après un jubilus sobre et paisible.

On peut admirer la belle structure de l’intonation qui est à la fois ferme, élancée et paisible. Un départ au levé sur le Ré, un appui solide sur le double Fa, un autre appui sur le Sol, puis un élan sobre et fluide qui fait monter d’abord sur le La, puis jusqu’au Do, en un mouvement bien épanoui et élargi, avant la descente régulière et douce vers la cadence en Fa. Tout cela forme une belle courbe bien charpentée, légère, nuancée. Le reste du jubilus est contenu sagement dans la quinte Ré-La caractéristique du 1er mode, avec une seule exception qui est l’appui sur le Do grave de la deuxième incise. La dernière incise ne monte même pas plus haut que le Sol. À part, donc, le sommet lumineux de l’intonation, ce jubilus est très modeste, et on peut dire que l’ensemble de la pièce va se déployer dans cette atmosphère tranquille.

Le premier verbe du verset (timent) est très développé au plan mélodique. Il commence par une formule typique du 1er mode qui est souvent utilisée comme intonation d’introït. Elle est vraiment belle cette vocalise, très légère, très legato, pleine d’élan, de souplesse, se posant à peine sur les notes longues qui la rythment très bien néanmoins, tantôt sur le Sol, tantôt sur le Do, tantôt sur le La ou encore le Fa. Elle semble ne pas vouloir s’achever et sa finale à l’aigu sur le La exprime bien le mouvement qui l’emporte au-delà d’elle même vers l’objet de sa louange et de sa crainte révérencielle, le Seigneur, Dominum. Sur ce mot, le mouvement s’élargit un peu, sans exagération, mais surtout s’enveloppe de tendresse et de profonde vénération, montrant bien combien la crainte est justement une crainte d’amour. Une fois passé ce sommet très modeste, la mélodie, sans aucune exception, se cantonne jusqu’à la fin de cette première phrase dans la quinte Ré-La. Elle est toujours très légère et surtout très paisible, sans accident, revêtant de façon merveilleuse, par son balancement, la formule de l’espérance. Les intervalles de seconde sont très dominants puisque sur les 26 intervalles que contient cette vocalise, on en compte 17, contre 5 intervalles de tierce, 1 seul intervalle de quarte et trois unissons.

La deuxième phrase commence piano, sur adjutor, de façon recueillie, avec sa répétition mélodique et sa douce insistance sur le Fa qui fait goûter le secours de Dieu. L’élan qui suit par degrés conjoints, avant la déposition de la syllabe finale, reste sobre, mais on sent que la confiance continue d’envahir l’âme. Cette confiance devient ardente sur protector, mais elle n’éclatera à vrai dire à aucun moment ; elle est chantée plutôt avec un sentiment de paix profonde, de reconnaissance toute intérieure, l’âme se sentant enveloppée dans la puissante et douce protection divine. Protectorest traduit souvent par bouclier, ce qui évoque un contexte guerrier. Le contraste entre la mélodie et le texte est alors d’autant plus grand et significatif : il n’y a vraiment rien à craindre quand on craint Dieu et que l’on est défendu par la force de son amour. Dans la seconde partie de la vocalise de protector,la mélodie retrouve comme infailliblement le grave, avec sa cadence finale en Ré, si paisible.

On retrouve, à partir de eorum est, toute l’atmosphère tranquille et légère du jubilus de ce bel alléluia tout intérieur. Une fois de plus, on est obligé de constater que les alléluias ne sont pas toujours, loin de là, des pièces extériorisantes. Celui ci est contemplatif, sans éclat. Il donne à l’âme qui le chante, la certitude d’être aimée, exaucée, protégée, par le plus fort des amours.

Un Alleluia à écouter ici :

Allelui qui timent dominum

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