Hommage à Agatha Christie : Poirot, héros catholique

Publié le 07 Sep 2024
Agatha Christie Hercule Poirot
Début juillet dernier, répondant aux rumeurs d’interdiction totale de la messe traditionnelle catholique, une lettre « Agatha Christie bis » demandant son maintien a été publiée dans le Times, signée par une quarantaine de personnalités – historiens, artistes, journalistes, pairs de la Chambre des lords, sans oublier un membre de la famille royale britannique. Pourquoi ce titre ? En 1971, une lettre similaire, signée entre autres par Agatha Christie, fut envoyée à Paul VI. Ce serait grâce à elle qu’un indult – qui porte son nom – fut accordé à l’Angleterre. Rendons hommage à celle qui a laissé une si belle trace dans la vie religieuse catholique en évoquant son détective le plus célèbre, Hercule Poirot.

    Poirot occupe indéniablement une place prépondérante dans l’œuvre d’Agatha Christie, par la puissance de ses déductions mais aussi par la force de sa morale. L’auteur a choisi d’en faire « un bon catholique », comme il se définit lui-même dans Le Flux et le Reflux, répondant à la question qu’on lui pose : « Croyez-vous à l’existence d’un monde spirituel, monsieur Poirot ? » Il s’affirme en toutes circonstances contre le meurtre : « Que la victime soit la plus sainte des créatures du bon Dieu – ou au contraire un monstre – ça ne m’impressionne pas. On a pris… une vie ! Comme je le dis toujours, je ne saurais donner ma bénédiction à un meurtre » (Rendez-vous avec la mort). Il n’est donc pas question de se faire justice soi-même. Il y revient souvent : « Mon affaire, ce sont les individus, dont nul n’a le droit de prendre la vie », affirme-t-il dans Un, deux, trois… Dans ce même roman, il livre à la police un homme politique qui défend « toutes les idées qui lui sont chères », parce que cet homme a oublié la valeur de la vie humaine. Pour lui, la fin ne justifie en aucun cas les moyens. Ses allusions à Dieu s’avèrent fréquentes : « On oublie que la vie et la mort sont l’affaire du bon Dieu », s’exclame-t-il dans Mort sur le Nil. Il dit d’une enquête dont il se charge : « Cette affaire, c’est le bon Dieu qui me l’a envoyée » (Le Train bleu). Dans Le Bal de la victoire, il se traite « d’imbécile criminel » : « Je me suis vanté de mes petites cellules grises, et maintenant j’ai perdu une vie humaine, une vie qui est venue à moi pour être sauvée. Que le bon Dieu me pardonne ! »

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Anne Le Pape

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (3/4) | Les Nuits d’Aldéarde : un projet collectif à Airvault

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Une famille, des racines locales, le souci de la transmission et le goût du défi. Voilà ce qui a poussé Béatrice et Maximilien Gindre à donner naissance aux Nuits d’Aldéarde, au cœur des Deux-Sèvres, dans la « Petite Cité de caractère » d’Airvault. Un projet culturel qui, à travers son spectacle estival en particulier, veut redonner vie à l’histoire trop souvent oubliée de cette vieille terre de France. Entretien avec Béatrice Gindre.

+

nuits d'aldéarde
CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (2/4) : La mémoire en scène : un signe des temps ?

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Si la notion de « spectacle historique » fait prendre à la science le prisme audacieux de l'art, il est intéressant de se pencher sur cette conjonction efficace. Pourquoi ce « braconnage », comme certains se plaisent à le considérer, a-t-il du succès ? Cherche-t-on à réenchanter le quotidien d'un creux émerveillement ou plutôt à comprendre un présent devenu vide ?

+

spectacle mémoire
CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (1/4) : La fièvre et la joie du spectacle

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Faire du beau et le partager. Tel est le mot d'ordre de Bernard Lapeze-Charlier, jeune directeur artistique à la tête de plusieurs spectacles historiques. De l'écriture à la mise en scène, il se sert de l'Histoire, mais la sert aussi, joignant la dimension commémorative à la vision artistique. Entretien.

+

spectacle histoire