Il y a cent ans, le 13 mai 1917, le futur Pie XII était sacré évêque

Publié le 13 Mai 2017
Il y a cent ans, le 13 mai 1917, le futur Pie XII  était sacré évêque L'Homme Nouveau

Le 13 mai 1917, Eugenio Pacelli, jusqu’ici au service du pape au sein de la Secrétairerie d’État, était sacré évêque à Rome, par Benoît XV en personne. Le même jour, au Portugal, la Vierge Marie apparaissait pour la première fois à trois enfants à Fatima.

Le 13 octobre 1951, alors que les cérémonies de clôture de l’Année sainte « extra Urbem » allaient s’achever à Fatima, le temps tourna à la pluie. Le cardinal Federico Tedeschini, qui représentait le pape Pie XII comme légat, présidait la célébration devant environ 800 000 personnes. À l’intention de cette foule, il prononça l’homélie qui, selon un témoin, ne correspondait pourtant pas tout à fait au texte qui avait été remis aux journalistes. Dans celui-ci, en effet, il annonçait que le pape régnant avait vécu lui aussi à des années de distance le fameux miracle de la danse du soleil du 13 octobre 1917 :

« Une autre personne a vu ce miracle. Elle l’a vu hors de Fatima. Elle l’a vu à des années de distance. Elle l’a vu à Rome. Et cette personne c’est le pape, le pape Pie XII lui-même ! Cette grâce a-t-elle été pour lui une récompense ? A-t-elle été un signe montrant que la définition du dogme de l’Assomption avait été souverainement agréable à Dieu ? A-t-elle été un témoignage céleste, destiné à authentifier la connexion du mystère de Fatima avec le Centre, le Chef de la vérité et du magistère catholiques ? Les trois choses à la fois. »

Le soleil danse à Rome

La nouvelle fit le tour du monde et se répandit comme une traînée de poudre. Dans ses souvenirs de ses années de service comme gouvernante auprès d’Eugenio Pacelli, sœur Pascalina Lehnert rapporte que le pape lui-même raconta le phénomène auquel il avait assisté :

« Lorsque Pie XII revint de sa promenade dans les jardins du Vatican, il raconta que, venant à lever les yeux de son travail, il avait vu un spectacle surprenant : le soleil qui était encore assez dans le ciel, apparut comme une sphère sombre, d’un jaune pâle, entourée d’une lueur éclatante. Un petit nuage, léger et clair, flottait devant lui. La sphère sombre se déplaçait légèrement vers l’extérieur, soit qu’elle tournât autour de son axe, soit qu’elle s’éloignât à droite et à gauche de sa trajectoire, pour y revenir ensuite. À l’intérieur de la sphère, on voyait très nettement et continuellement se produire de forts mouvements. L’ensemble avait été un spectacle merveilleux ; sans être ébloui, son regard pouvait fixer attentivement le soleil. »

La scène s’était passée le 30 octobre 1950. Deux jours plus tard, Pie XII proclamait solennellement le dogme de l’Assomption de la Vierge Marie.

Le pape a-t-il rêvé ?

Fut-il le seul à assister à ce phénomène inexplicable ? En fait, celui-ci se déroula à trois autres reprises comme le pape Pacelli l’a expliqué lui-même dans une note retrouvée bien des années plus tard :

« Le même phénomène se reproduisit le lendemain 31 octobre, et le 1er novembre, jour de la définition, ensuite le 8 novembre, jour octave de la même solennité. Depuis, plus rien. » De son côté, bien qu’averti par le pape, son entourage ne vit rien, au grand dépit d’ailleurs de sœur Pascalina qui confie sa déception dans son livre de souvenirs : « Nous revînmes déçues à la maison. »

Même déconvenue du côté d’une autre religieuse de l’entourage pontifical, sœur Konrada Grabmair qui lors de l’enquête en vue de la béatification d’Eugenio Pacelli confia : « J’y suis allée une première, puis une deuxième fois mais je n’ai rien vu. »

Peut-être méfiant envers lui-même ou ébranlé par les témoignages contraires de ses proches, Pie XII fit demander à l’Observatoire astronomique du Vatican si l’on avait assisté à ce phénomène solaire. La réponse fut négative. Personne n’avait rien vu.

Pour Pie XII, toutefois, l’évènement ne faisait pas de doute, pas plus que son interprétation. Pour lui, le phénomène apportait en quelque sorte une confirmation surnaturelle à sa décision de proclamer le dogme de l’Assomption de Marie.

La nouvelle connue, elle fut accueillie de manière bien diverse. Pour une majorité de croyants, le pape avait bien bénéficié d’un miracle et cela renforçait son aura qui était grande. Les sceptiques, les agnostiques, les athées nièrent purement et simplement le fait ou n’y attachèrent aucune signification. Le chroniqueur religieux Robert Serrou rapporte dans son livre consacré à Pie XII la réaction du célèbre secrétaire de la Congrégation pour l’Église orientale : « Tisserant, avec son humour poivré, lâcha : “C’est l’âge !” ». Officiellement, le Saint-Siège ne fit aucun commentaire sur la « révélation » publique du cardinal Tedeschini, mais toutefois L’Osservatore Romano en reproduisit le texte.

Grand dévot à Marie

Depuis sa petite enfance, Eugenio Pacelli avait eu une grande dévotion envers la Vierge Marie. Comme pape, il s’intéressa bien sûr aux apparitions de Fatima et entretint une correspondance avec sœur Lucie, comme en a notamment témoigné lors de l’enquête canonique en vue de la béatification de Pie XII, la marquise Olga Nicolis di Robilant Alves Pereira de Melo.

pacelli 3

Un autre évènement le relie également à Fatima, un fait qui ne prit sa signification que bien des années plus tard. Après avoir gravi tous les échelons au sein de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires où il était entré sous Léon XIII, Eugenio Pacelli fut choisi pour représenter le Saint-Siège en Bavière. Une mission délicate bien que le pays fût à majorité catholique. Mais le choix de Mgr Pacelli par Benoît XV s’effectuait à une période difficile, celle de la Première Guerre mondiale. La mission du nouveau nonce était double : il s’agissait à la fois de parvenir à un concordat avec la Bavière, qui pourrait servir d’exemple pour le reste du pays, et à œuvrer en vue de la paix, selon le grand dessein de Benoît XV. À Rome, le Secrétaire d’État, le cardinal Gasparri, qui avait été le supérieur direct de Mgr Pacelli aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires, était à la manœuvre. Sur le terrain, Eugenio Pacelli allait devoir osciller entre les directives romaines et la réalité du terrain. La confiance que lui témoignaient le pape et le secrétaire d’État était totale.

13 mai 1917

Mais, Fatima dans tout cela ? Le 13 mai 1917, jour de la première apparition de Notre Dame, Eugenio Pacelli était sacré évêque, en la Chapelle Sixtine, par le pape en personne. Plusieurs cardinaux de Curie assistaient à la cérémonie, dont Gasparri, secrétaire d’État de Benoît XV, mais aussi le cardinal Merry del Val, qui avait été celui de saint Pie X. Dans l’assistance était également présent, parmi les nombreux archevêques, évêques et prélats, Mgr Achille Ratti qui sera élu pape en 1922 et qui choisira… Mgr Pacelli comme secrétaire d’État. Le 13 mai 1917, Benoît XV offrit au nouvel archevêque de Sardes une croix pectorale d’or, sertie de diamants et de rubis, qui comprenait en son centre une image de la Très Sainte Vierge Marie…

Ce contenu pourrait vous intéresser

Église

Droit canonique (2/4) : La transcendance du droit ecclésial

DOSSIER « Le droit canonique : pour quoi faire ? » | La mission de l'Église est celle que le Christ lui a assignée : annoncer le salut et être l'instrument de sa réalisation. Cette mission tient dans une finalité précise : procurer la salus animarum (le salut des âmes). C'est le sens de l’ultime canon 1752 du Codex Iuris Canonici de 1983, la fin que tout l'ordre juridique canonique doit poursuivre, car le salut des âmes doit toujours être la loi suprême dans l'Église. De ce fait, le droit ecclésial est attaché par nature à la vie de l'Église. Il est un moyen, un secours et une protection.

+

droit canonique église
ÉgliseÉglise de France

Marche de Saint Joseph : « Et qui est mon prochain ? »

Initiatives chrétiennes | Tournée plus spécialement cette année vers les néophytes et catéchumènes, la Marche de Saint Joseph mène les hommes depuis les paroisses ou les écoles parisiennes jusqu'à Saint-Sulpice, en passant par Montmartre. L'occasion pour eux de se rencontrer mais aussi de retrouver sa vocation au don. Entretien avec l’abbé Vincent de Mello, aumônier du pèlerinage.

+

Marche de Saint Joseph