Ils ne tueront pas Vincent Lambert

Publié le 17 Jan 2014
Ils ne tueront pas Vincent Lambert L'Homme Nouveau

« Ce serait donc cela, le progrès : demander le dernier mot à la justice. Comme s’il s’agissait d’une avancée en matière de fin de vie que de demander à des juges si, oui ou non, Vincent Lambert subit une obstination déraisonnable de soins, si, oui ou non, il lui reste un peu de conscience, si, oui ou non, l’hydratation et l’alimentation artificielle sont des soins. Comme si les juges étaient compétents dans ce moment si particulier. »

Une affaire très médiatique

Libération s’offusque, les parents de Vincent Lambert exultent : le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne vient s’est prononcé le 16 janvier pour le maintien de l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert, tétraplégique et en état de conscience minimale depuis un accident de moto il y a cinq ans de cela. Il est devenu la nouvelle icône de la bataille sur la fin de vie. Alors que François Hollande a réaffirmé le 14 janvier sa volonté de légiférer sur le suicide assisté, décision confirmée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, le 16 janvier, la décision du tribunal revêt une importance toute particulière : elle pourrait créer une jurisprudence sur ce que l’on qualifie d’euthanasie « passive ». C’est pourquoi l’un des neveux de Vincent Lambert, qui milite activement pour l’euthanasie de son oncle, entend faire appel de cette décision devant le Conseil d’État. L’affaire est donc loin d’être achevée.

Le CHU de Reims avait décidé samedi dernier d’arrêter l’alimentation de Vincent Lambert, en accord avec sa femme et une partie de la famille du patient, mais contre l’avis des parents de ce dernier et du reste de sa famille. Les parents, une sœur et un demi-frère de Vincent ont saisi la justice lundi par un référé-liberté pour stopper la décision médicale et obtenir le transfert de leur fils et frère dans un autre établissement hospitalier. C’est donc un véritable drame familial qui se joue derrière le traitement très médiatique de l’affaire Vincent Lambert.

La justice a tranché

Le tribunal a « jugé que la poursuite du traitement n’était ni inutile, ni disproportionnée et n’avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie et a donc suspendu la décision d’interrompre le traitement ». Et pour cause, le cas de Vincent Lambert n’entre pas dans le cadre de la loi Leonetti qui régit la fin de vie : le malade ne souffre pas d’une maladie incurable mais d’un handicap. En outre, et quoiqu’en disent les promoteurs de l’euthanasie, l’alimentation et l’hydratation sont des soins dus à toute personne et non des traitements que l’on pourrait cesser d’administrer sous prétexte de refuser l’acharnement thérapeutique.

Marisol Touraine n’a pas commenté la décision du tribunal mais insisté sur la nécessité de faire évoluer la loi Leonetti de 2005 : « À l’évidence, elle comporte des ambiguïtés qu’il faut lever. » Les promoteurs de l’euthanasie déplorent notamment que, dans la législation actuelle, « les directives anticipées prévalent sur tout autre avis non médical mais n’ont pas de valeur contraignante pour le médecin ». Ils voudraient ainsi que la loi donne plus de poids à la volonté du patient. « Suicide assisté », « euthanasie passive », ce sont les termes employés par ceux qui s’acharnent à légitimer la piqûre létale et à donner à ce geste une couleur plus humaine, libératrice ou progressiste, bref, pour que l’interdit de tuer soit piétiné sans que rien n’y paraisse. Passif : c’est le terme qui permettrait de justifier tout et n’importe quoi car il en est pour affirmer que si injecter du poison – euthanasie active – est grave, cesser d’alimenter un malade pour le faire mourir – euthanasie passive – est légitime. Pourtant l’intention est bien la même et le refus de poser certains actes est parfois aussi condamnable que d’agir. C’est bien pour cela que la loi prévoit le délit de non-assistance à personne en danger.

La bataille sur la fin de vie sera rude et se jouera à plusieurs niveaux : médiatique, sémantique, éthique et politique. Mais nous ne pouvons que nous réjouir de cette victoire, peut-être seulement provisoire, pour le maintien en vie de Vincent Lambert !

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneSociété

La destruction progressive de l’instruction en famille (IEF)

La récente annonce d'une nouvelle requête devant la Cour européenne des droits de l'homme, mettant en cause le refus injustifié de l'Éducation nationale d'autoriser l'instruction en famille pour une fillette de 3 ans, met en exergue les enjeux politiques et économiques de l'IEF, surtout à l'approche des élections législatives. 

+

write 8487618 1280 toussaint
A la uneEgliseSociété

Les catholiques et le sport (1/3) | Un dominicain très moderne : le père Didon et les Jeux olympiques

Dossier « Les catholiques et le sport : des patronages aux Jeux olympiques » 1/3 | Entretien | Au moment où vont s’ouvrir les Jeux olympiques de 2024 à Paris, l’historien Yvon Tranvouez publie un ouvrage sur le père Henri Didon, inspirateur de la devise des Jeux et proche du baron de Coubertin. La vie du dominicain est passionnante à plus d’un titre, reflétant les tensions du catholicisme français à son époque et la pénétration de nombre de valeurs modernes dans un milieu antirépublicain.

+

jeux olympique Didon
SociétéSpiritualité

« Joëlettes chantantes » : des joies à partager au-delà du handicap

Entretien | Inspirée par les « routes chantantes » déjà expérimentées pour des personnes valides, une association nouvellement créée a décidé de faire profiter des personnes handicapées de ces séjours mêlant sport, spiritualité et activités musicales pour des jeunes. Une idée audacieuse dont les difficultés n’ont pas arrêté les réalisateurs, grâce entre autres à des véhicules adaptés, les joëlettes.

+

joëlette chantante