Jean Breton n’en pense pas moins | Coubertin, les protéines et le coronavirus

Publié le 04 Juin 2020
Jean Breton n'en pense pas moins | Coubertin, les protéines et le coronavirus L'Homme Nouveau

En lisant les commentaires d’un article relatif au déconfinement, j’ai eu la joie de tomber sur quelqu’un s’étonnant que les salles de sport ne rouvrent pas en même temps que les églises. Déjà qu’on ne pouvait pas courir à plus d’un kilomètre de chez soi… « Vous faites du sport ? Même pas ! ». Rares sont encore les gens qui peuvent répondre à l’identique (fond et forme) de notre Hubert national. Hébertisme, esprit Coubertin ? Sont-ce vraiment les raisons qui justifient de déconfiner Décathlon, qui ont justifié de voir figurer le jogging comme raison valable de propager son virus à son voisin ? 

La peur du miroir (version féminine) ou le coût des rachats de pantalon (version masculine), ce n’est pas totalement absurde. On peut même lui trouver une justification chrétienne, à coups de « Temple du Saint-Esprit ». Et puis, c’est tellement plus simple de faire du correctif comme tout le monde, plutôt que de remettre en question son mode de vie ! Tellement plus simple de compenser une activité du « tertiaire » derrière un ordinateur par une pratique physique égocentrée. Comme de toute façon l’homme moderne est incapable de « jeûner » pendant plus de trois heures, il faut bien contrecarrer le grignotage permanent, régime actuel de l’homo sapiens devenu snackovore.

On trouve les drogués aussi. Ceux qui sont contents d’eux-mêmes quand ils filent la métaphore sur leur « addiction » au footing, croyant être originaux et un peu décalés, sans se rendre compte qu’ils font du premier degré à l’insu de leur plein gré. Eh oui, c’est une drogue. Endorphine secrétée par le corps pour se féliciter soi-même d’avoir fait deux fois le tour du petit parc à côté de chez soi. Et c’est une drogue encore plus puissante quand vous la sacralisez par le rituel de votre séance de sport régulière quasi contractuelle. Et comme la vie n’est pas assez épanouissante pour générer assez d’estime de soi-même, on achète une montre connectée qui nous dit combien on est fort d’avoir progressé et combien on fait partie des 80% d’utilisateurs qui sont dans les 20 % meilleurs. 

On trouve aussi les prétentieux. Eux ont besoin de reconnaissance. À distinguer des athlètes de haut niveau (« Qu’as-tu fait de ton talent ? »), le vaniteux ordinaire se repère assez bien. En général il déambule en tenue de sport bien après son dernier « développé-couché », qu’il a d’ailleurs réalisé côté rue devant les voisins. Sa tenue sportive est plus un ostensoir qu’un vêtement technique. L’essentiel est d’être vu. Et si ce que vous montrez n’est pas suffisant, il y a les protéines. 

Cet orgueil est souvent inconscient, puisqu’il est devenu la norme d’avoir (ou de chercher à avoir) un corps de rêve. Il faut faire du sport ! Comme nos acteurs préférés de la téléréalité, vous savez, celle qui passe entre les publicités pour McDonalds et WeightWatchers. Notez d’ailleurs que ce n’est pas sur vos performances que vous êtes jugés, mais sur l’apparence, le nombre de tablettes de chocolat visibles, votre IMC…

Bon, tout de même, on trouve quelques bonnes raisons de faire du sport. Quand on fait un métier qui nécessite une forme physique entretenue. Pour être prêt à servir et sauver son prochain. Pour un esprit de groupe ou le divertissement. Rien de primordial en somme, en tout cas pas de quoi en créer une religion. Pas de quoi en faire un motif de déconfinement là où la Messe n’était pas sur l’attestation. Pas de quoi pleurer que les salles de sport soient encore fermées alors que les églises sont en train de rouvrir. 

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K », agent chargé par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les évènements qu’il observe ; les connaissances de son métier lui permettent de voir la duplicité des médias en charge de « couvrir » la guerre ethnique et religieuse ; son expérience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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