Jean Breton n’en pense pas moins | Dis-moi comment tu ranges tes livres…

Publié le 06 Août 2020
Jean Breton n'en pense pas moins | Dis-moi comment tu ranges tes livres... L'Homme Nouveau

Puisque les plages sont fermĂ©es et que la mĂ©tĂ©o Ă©tait meilleure durant le confinement qu’en cet Ă©tĂ©, vous ferez sĂ»rement un dĂ©tour par votre bibliothèque en faisant la valise de vos vacances. Votre bibliothèque, c’est une part de vous-mĂŞme. Vous y trouvez les livres que vous aimez, de beaux livres, des vieux livres, des best-sellers et des Ă©ditions collector, de toutes tailles. C’est un signe de votre personnalitĂ© ; certains rangent par collection et par ordre croissant de taille, pour lui donner un aspect rangĂ©. D’autres prĂ©fèrent trier vaguement par thème, chose impossible car ce n’est pas linĂ©aire ! en ressort un fatras que l’ordonnateur prĂ©tend rangĂ©. D’autres enfin prĂ©fèrent lire le contenu que passer des heures Ă  la trier… Dis moi comment tu ranges tes livres, je te dirais comment tu es rangĂ© dans ta tĂŞte !

Votre bibliothèque, c’est aussi un signe communautaire. Vos camarades de conviction s’y reconnaissent un peu, y trouvant quelques ouvrages qu’ils ont aussi, ou dont ils ont lu la recommandation dans un magazine bimensuel quelconque. N’allez pas crier Ă  l’esprit de Panurge et Ă  l’étroitesse de la pensĂ©e ! Est-ce malsain d’accepter des conseils ?

Votre bibliothèque, c’est surtout un beau meuble. RĂ©duction Ă  l’échelle domestique des monuments des anciens temps, quand on savait que la conservation des Ă©crits mĂ©ritait mieux que le bĂ©ton. Meuble hĂ©ritĂ© passablement dĂ©labrĂ© rĂ©parĂ© un dimanche soir par trois vis vaguement de guingois, meuble en « bois rustique Â» pour les plus fortunĂ©s, ou Ă©tagère « QuickefluckStömo Â» en sapinette de fragilium. Les livres mĂ©ritent un bel Ă©crin… mais faute de moyens, on oubliera le contenant au profit du contenu !

Votre bibliothèque comporte quelques incontournables. Les Raspail, SĂ©villia, Volkoff, Sarah, Soljenitsyne, Chesterton et autres auteurs qui vous prĂŞtent la formulation et la dĂ©fense de vos idĂ©es. Également, les auteurs classiques, trois livres de la PlĂ©iade reçus Ă  ses seize ans, le reste en livre de poche (ces derniers bien plus lus, d’ailleurs). Zola, Hugo, Dumas… qu’importent leurs engagements politiques de l’époque ! Leur qualitĂ© compense, et leurs romans apprennent bien mieux sur l’histoire de France que la liste des rois affichĂ©e sur la porte des commoditĂ©s. « De Camus Ă  Brasillach, j’assume tout ! Â»

Votre bibliothèque ne parvient pas Ă  se dĂ©barrasser aussi de quelques anecdotiques dĂ©pareillements. Le roman Ă  l’eau de rose qu’on dĂ©testerait mais qu’on a adorĂ© jadis. Les « beaux grands livres Â» sur un sujet puissant – architecture, guerres de VendĂ©e,… – trop grands pour ne pas ĂŞtre mis dans l’angle obscur au bout du meuble, trop beaux pour ĂŞtre laissĂ©s sous la table basse Ă  la merci de notre gambadante progĂ©niture. FeuilletĂ©s le jour oĂą on nous les a offerts, pour les plus chanceux ressortis une fois quand la conversation s’y prĂŞtait. Et relĂ©guĂ©s pour dix ans.

Votre bibliothèque n’est pas qu’à vous. En tĂ©moignent quelques trous dans les rayonnages, parce qu’un livre, ça se prĂŞte. En tĂ©moignent aussi des initiales Ă©trangères sur la première page, parce qu’un livre ça se prĂŞte. Bien sĂ»r, il sera rendu, l’an prochain, ou celui d’après. Mais il colle si bien Ă  l’harmonie de l’ensemble, ce serait dommage !

Votre bibliothèque, c’est parfois votre orgueil. Un Ă©talage de votre culture, de la certitude de vos goĂ»ts. PlutĂ´t dans le salon que dans la chambre, on l’expose. Les livres « qu’il faut avoir Â» en Ă©vidence Ă  hauteur d’yeux, les livres les plus anciens, avec la reliure qui a Ă©tĂ© dorĂ©e, accessibles. Vice si commun qu’il est de mauvais goĂ»t de demander si l’heureux propriĂ©taire en fut un jour l’heureux lecteur.

Peut-ĂŞtre est-ce lĂ  la limite de la prĂ©tention, Ă  ne pas franchir : cette part de soi-mĂŞme, ce signe d’appartenance, ce beau meuble, ce marquant de notre Ă©rudition, pourquoi le fausser en le bourrant d’ouvrages que vous n’avez pas lu ? flatter ou impressionner ses visiteurs en exhibant la Somme ThĂ©ologique dont on ne comprend pas un traitre mot, ou la complète de DostoĂŻevski dont on n’a pas dĂ©passĂ© l’introduction (de mille pages il est vrai) ?

Conseil du jour : ne soyez fier que de ce que vous ĂŞtes. Ne soyez prĂŞts Ă  partager que ce que vous avez. Bref, ne rangez dans votre ostensoir que ce que vous avez lu. Les autres… une pile dans un endroit gĂŞnant, pour vous rappeler qu’il est sain de couper sa consultation frĂ©nĂ©tique des sites de (rĂ©)information un soir par semaine.

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K Â», agent chargĂ© par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les Ă©vènements qu’il observe ; les connaissances de son mĂ©tier lui permettent de voir la duplicitĂ© des mĂ©dias en charge de « couvrir Â» la guerre ethnique et religieuse ; son expĂ©rience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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