Jean Breton n’en pense pas moins | Gestes barrières, effet « cliquet » et subsidiarité

Publié le 17 Sep 2020
Jean Breton n'en pense pas moins | Gestes barrières, effet « cliquet » et subsidiarité L'Homme Nouveau

« Le chef qui permettra un assouplissement des règles sanitaires n’est pas encore né ». Merveilleux poncif actuel des discussions de machine à café, ces temps-ci, et savant mélange de désespoir et de cynisme. Le désespoir, ou plutôt la résignation désolée, se tient plus dans l’échelle de temps que dans l’énervement des mesures évoquées : le sentiment général est que le masque nous grattera le bout du nez un sacré bout de temps encore. La belle-mère ne pourra pas débarquer à la maternité deux heures après l’accouchement de sa bru, et nous ne pourrons pas recevoir les bises sudistes de vagues collègues, ceci pendant plusieurs mois. Bien dommage.

Le cynisme dépasse largement les gestes barrières et autres mesures vexatoires : L’effet cliquet des mesures sanitaires, c’est celui des limitations de vitesse et des transgressions bioéthiques. C’est un sophisme utilisant la notion de « sens de l’Histoire », sans lequel il n’a aucun sens. Supprimez le ressort qui rabat le linguet sur l’engrenage, et l’incrémentation à sens unique disparait. Sans sens de l’Histoire, la psychologie collective de l’effet cliquet disparait. Si on considère que l’Histoire n’est pas une transcendance mais qu’elle dépend de l’usage de la Liberté que Dieu nous donne, elle n’a pas de sens imposé. Et le long terme le prouve, les retours en arrière sont monnaie courante. Ou les remises à zéro brutales, plus violentes, mais aussi efficaces.

Mais le chef a peur. De sa hiérarchie qui peut le blâmer pour une décision qui était dans son mandat mais ne respectait pas ce fameux « sens ». De ses subordonnés, qui, ne comprenant pas l’autorité, remettent tout systématiquement en question. De la foule en général qui a accès à des informations qui ne la concernent pas, et peut s’auto-ériger (en toute indépendance, d’après BFMTV) en juge de paix sur des sujets qu’elle ne maîtrise pas. Alors, du directeur d’école au pacha de SNLE [sous-marin nucléaire lanceur d’engins, NDLR], on cède, on lâche du lest, on fait appliquer les gestes barrières et on en rajoute même un peu.

C’est la mort de la subsidiarité. Les limites de l’autorité d’un chef ne définissent plus un champ d’action dans lequel il peut évoluer pour tirer le meilleur de ses ressources vers un but défini. Elles sont remises en question par les subordonnés qui élisent des chefs et sont fiers de la démocratie à condition qu’elle n’engage à rien, contrat social à sens unique. Elles sont agressées par les supérieurs au fil de l’eau, pour des motifs plus bas que la finalité de base.

Lyautey ? Doctrine sociale de l’Église ? Tocqueville ? On préfère réviser la constitution au gré des envies, nommer et révoquer des préfets aux pouvoirs flous, laisser s’autodétruire pouvoirs et contre-pouvoirs, et orienter soigneusement un « sens de l’Histoire » créé de toutes pièces. Ne me demandez pas par qui, on pourrait croire que je suis complotiste.

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K », agent chargé par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les évènements qu’il observe ; les connaissances de son métier lui permettent de voir la duplicité des médias en charge de « couvrir » la guerre ethnique et religieuse ; son expérience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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