Jean Breton n’en pense pas moins | « Passe ton bac d’abord ! »

Publié le 05 Oct 2021
Jean Breton n'en pense pas moins | "Passe ton bac d'abord !" L'Homme Nouveau

« Je plaque tout, je me fais bûcheron au Canada ». Ça a été mon leitmotiv durant deux années en classes préparatoires. J’ignore si j’aurais été bon dans ce métier exigeant. Mon physique de phasme et ma voix de ténor auraient peut-être donné des « Timber ! » plutôt légers. Personne ne m’y a encouragé en tout cas.

C’est d’autant plus curieux que tout, dans une éducation de catholique-cliché, nous pousse à aimer l’artisanat. Le modèle de Saint-Joseph, évidemment. Le froissartage aux boy-scouts, les feux de cheminée, le sens de l’effort : tout nous éloigne des emplois de bureau aux horaires impossibles pour lesquels nous n’avons aucune affection.

Vous et moi savons bien pourquoi il en est ainsi : il a été décidé que les études académiques appelaient aux postes à responsabilité (l’autorité de compétence supplantant l’autorité de nature ou de fonction), et qu’accessoirement le pouvoir impliquait l’argent. C’est l’état de fait du monde social en France depuis quelques décennies.

On le sait, mais on voit quand même assez rapidement que ça n’est pas pour le plus grand bien. Le lien « pouvoir – argent », on peut en discuter longtemps. Il n’est honnêtement pas scandaleux, si on dit que le pouvoir implique des responsabilités et donc des tracas, que ce souci soit récompensé. Reste à voir en revanche en quoi ce pouvoir ou cet argent est une bonne chose. Et pourquoi on ne paye pas plus nos maçons.

L’engouement social pour les études entraîne une surenchère au Master, niveau désormais minimal pour espérer être embauché pour faire le café où que ce soit dans le tertiaire. Et au passage, une dévalorisation de ce niveau d’études. Pensez à l’ingénieur décrit par Jules Verne dans L’Île mystérieuse, et comparez-le aux blancs-becs chevelus qui sortent de Polytech’Sablé-sur-Sarthe, vous ne serez pas déçus.

N’empêche, tout parent pousse ses enfants en académique jusqu’aussi loin que possible. La passion pour le travail du bois est reléguée aux loisirs du week-end, et la compréhension presque intuitive d’un moteur Diesel devient, chez qui sait lire, plutôt une originalité perturbatrice qu’une piste vers un bon emploi.

En fin de compte, c’est comme les ordres. On veut des prêtres, mais on renâcle à en fournir parmi nos enfants. On regrette le manque d’artisans honnêtes, on déplore que seuls des païens soient employés à restaurer nos églises, mais on n’encouragera pas notre gosse à esquiver le bac pour passer en formation de tailleur de pierres. 

Ne commencez pas à évoquer la sécurité de l’emploi. Les banques licencieront bien avant que l’humain n’ait plus besoin de maison. On a su se passer d’architectes diplômés pour installer des toitures pendant quelques années. Et la fonction publique… sans commentaire.

« Seigneur, donnez-nous des prêtres », ânonnons-nous. Et vous les pères de famille, donnez-nous des artisans, des manuels. Des gens qui ne connaissent pas le couple de serrage de leur boulon, mais qui savent que celui-ci tiendra bien. Des types qui confondent le Louis XVI et le Directoire, mais qui savent le rempailler. Et pourquoi pas, des hommes qui savent, le soir, dire ce qu’ils ont fait de leur journée, et à quoi ça va servir.

 

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