La bénédiction des cloches

Publié le 14 Sep 2012
La bénédiction des cloches L'Homme Nouveau

En cette période estivale, beaucoup de citadins ont pu entendre, dans les villages de campagne ou en bord de mer, les sonneries des cloches de nos églises.

La cloche n’est pas une invention chrétienne : on en trouve déjà en Chine, 1 200 ans avant J.-C. et, plus récemment, en Égypte ou encore à Pompéi. À Rome, elles servaient au commerce et pour l’ouverture des thermes. Dans l’Ancien Testament, Dieu prescrit à Moïse d’orner de clochettes la robe des prêtres (Ex 28, 33-34).

Cloches 2

Le premier usage chrétien des cloches se trouve dans les monastères, d’après une lettre d’un diacre de Carthage (Tunisie actuelle) écrite en 515. Saint Césaire, moine de Lérins puis évêque d’Arles (+ v. 542) prévoit une sanction contre la moniale qui arrivera en retard à l’office malgré le son de la cloche. Les missionnaires celtes employaient souvent une lourde cloche à main comme celle de saint Mériadec, conservée près de Pontivy (25 cm de haut). À partir du XIIIe siècle, les cloches ont la forme que nous leur connaissons et leurs dimensions deviennent imposantes au XVIe siècle. La plus grosse cloche française est actuellement « Françoise-Marguerite du Sacré-Cœur », dite « la Savoyarde » parce qu’offerte par les catholiques de Savoie à la basilique de Montmartre (3 m de haut, 19 t).

L’ancien Code de Droit canonique (1917) exigeait que l’on bénisse les cloches destinées aux églises. Plusieurs bénédictions existent, dans la forme extraordinaire. La plus solennelle, celle des cloches destinées aux églises consacrées, est réservée à l’évêque ; elle a pris dans le langage courant le nom de « baptême ». Bien qu’impropre, le terme s’explique par quelques similitudes : présence d’un parrain et d’une marraine, nom de baptême, vêtement blanc, onction, eau bénite… C’est le rituel en vigueur jusqu’en 1961 que l’on décrira ici.

Tout d’abord, l’évêque procède à la bénédiction de l’eau qui servira ensuite au lavage (lustratio) des cloches : alors qu’il récite les derniers psaumes du Psautier, les ministres lavent l’intérieur et l’extérieur de la cloche. Vient alors le moment des onctions. Avec l’huile des malades, le pontife trace une croix sur l’extérieur de la cloche en prononçant une longue oraison qui dit notamment : « Que les sons de la cloche invitent les fidèles à la récompense [du Ciel] (…) que sa mélodie fasse croître la foi des peuples qui l’entendent (…) que soient repoussés les pièges de l’ennemi… ». On chante ensuite le psaume 28 avec son antienne « Vox Domini super aquas… » (« La voix du Seigneur a retenti sur les eaux, le Dieu de majesté a tonné ; le Seigneur s’est fait entendre sur des eaux abondantes »). Pendant ce temps, l’évêque fait sept onctions à l’extérieur de la cloche avec l’huile des malades et sept à l’intérieur avec du saint chrême. Après une autre oraison, on fait brûler de l’encens sous la cloche au chant du psaume 76 et de l’antienne « Deus, in sancto… » (« Dieu, dans le sanctuaire est votre voie ; quel dieu est grand comme notre Dieu ? »). La dernière oraison demande notamment qu’« alors que le son de cette cloche traverse les nuées, la main des anges protège les rassemblements de (l’)Église ».

L’oraison demande encore que « le peuple chrétien soit invité à la foi ». C’est bien là le but final de ces sonneries et sans cette perspective, on comprend mal la lecture de l’Évangile de Marthe et Marie qui clôt cette célébration (Lc 10, 38-42) et qu’on lisait autrefois à l’Assomption : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour tant de choses ! Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas retirée. »

Ci dessous le cérémonial complet de la bénédiction des cloches.

medias/fichier/DE_BENEDICTIONE_SIGNI_VEL_CAMPANAE_(2).doc

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