La Transfiguration : la gloire avant la Passion

Publié le 11 Mar 2017
La Transfiguration : la gloire avant la Passion L'Homme Nouveau

Dimanche dernier, la liturgie nous faisait contempler Jésus jeûnant au désert et tenté par le diable. Ce dimanche, cet épisode austère et grave laisse la place à une théophanie : la Transfiguration. Cette gloire, qui n’est pas encore celle de la Résurrection, terme de la quarantaine qui commence, vient toutefois en ouvrir la perspective : « Après avoir prédit sa mort à ses disciples, (…) [le Christ] a manifesté sa splendeur. Il nous révélait ainsi que sa Passion le conduirait à la gloire de la Résurrection » (Missel Romain [1970-2002], préf. du deuxième dim. de Carême). Voyons quelques aspects de cette manifestation glorieuse dans deux homélies patristiques.

Le Bréviaire romain codifié au concile de Trente comportait un extrait de l’homélie 51 de saint Léon le Grand (+ 461), sur l’évangile de ce jour (Mt 17, 1-9), commun cette année aux deux formes du rite romain. Le pape y voit d’abord une révélation aux trois Apôtres, qui « ignoraient encore la puissance détenue par ce Corps qui cachait la divinité », de « la gloire royale appartenant spirituelle­ment à la nature humaine, prise par le Verbe » (septième leçon). La parole du Père lui paraît une affirmation que le Verbe partage sa divinité : « “Celui-ci est mon Fils” : de moi ne le sépare pas la divinité, ne le divise pas la puissance, ne le distingue pas l’éternité » (huitième leçon). Et saint Léon développe ainsi ce commandement divin : « Celui-ci en qui je prends pour tout ma complaisance, dont la prédication me manifeste, dont l’humilité me glorifie, ­écoutez-le sans hésitation, car Il est, lui vérité et vie, Il est ma puissance et ma sagesse » (neuvième leçon).

Dans un autre passage, omis par le Bréviaire, saint Léon affirme aussi que par la Transfiguration, Jésus « voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la Croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi » (§ 3).

L’Homéliaire proposé pour la Liturgie des Heures (Les Pères de l’Église commentent l’évan­gile [1991]) donne encore un commentaire de saint Éphrem (+ 373), docteur de l’Église. Le Syrien y souligne combien la Transfiguration du Christ a fortifié la foi des disciples. En effet, ceux-ci « l’avaient vu manger et boire, se fatiguer et prendre du repos, s’assoupir et dormir, subir l’effroi jusqu’aux gouttes de sueur, toutes choses qui ne semblaient guère en harmonie avec sa nature divine et ne convenir qu’à son humanité. Voilà pourquoi Il les emmena sur la montagne, afin que le Père l’appelât son Fils et leur montrât qu’Il était vraiment son Fils, et qu’Il était Dieu » (p. 37). Et cette gloire devait leur faire comprendre que Jésus ne souffrirait pas la Passion « par faiblesse, mais (…) de plein gré pour le salut du mon­de » et reconnaître, après la Résurrection, « qu’Il ne recevait pas cette gloire en récompense de sa peine, comme s’Il en eût besoin, mais qu’elle lui appartenait bien avant les siècles, avec le Père et auprès du Père » (ibidem).

Revenons au commandement du Père : « Écoutez-le ». Il nous ramène dans un des trois efforts du Carême. En effet, unie au jeûne et à l’aumône, la prière trouve sa nourriture dans l’écoute de la Parole de Dieu. C’est bien ce que demande la collecte de ce jour : « Ô Dieu, qui nous avez commandé d’écouter votre Fils bien-aimé, daignez nous nourrir intérieurement par votre Parole, afin que le regard de notre esprit étant purifié, nous soyons remplis de joie à la vue de votre gloire » (Missel Romain [1970-2002] ; traduction privée).

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseLiturgie

Pédagogie de Jésus et fin du carême

L’Esprit de la liturgie | Les textes évangéliques, leurs commentaires et les hymnes de la fin du carême reflètent la tension grandissante qui précède la Crucifixion mais annoncent aussi la Résurrection dont la Croix est l'étendard glorieux.

+

Lazare carême croix
À la uneÉgliseLecturesLéon XIV

Les petits secrets du dernier conclave

Dans un ouvrage bien documenté, deux vaticanistes, proches du pape François, reconstituent le déroulement du dernier conclave et des congrégations générales qui l’ont préparé. Ils reconstituent le résultat des votes lors du conclave, avec une surprise : la présence du cardinal Aveline.

+

Léon XIV biographie
À la uneÉgliseHistoire

Compagnie du Saint-Sacrement (2/3) : Mystique et action catholique

DOSSIER n° 1851 « La Compagnie du Saint-Sacrement : le secret est-il catholique ? » | Créée par Henri de Lévis, duc de Ventadour, la Compagnie du Saint-Sacrement réussit au XVIIᵉ siècle à associer le mysticisme à l’action sociale et religieuse avant d’être emportée par son succès et son goût du secret. Retour sur cette œuvre originale qui réunissait en son sein prêtres et laïcs.

+

compagnie du saint-sacrement
Église

Mgr Fulton Sheen, un « télé-évangélisateur »

Focus | Mgr Fulton Sheen (1895-1979), prélat américain connu pour ses émissions missionnaires de radio et de télévision, sera prochainement béatifié. Une nouvelle que les fidèles des États-Unis attendaient depuis de nombreuses années, la cause ayant été ouverte en 2002 et un miracle reconnu en 2014.

+

Mgr Fulton Sheen