> L’éditorial du Père Danziec
Le Père Danziec a rédigé cet éditorial pour L’Homme Nouveau n° 1832 (daté du 17 mai 2025), avant que les Cardinaux ne rentrent en conclave et que Léon XIV ne soit élu 267e pape.
À l’heure où je rédige ces lignes, le maître des célébrations liturgiques pontificales, Mgr Diego Ravelli, n’a pas encore fermé les portes de la chapelle Sixtine en prononçant le fameux « Extra omnes ! », « Tous dehors ! ». Et pour cause ! Le collège des cardinaux n’est pas encore entré en conclave. Pourtant, à l’heure où ce magazine vous parviendra et où vous le tiendrez entre vos mains, le successeur du pape François aura été élu. L’Église, donc chacun de nous en tant que baptisé, aura entonné le Te Deum d’action de grâces en l’honneur du nouveau souverain pontife. Chaque prêtre à l’autel, au début du canon de la messe, recommandera à Dieu le 267e vicaire du Christ.
Le charme de l’Église
Telle est la vie de l’Église et tel est son immense charme. « Non praevalebunt ! » (Mt 16, 18), avait prévenu Notre-Seigneur. En s’adressant à saint Pierre et au collège des apôtres, dans la région de Césarée de Philippe, il leur avait garanti que les portes de l’Enfer ne triompheront pas de son Église. L’épouse mystique du Christ, celle que Bossuet décrivait comme « Jésus-Christ, répandu et communiqué », celle que notre héroïne nationale, sainte Jeanne d’Arc, associait de façon consubstantielle avec le verbe de Dieu – « De Jésus-Christ et de l’Église, il me semble que c’est tout un, et qu’il n’y faut point faire de difficulté » –, oui l’Église est singulière et divine.
Elle est au-dessus du temps. Au-dessus de la faiblesse des hommes. Au-dessus de leurs éventuels calculs ou combinaisons d’appareil. Au-dessus de tel ou tel pape. L’Église, c’est elle qui nous sauve et non pas qui que ce soit qui se trouverait en mesure de sauver l’Église. On ne sauve pas l’Église, on la sert. De tout son cœur et de toute son âme.
On ne change pas l’Église, on la reçoit. Intégralement et sans accommodement de circonstance. On ne modifie pas son ADN, on s’émerveille de sa tradition, de son enseignement constant, de son patrimoine spirituel. Il en va de l’Église comme de sa sainte liturgie, on ne peut la traiter « comme s’il s’agissait d’un morceau de tissu que l’on peut refaçonner selon le caprice de chaque génération» (cardinal Ottaviani).
Dans l’histoire du monde, l’Église se voit confier par le Christ la responsabilité du sel de la terre. Suprême, exigeante et noble responsabilité. N’en déplaise à certains, la raison d’être de l’Église ne saurait consister à faire cheminer les hommes dans leur diversité mais bien à les tourner unanimement – d’une seule âme ! – vers le Christ.
À cet égard, l’Église a pour tâche d’expliciter sans cesse la Révélation de son fondateur Jésus-Christ, sans rien ajouter au dépôt qu’il lui a légué et sans jamais permettre non plus qu’il y soit retranché ou modifié quoi que ce soit. La mission de l’Église ? Faire entendre cette « bonne nouvelle » à tous les hommes avides d’éclaircir le grand mystère de la vie.
Ne pas séparer l’Église du Christ
Lors de l’audience du 15 mars 2006, Benoît XVI alertait les fidèles sur le danger de séparer le Christ de l’Église.
« Un slogan fut à la mode il y a quelques années : “Jésus, oui ; l’Église, non”. Ce slogan est totalement inconciliable avec la volonté du Christ. […] Entre le Fils de Dieu fait chair et son Église, il y a une profonde, inséparable et mystérieuse continuité, en vertu de laquelle le Christ est aujourd’hui présent en son peuple et en particulier en ceux qui sont les successeurs des Apôtres. Par les Apôtres, nous remontons à Jésus lui-même. »
« L’Église a commencé à se constituer quand quelques pêcheurs de Galilée rencontrèrent Jésus, se laissèrent conquérir par son regard, par sa voix, par son invitation chaude et forte : “Suivez-moi, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes”. »
Selon le père Clérissac, tout le mystère de l’Église gît dans l’équation et la convertibilité de ces deux termes : le Christ et l’Église. Ainsi, la formule « Hors de l’Église, point de salut» ne signifie réellement pas autre chose que : « Hors du Christ, point de salut ». Comme l’a fort justement rappelé la déclaration Dominus Iesus approuvée par Jean-Paul II le 6 août 2000, le Christ est l’unique Rédempteur des hommes.
Une, sainte catholique et apostolique, les voici donc les notes de l’Église ! Une, parce que la Vérité est dans l’Église, et l’Église dans la Vérité. Sainte parce que la Grâce est dans l’Église et l’Église dans la Grâce. Catholique parce que l’universelle Rédemption se fait par l’Église, et que l’Église se fait par l’universelle Rédemption. Apostolique enfin parce que le Christ est dans les Apôtres, et les Apôtres dans le Christ.
Ce principe qui veut que le Christ soit dans l’Église et que l’Église soit dans le Christ se dégage du fait même de l’Incarnation. L’Église a une personnalité. À nous de l’aimer, envers et contre tout. Pour l’amour du Christ et le salut des âmes.
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