Le commentaire du Pape sur le « Faites ceci en mémoire du moi »

Publié le 02 Juin 2016
Le commentaire du Pape sur le « Faites ceci en mémoire du moi » L'Homme Nouveau

Toute l’histoire des hommes se trouve comme condensée dans les inépuisables paroles prononcées par le Christ au Cénacle, le soir du Jeudi Saint. Le Pape François en retient la finale selon la version paulinienne : « Faites ceci en mémoire de moi ». Ces paroles du Seigneur lui servent de canevas pour son homélie de la Fête Dieu, ce 26 mai, dans laquelle il commente les deux verbes faire et rompre sur la toile de fond de la mémoire, thème biblique par excellence.

Tout d’abord, « faire ». Le Seigneur commande à ses Apôtres de refaire ses propres gestes, ceux par lesquels, lui l’Agneau pascal, institua le mémorial de l’Alliance nouvelle et éternelle. Ce commandement, Jésus le répète par deux fois, pour les deux consécrations du pain et du vin. Par ses prêtres, l’Église fait donc l’Eucharistie ; mais, il est aussi vrai de dire que l’Eucharistie fait l’Église, car Jésus, en donnant son corps, le donne à chacun en nourriture. Or, l’Eucharistie, n’agit pas à la façon des autres aliments. Quand on mange un aliment quelconque, cet aliment devient d’une certaine façon notre corps. Dans l’Eucharistie au contraire, nous devenons nous-mêmes le Christ. Les Pères et spécialement saint Augustin ont dit cela à merveille. Mais on remarquera aussi que c’est toujours Jésus qui agit, alors même qu’il demande de faire, car il veut avoir besoin de notre collaboration. Le prêtre agit, mais in personna Christi. Jésus agit toujours comme sujet, mais il réalise son action merveilleuse par les pauvres mains des prêtres ointes de l’Esprit Saint. Et le Pape illustre cela par le miracle de la multiplication qui annonçait l’Eucharistie. Il s’appuie sur le texte de saint Luc. C’est bien Jésus qui bénit et accomplit le miracle, mais il le fait avec les pains et les poissons apportés et recueillis par les disciples, qui de plus recueillirent eux-mêmes les restes.

Ensuite, le Pape analyse le verbe « rompre » qui explique aussi à sa façon la demande de Jésus d’accomplir ses gestes en mémoire de Lui. Ce verbe est très important aux yeux des chrétiens. Les pèlerins d’Emmaüs reconnurent Jésus à la fraction du pain et ce n’est qu’à partir de ce moment qu’ils se souvinrent de l’explication de Jésus « sur tout ce qui Le concernait ». Car tout se tient. La parole de Dieu est au service de l’Eucharistie et le chrétien doit se nourrir à la « double table de la parole et de l’Eucharistie ». Pour bien comprendre cela, les Actes des Apôtres nous donne par deux fois l’exemple de la première communauté de Jérusalem. Et c’est parce qu’on rompt le pain eucharistique, que l’Eucharistie peut devenir « le centre et la forme de la vie de l’Église ». Mais il y a plus ! L’Eucharistie doit imprégner toute notre vie, même dans son caractère profane. Rompre le pain eucharistique prépare en effet à rompre le pain en famille lors des repas qui pour cette raison doivent être bénis au début et achevés par l’action de grâces. Cela permet de penser avec le Pape à tous les saints parents chrétiens qui ont rompu leur pain pour leurs enfants. En rompant le pain, ils ont, comme Jésus, offert leur vie en sacrifice pour leurs enfants et pour leurs familles. Et ainsi, par un tel esprit de foi, ils ont permis à leurs propres enfants de grandir à leur tour dans la foi de leurs pères. Et beaucoup de chrétiens ont accompli cela aussi pour leurs nations, pour leurs amis et pour tous les démunis.

Le Pape termine par un mot concernant la procession eucharistique. L’adoration eucharistique, souvent heureusement retrouvée de nos jours, se situe à ce point de vue. Le geste de l’adoration poursuit avec Marie la grande prière des Apôtres.

L’homélie du Pape

« Faites cela en mémoire de moi » (1Co 11, 24.25)

Par deux fois, l’Apôtre Paul, écrivant à la communauté de Corinthe, rapporte de commandement de Jésus dans le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est le témoignage le plus ancien sur les paroles du Christ lors de la Dernière Cène.

« Faites cela ». C’est-à-dire prenez le pain, rendez grâce et rompez-le ; prenez le calice, rendez grâce et distribuez-le. Jésus commande de répéter le geste par lequel il a institué le mémorial de sa Pâque, au moyen duquel il nous a donné son Corps et son Sang. Et ce geste est parvenu jusqu’à nous : c’est le « faire » l’Eucharistie, qui a toujours Jésus comme sujet, mais qui se réalise à travers nos pauvres mains ointes d’Esprit Saint.

« Faites cela ». Déjà précédemment Jésus avait demandé aux disciples de « faire » ce qu’il avait déjà clair dans son esprit, en obéissance à la volonté du Père. Nous venons de l’entendre dans l’Évangile. Devant les foules fatiguées et affamées, Jésus dit aux disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9, 13). En réalité c’est Jésus qui bénit et rompt les pains jusqu’à rassasier tous ces gens, mais les cinq pains et les deux poissons ont été offerts par les disciples, et Jésus voulait précisément ceci : qu’au lieu de congédier la foule, ils mettent à sa disposition le peu qu’ils avaient. Et ensuite, il y a un autre geste : les morceaux de pain, rompus par les mains saintes et vénérables du Seigneur, passent dans les pauvres mains des disciples, qui les distribuent aux gens. Cela aussi c’est « faire » avec Jésus, c’est « donner à manger » avec lui. Il est clair que ce miracle ne veut pas seulement rassasier la faim d’un jour, mais il est signe de ce que le Christ entend accomplir pour le salut de toute l’humanité en donnant sa chair et son sang (cf. Jn 6, 48-58). Et cependant il faut toujours passer par ces deux petits gestes : offrir le peu de pains et de poissons que nous avons ; recevoir le pain rompu des mains de Jésus et le distribuer à tous.

Nous donner

Rompre : c’est l’autre parole qui explique le sens du « faites cela en mémoire de moi ». Jésus s’est rompu, il se rompt pour nous. Et il nous demande de nous donner, de nous rompre pour les autres. Justement ce « rompre le pain » est devenu l’icône, le signe de reconnaissance du Christ et des chrétiens. Rappelons-nous Emmaüs : ils le reconnurent « à la fraction du pain » (Lc 24, 35). Rappelons-nous la première communauté de Jérusalem : « Ils étaient assidus (…) à la fraction du pain » (Ac 2, 42). C’est l’Eucharistie, qui devient depuis le commencement le centre et la forme de la vie de l’Eglise. Mais pensons aussi à tous les saints et saintes – célèbres ou anonymes – qui se sont « rompus » eux-mêmes, leur propre vie, pour « donner à manger » à leurs frères. Que de mamans, que de papas, avec le pain quotidien, coupé sur la table de la maison, ont rompu leur cœur pour faire grandir leurs enfants, et les faire bien grandir ! Que de chrétiens, comme citoyens responsables, ont rompu leur propre vie pour défendre la dignité de tous, spécialement des plus pauvres, des exclus et des discriminés ! Où trouvent-ils la force pour faire tout cela ? Justement dans l’Eucharistie : dans la puissance d’amour du Seigneur ressuscité, qui aujourd’hui aussi rompt le pain pour nous et répète : « Faites cela en mémoire de moi ».

Puisse aussi le geste de la procession eucharistique, que nous allons accomplir dans peu de temps, répondre à ce mandat de Jésus. Un geste pour faire mémoire de Lui ; un geste pour donner à manger à la foule d’aujourd’hui ; un geste pour rompre notre foi et notre vie comme signe de l’amour du Christ pour cette ville et pour le monde entier.

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