Le petit Vialatte catholique

Publié le 22 Sep 2024
ENTRETIEN | Philippe Berthier, professeur de lettres émérite, spécialiste du XIXe, vient de faire paraître une étude fort originale sur l’attitude d’Alexandre Vialatte (1901-1971) à l’égard des « choses de la foi », magnifique texte qui s’adresse aux lecteurs passionnés de cet Auvergnat, et qui constitue une excellente introduction à son œuvre de romancier et de chroniqueur.

 

| Par quel biais avez-vous découvert Vialatte et qu’est-ce qui vous a « accroché » chez lui ?

Je suis un peu auvergnat par ma mère, Vialatte m’était donc a priori sympathique. Ce sont ses chroniques dans lesquelles je me suis plongé avec délices et de manière endurante. Je suis donc venu à Vialatte en dehors de mon champ de travail, puisque j’étais professeur de littérature du XIXe siècle ; bien que, d’une certaine façon, même si l’on peut le considérer comme un écrivain d’avant-garde (ce qui n’est pas toujours compris), peut-être pourrait-on dire qu’il y a chez Vialatte beaucoup de XIXe siècle, en particulier dans son rapport avec les questions religieuses. Vialatte ne nous a pas laissés ignorer ses réticences – le mot est faible – vis-à-vis de l’évolution de l’Église à laquelle il se réclamait d’appartenir, l’Église catholique : l’aggiornamento, le concile Vatican II le laissaient profondément sceptique – encore un euphémisme. Que dirait-il des évolutions actuelles ! Il était d’une religion dont les formes étaient, pour l’essentiel, celles du passé, notamment celles du XIXe siècle. Il n’avait par exemple aucun mépris pour l’iconographie sulpicienne, mais au contraire beaucoup de vénération et de tendresse.

| Comment définiriez-vous la foi de Vialatte ?

Vialatte garde la foi du charbonnier ; or il ne faut pas mépriser les charbonniers, sans eux il n’y aurait pas de feu… Sa foi lui permet de renoncer à se laisser torturer par les grandes questions insolubles, qu’il se pose comme tout le monde et auxquelles il apporte des réponses goguenardes : « Qu’est-ce que l’Homme ? Un salsifis mystique. D’où vient-il ? Du métro. » Il a accepté une fois pour toutes la foi reçue dans son enfance. Pour lui, si l’on croit à l’Incarnation et à la Résurrection, aux sacrements, si l’on croit que l’Église catholique, apostolique et romaine est d’institution divine, on est catholique sans qu’il y ait besoin d’y revenir. Je cite une phrase trouvée dans le Journal de Julien Green, racontant la visite d’un père dominicain qui lui avait déclaré : « Je ne suis pas assez intelligent…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Anne Le Pape

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

L’exposition : Le triptyque de Moulins, l’éclat retrouvé d’un chef-d’œuvre de la Renaissance

Entre une exposition au Louvre et une autre au musée départemental Anne-de-Beaujeu à Moulins, le triptyque de la Vierge en gloire, dit « Triptyque de Moulins », est actuellement exposé au monastère royal de Brou (Ain) jusqu’au 3 janvier 2027. Après plusieurs années de restaurations, ce chef-d’œuvre attribué à Jean Hey retournera en 2028 à la cathédrale de Moulins, dans la sacristie réaménagée.

+

triptyque de Moulins vierge à l’enfant
CultureLectures

Réédition de La Varende : Heureux les humbles

Recensions | Dans notre page culture, les livres choisis vous parlent de la carmélite Élisabeth de la Trinité, du voyage de trois amis à vélo jusqu’en Corée, des rééditions des nouvelles de La Varenne, des cathédrales gothiques françaises, de Georges de La Tour, etc. Paru dans le n° 1861. 

+

témoignage lecture livre école la varende humbles
CultureHistoire

Un anniversaire américain

Carte blanche de Judith Cabaud | Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, la déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique fut signée par les pères fondateurs de la nouvelle nation, en guerre avec la Grande-Bretagne. Pour comprendre cette naissance contradictoire, Alexis de Tocqueville fut un des premiers Européens à analyser le phénomène américain.

+

anniversaire américain Amérique démocratie