Julien Rochedy se présente comme essayiste, influenceur et éditeur de droite identitaire. Son ouvrage Qui sont les Blancs ? témoigne de la profonde distance qui existe, du point de vue anthropologique, entre une partie de cette mouvance et la pensée catholique.
Tout est dans le titre. Il ne s’agit pas de savoir qui sont les Français, ce qu’est la civilisation chrétienne, ou même européenne entendue au sens culturel. L’auteur se place d’emblée dans une perspective ethnoraciale, celle des Blancs. Il nous propose un récit très personnel de notre histoire, revisitée au prisme de l’hérédité, empreinte fondamentale d’une identité « européenne » (celle des Indo-Européens, des Aryens) forgée à l’ère glaciaire : « Cette première empreinte environnementale confectionne donc les gènes des Blancs, et elle instruit sans doute une grande partie de leur mentalité. » Ce type d’approche de l’identité des peuples était très en vogue dans les courants naturalistes et évolutionnistes à partir des dernières décennies du XIXᵉ siècle. Selon eux, l’empreinte génétique initiale attribuerait des caractères anatomiques et psychologiques fondamentaux, sur lesquels se grefferaient ensuite des convictions particulières, liées au milieu et au moment historique. Malgré leurs variétés et leurs oppositions, parfois en apparence irréductibles, ces convictions révéleraient la persistance de la psyché liée à l’empreinte génétique initiale. C’est ainsi, par exemple, que Gustave Le Bon écrivait qu’une civilisation repose sur de grandes croyances générales et permanentes, en conséquence de quoi, il estimait (en 1895) que « monarchistes, radicaux, impérialistes, socialistes ont un idéal absolument identique (…) qui tient uniquement à la structure mentale de notre race ». Ce primat de l’ethnicité s’appuie sur une conception anthropologique matérialiste et plus précisément biologique, repoussant les facteurs religieux, culturels, sociaux ou matériels au second plan, comme simples causes d’adaptations et de variations. Manifestement situé dans cette lignée, Julien Rochedy réinterprète les permanences et les grandes mutations intellectuelles de l’Histoire à l’aune de cette « généalogie identitaire européenne ». Ainsi, (chaque mot compte !) la psychologie européenne « n’est donc pas un artefact chrétien, mais l’aboutissement d’une évolution culturelle cumulative enracinée dans une adaptation biologique à un monde difficile ». L’âge glaciaire aurait ainsi fixé l’« âme » des Blancs, c’est-à-dire leurs caractéristiques psychologiques. Ce recours à la préhistoire pour expliciter nos comportements contemporains sociaux et moraux n’est, là encore, pas une nouveauté et arrime davantage encore l’auteur dans la filiation intellectuelle que nous avons mentionnée. À titre d’illustration de cette structuration de l’Histoire du point de vue ethnoracial, prenons l’exemple de la christianisation…






