Le retour de la doctrine sociale de l’Église ?

Publié le 20 Avr 2017
Le retour de la doctrine sociale de l’Église ? L'Homme Nouveau

Élection oblige, notre confrère La Croix s’est récemment souvenu qu’il existe une doctrine sociale de l’Église. Dans son numéro du 10 avril dernier, ce quotidien a voulu en rappeler les principes concernant la famille, l’Europe, l’immigration, l’emploi, la sécurité et le développement durable. Il n’est pas inintéressant de revenir sur quelques aspects évoqués dans ce numéro.

Une affaire d’opinion ?

À quoi sert cette doctrine sociale ? À lire le Père Henri Madelin, dans ce numéro de La Croix, la doctrine sociale de l’Église n’est là que pour aider à se construire une opinion. L’Église, qui a reçu du Christ la mission d’enseigner, est ainsi réduite à n’être qu’un organe de pression idéologique dans le grand débat démocratique. Une sorte de lobby, habillé seulement d’une antériorité et d’une expérience historique Il n’est nullement question ici de guider l’agir social et politique des catholiques pour qu’il régénère la société et la soumette au Christ-Roi.

De l’enseignement de Quas Primas et de la royauté sociale du Christ, rappelé dans le Catéchisme de l’Église catholique, il n’en est d’ailleurs nullement question. De la condamna­tion des grandes erreurs modernes (libéralisme, socialisme, etc.), quasiment pas davantage. Certains grands principes de cette doctrine de l’Église sont bien cités. C’est le cas notamment du « principe de subsidiarité », à propos de l’Europe. Alors que ce dossier de La Croix nous répète à l’envi que l’Église ne prend jamais position dans le débat politique, le jésuite Pierre de Charentenay souligne pourtant qu’elle « soutient sans réserve les deux piliers sur lesquels a été bâti l’édifice européen : la solidarité et la subsidiarité. » Oubliant (ou niant ?) au passage que le principe de subsidiarité dans sa version européiste répond à une logique inverse de celle de l’Église.

Évidemment, tout n’est pas faux dans cette présentation de la doctrine sociale de l’Église. Même à La Croix, on sent qu’une nouvelle génération – la fameuse génération Jean-Paul II – commence à prendre la relève. Elle n’hésite pas à rappeler l’opposition de l’Église à l’avortement et à l’euthanasie, souligne « le droit à ne pas émigrer » énoncé par Benoît XVI ou rappelle les critères de la guerre juste. Alors que manque-t-il ?

Un simple supplément d’âme ?

On ne reprochera pas au quotidien d’être incomplet. Impossible de ne pas l’être dans le cadre étroit d’un journal. Un quotidien n’est pas un traité. En revanche, il aurait été pertinent de rappeler que la doctrine sociale de l’Église n’est pas facultative (« Elle est obligatoire ; nul ne peut s’en écarter sans danger pour la foi et les mœurs », Pie XII, 29 avril 1945) en ses principes mais qu’elle appartient dans son application au champ du jugement prudentiel. La Croix a préféré se placer dans le registre de l’opinion, critère propre à la démocratie moderne, issue des Lumières et de la négation de la vérité.

En outre, il aurait fallu souligner que cette doctrine sociale constitue un tout cohérent. Passer sous silence l’un de ses principes contribue à déséquilibrer l’ensemble et à fausser la vérité de ce qu’il contient. De la même façon, en ne la replaçant pas dans la perspective du règne du Christ et de la primauté du bien commun, on court le risque de la transformer en simple supplément d’âme d’un système profondément anti-chrétien et de ce fait anti-humain.

Les catholiques ont-ils pour éternelle vocation de servir de bataillon d’appoint à un monde creux et vide ? Là aussi, il serait bon que, à l’imitation des Pèlerins d’Emmaüs, nos yeux s’ouvrent, en reconnaissant la souveraineté sans limite, ni politique ni sociale, du Christ ressuscité. La période est peut-être propice à un examen de conscience de ce côté-là ?

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (3/4) : Soigner à la française les mineurs tourmentés

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | Christian Flavigny, pédopsychiatre français, a vu venir de loin ce mouvement d’embrasement de la théorie du Genre et s’attache, depuis 2012, à en contrer les ravages chez les mineurs. La manifestation de ce qu’on appelle « dysphorie de Genre », chez l’enfant, est un tourment auquel la psychologie, telle qu’elle est pratiquée en France, peut et doit apporter son aide.

+

transgenrisme genre mineur
À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (2/4) : Les autorités et le corps médical vont-ils enfin ouvrir les yeux ?

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | En France, le droit à l’auto-détermination de genre a fini par s'imposer, que ce soit dans le domaine médical ou juridique. Et la récente note de cadrage de la Haute Autorité de Santé ne laisse pas espérer une meilleure prise en charge des mineurs dits en « questionnement de genre », alors que de nouvelles études internationales prouvent scientifiquement le caractère inutile, voire nocif, des démarches « trans-affirmatives ».

+

transgenrisme médiale
SociétéBioéthique

Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | L’idée de changer de sexe ne date pas d’hier, mais sa mise en application sociale, politique, voire anthropologique est une réalité désormais à la portée de tous. À l’école ou en compétition sportive, dans les lois et les cliniques, le mouvement a pris une ampleur inédite, au niveau mondial. Et quoiqu’on perçoive la montée d’une saine opposition, le combat reste prégnant.

+

transgenrisme
ChroniquesSociété

La « Nouvelle France » : concept ou création ?

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les récentes élections municipales ont laissé penser qu'émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d'un réel « fabriqué » ?

+

nouvelle france