Le 11 octobre, avant d’annoncer l’opération qu’il devait subir, Léon XIV a commenté l’Évangile des noces du fils du roi chez saint Matthieu.
L’opération du Pape nous contraint à commenter sa courte allocution lors de la récitation de l’angélus du 11 octobre. Il y commentait l’Évangile du mariage du fils royal.
C’est toujours un moment unique pour des parents que de marier un de leurs enfants. Et la joie se répercute sur toute famille. L’heureux père souhaite partager sa joie avec tout le monde. Il offre un banquet et invite de nombreuses personnes. Saint Thomas d’Aquin dit, à ce sujet, que le bien tend par nature à se répandre. C’est l’adage philosophique classique : Bonum dicitur diffusivum sui. Le récit évangélique nous parle, dans un contexte particulier de la vie quotidienne, de cette réalité. Lorsqu’il se produit quelque chose de bon, une lumière s’allume qui incite à faire partager son bonheur aux autres.
Cependant, face à une offre aussi belle, les invités, au lieu de se joindre à la fête, se dérobent et préfèrent continuer à vaquer à leurs occupations. Certains, agacés, vont même jusqu’à insulter, voire à tuer, les messagers du roi. Cela arrive malheureusement aussi : le bien que nous offrons n’est pas toujours compris, reconnu, apprécié ; il est même parfois mal interprété et rejeté. Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ?
Mais cela ne doit pas nous décourager. Face à ce refus, le roi n’annule pas les noces et ne met pas fin aux festivités. Bien au contraire, il étend son appel à un nombre encore plus grand de personnes, en envoyant ses serviteurs les appeler dans les rues, afin que la joie des mariés soit un cadeau pour tout le monde.
Des noces spirituelles
Le roi a un fils qui se marie. Il veut célébrer le festin nuptial avec beaucoup de festivités. Dans toute l’Histoire sainte et surnaturelle, il n’est question que de noces, de la Genèse à l’Apocalypse : les noces figuratives d’Adam à l’origine ; les noces du Seigneur dans l’Incarnation, au centre des temps, et son union à une nature humaine individuelle ; les noces du Seigneur avec l’Église et l’humanité tout entière. La perfection surnaturelle de la vie en chacun de nous est décrite encore sous forme fiançailles et de mariage spirituel.
Mais qui représentent les protagonistes de cette histoire ? Saint Jérôme identifie le roi au Père du Ciel, l’époux à Jésus et l’épouse à l’Église. Parmi ces protagonistes, nous nous trouvons nous aussi, choisis par le Seigneur pour partager avec Lui notre existence et pour être, avec Lui, porteurs de vie. La fête des noces est la nôtre, et la salle du banquet, ce sont nos églises, nos maisons, les lieux où nous vivons, et où, chaque jour, le Fils du Roi, Jésus-Christ, revient nous déclarer son amour et attend notre oui.
C’est là que nous le rencontrons, revêtus, comme l’épouse, de la robe blanche du baptême et parés des joyaux des bonnes œuvres, qui nous rapprochent de Dieu et les uns des autres.
La joie que nous annonçons n’est pas artificielle, mais profonde, concrète, réelle, belle comme les visages des personnes que nous rencontrons, vraie comme tout ce qui ponctue nos journées. C’est un don de Dieu, pour le salut du monde.
L’invité indigne
Nous retrouvons deux fois ce récit des noces dans l’Évangile : en saint Luc et en saint Matthieu, mais ce dernier a en propre l’épisode de l’invité qui vient sans la robe de noces. Le Pape n’en parle pas, mais ce détail nous apprend qu’il ne suffit pas, pour prendre part au festin, d’y avoir été introduit par le recrutement pratiqué à la dernière heure, par les serviteurs du roi. Il faut des conditions intérieures : être revêtu de la justice intérieure du Seigneur, qui est la vraie robe nuptiale. Il faut le baptême, la justice, la charité. C’est là le vêtement des noces.
Il est indispensable de l’avoir revêtu pour prendre part légitimement au festin : y apporter les mœurs, les dispositions, le vêtement, en un mot les conditions de la vie qui a précédé, serait inconciliable avec les conditions du festin lui-même. On n’apporte pas un vêtement souillé à une fête solennelle. Sans doute, les autres convives pourront ne pas s’en apercevoir. Pour un temps, au sein de l’Église, vivent confondus, et assis en apparence à un même festin, les bons et les mauvais. Mais quand le roi entre, soit au cours de cette vie, soit à la dernière heure, il voit, lui, ce que les autres convives n’aperçoivent pas.
Demandons donc à Marie, Mère du Seigneur, de nous aider à grandir dans la joie spirituelle de ceux qui sont revêtus de la robe nuptiale et d’annoncer toujours et partout, ce qui reste indispensable pour entrer dans le Royaume des cieux.
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