Léon XIV : Suivre le Christ dans son dépouillement et sa mission

Publié le 15 Avr 2026
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Le Sermon sur la montagne, par Henrik Olrik.

Le 2 avril dernier, jour du Jeudi Saint, le pape Léon XIV a aussi célébré la messe chrismale, durant laquelle il a prononcé une homélie sur la nécessité du dépouillement pour répondre et participer à la mission du Christ dans le monde. 

 

Dans l’actuelle liturgie de la Semaine sainte, ou Grande semaine, le jeudi est le permier jour du Triduum sacré, au cours duquel sont rappelés les grands mystères de la Rédemption, qui préparent de façon immédiate à la fête de Pâques. Le Jeudi saint est particulièrement centré sur l’institution du sacrement de l’Eucharistie et sur la trahison de Judas.

Depuis la réforme de Pie XII, il y a deux messes ce jour là. D’abord la messe chrismale, durant laquelle l’évêque bénit ou consacre les saintes huiles : le saint chrême, l’huile des malades et l’huile des catéchumènes. Puis, le soir, lors de la messe in Cena, l’Église commémore le sacrement de l’Amour et le célébrant procède avant l’offertoire au lavement des pieds des douze apôtres. Le pape prononce au cours de chacune des deux messes une homélie. On retiendra ici celle de la messe chrismale.

Missionnaires avec le Christ

Au seuil du Triduum pascal, Jésus nous conduit au sommet de sa mission pour qu’à sa suite nous devenions missionnaires. Par sa Pâque, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection, le Christ transforme ce que l’orgueil humain a rigidifié. La liberté de Jésus change nos cœurs en soignant les blessures causées à notre nature par le péché d’Adam auquel se sont ajoutés tous nos péchés. La mission chrétienne est celle-là même de Jésus. Il n’y en pas d’autre.

Chacun y participe selon sa propre vocation et en obéissance au Père et à la voix de l’Esprit Saint. Mais si le salut demeure individuel, nous ne nous sauvons jamais sans les autres, et à plus forte raison en négligeant ou pire en rompant la communion. Tous, nous formons le Corps du Christ, oints de son Esprit de liberté et de consolation. Être envoyé en mission demande un détachement, qui est un risque. Nous devons quitter ce qui est sûr pour nous aventurer vers la nouveauté.

Comme Abraham, comme Jésus, il nous faut partir. Il nous faut suivre Jésus qui ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est « anéanti ». Toute mission commence par un dépouillement dans lequel tout renaît. Ce n’est qu’ainsi que l’Évangile apportera lumière et salut, pardon et guérison.

La rencontre et le témoignage

La montée de Jésus à Jérusalem nous révèle la nécessaire disponibilité à se dépouiller. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Mais la mission ne s’arrête pas au détachement ; celui-ci doit nous conduire à la rencontre. Ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont des témoins c’est-à-dire des martyrs.

La voie de l’incarnation prend toujours la forme de l’inculturation, comme le soulignait déjà saint Grégoire le Grand. Le Salut ne peut être accueilli par chacun que dans sa langue maternelle. La surprise de la Pentecôte se répète lorsque nous ne prétendons pas dominer les temps de Dieu, mais que nous faisons confiance en l’Esprit Saint. Il ne nous appartient ni de le semer ni de le réveiller, mais avant tout de le reconnaître, de l’accueillir et de le suivre.

Pour établir l’harmonie avec l’invisible, il faut se rendre là où l’on est envoyé avec simplicité et humilité. Pour accueillir, nous devons apprendre à nous laisser accueillir. Les lieux mêmes où la sécularisation semble la plus avancée ne sont pas une terre de conquête. Nous devons marcher ensemble. La mission n’est pas l’aventure héroïque de quelqu’un, mais le témoignage vivant d’un Corps aux membres nombreux.

La trahison de Judas

Mais ce n’est pas tout. Le Jeudi saint est le jour de la trahison de Judas, qui nous montre la dramatique possibilité du rejet. La croix fera toujours partie de la mission. À première vue, elle paraît effrayante ; en réalité elle est libératrice. Jésus, Messie pauvre et opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle. De combien de résurrections sommes-nous aussi les témoins, lorsque, libérés par la Croix du Christ, nous devenons une semence dans la terre.

Dans la vie, nous traverserons des situations où tout semble fini. Nous connaîtrons des échecs, mais avec le Christ nous serons toujours vainqueurs. Le Pape donne en exemple saint Óscar Romero qui, comme tous les martyrs, a fait le don de sa vie. Ce sont les saints qui font l’Histoire. En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort.

Pour y parvenir, recevons de Jésus en Croix Marie pour mère.

 

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Un moine de Triors

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