Malgré leur appartenance commune au monde du froid, tout se passe comme si les pôles arctique et antarctique fonctionnaient comme deux miroirs géopolitiques inversés. Que l’on en juge : le pôle nord se présente comme un bassin océanique entouré de continents alors que le pôle sud se trouve être un continent entouré d’océans. 4 millions d’hommes peuplent les surfaces septentrionales alors que seuls de rares chercheurs se hasardent à la périphérie du continent austral. Le changement climatique affecte ces deux espaces, mais de façon différenciée : en effet si la glace fond au nord, elle gagne pour l’instant au sud, grâce aux fleuves souterrains qui l’alimentent. Si de nouvelles routes maritimes apparaissent au nord, il n’en est pas de même au sud. Le pôle nord se présente comme un centre énergétique militarisé, et peut être comme une nouvelle Arabie Saoudite pouvant receler jusqu’à 30% des réserves mondiales de pétrole. Le pôle sud à l’inverse représente l’une des dernières périphéries démilitarisées. Si les revendications territoriales sur le pôle nord sont exclusivement le fait de pays occidentaux (États-Unis, Canada, Danemark, Norvège et Russie), des puissances émergentes comme l’Argentine et le Chili réclament des droits souverains sur l’Antarctique. D’un point de vue juridique, une convention maritime régit l’Arctique, alors qu’une convention terrestre internationale s’applique à l’Antarctique. En ce qui concerne les représentations mentales, le pôle nord est perçu comme un véritable enjeu pour les puissances alors que l’Antarctique se situe hors de l’espace et du temps. L’explorateur Edward Wilson écrivait d’ailleurs dans son journal du 22 mai 1902 : « Le silence était presque inquiétant. On pouvait s’imaginer sur une autre planète, morte. Je pouvais facilement imaginer que nous n’étions pas sur la Terre, mais sur la surface de la Lune ». Pourtant, si les évolutions climatologiques se poursuivaient, la situation pourrait se renverser. Nous trouverons au nord, un pôle englouti, une nouvelle Atlantide a la surface de laquelle flotteront les carcasses rouillées des sous-marins russes ou américains d’une guerre froide oubliée, soudainement libérés par les eaux tièdes de leur étreinte de glace. Sur les terres australes à l’inverse les stations scientifiques se seront déplacées de plusieurs centaines de kilomètres vers le centre du pôle afin de poursuivre leurs observations. Quant à ses rivages désormais arborés, ils accueilleront leurs premiers habitants. S’agira t’il de migrants ayant volontairement choisi de quitter les plaines chaudes d’Europe et leur bouillon de cultures au profit de grands espaces encore vierges et tempérés ? On peut l’imaginer peut être. Mais il est plus probable que ces migrations seront téléguidées par les puissances. Russes, Danois et Canadiens pourraient en effet rapatrier vers l’Antarctiques les peuples sans terre du Nord. Se combattront ils alors dans cette nouvelle arène des antipodes ou bien prêteront ils hommage à la Chine, en souvenir de leurs lointaines origines asiatiques communes ? Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir mais Pékin n’y sera certainement pas hostile car entre-temps, l’Australie, demeurée libérale, aura été à moitié sinisée.
Faut-il aller chercher chez Karl Barth une apologie de la distinction des sexes ?
Tribune libre d'Élie Collin | Médecin, membre de la communauté du Chemin Neuf, Catherine, spécialiste de théologie, propose avec son dernier livre, L’humain en vis-à-vis, une relecture de la différence des sexes fondées sur l’œuvre de Karl Barth. Avec de passionnants éclairages mais des concessions contestables à l'esprit du temps.