L’heure des vertus héroïques

Publié le 05 Déc 2015
L’heure des vertus héroïques L'Homme Nouveau

En ces temps dramatiques que nous vivons, ne peut-on établir un parallèle entre la fin des Empires romain et byzantin et l’époque actuelle où se retrouve la même attitude face à des questions décadentes et aux migrations ? Une mutation de civilisation est en cours, destructrice des valeurs humaines et chrétiennes. Face au défi guerrier actuel l’unité ne peut se bâtir que sur le socle des vertus morales et théologales retrouvées.

On raconte qu’au XVe siècle, à Byzance, alors que de sombres nuages s’amoncelaient au-dessus de l’Empire menacé par un ennemi de plus en plus pressant, l’une des grandes questions théologiques qui passionnait les élites portait sur le sexe des anges. Était-il masculin, féminin, inexistant ? C’était une question de la plus haute importance. Par simple curiosité, juste pour voir, transposons cette passionnante querelle byzantine dans un contexte totalement sécularisé. Le résultat est le suivant : On raconte qu’au XXIe siècle, en Europe (Byzance n’existant plus…), alors que de sombres nuages s’amoncellent au-dessus des nations menacées par un ennemi de plus en plus pressant, l’une des grandes questions scientifiques qui passionne la caste au pouvoir porte sur le sexe des hommes. Mon identité sexuelle est-elle masculine, féminine, neutre ? C’est une question de la plus haute importance politique. Toute ressemblance avec des personnes et des situations existantes n’est pas du tout fortuite. C’est à se demander si l’interrogation sur l’identité sexuelle n’est pas un marqueur décadentiste.

Selon l’idéologie progressiste

Mais comment osons-nous parler de décadence ? Les Zemmour, Manent, Houellebecq égarent leurs lecteurs, corrige la presse officielle. Car n’en déplaisent à ces auteurs déclinistes, nous vivons un temps de mutation ! La nuance est de taille. La décadence précède la chute alors que la mutation participe au progrès. Dans l’idéologie progressiste, une civilisation s’efface au profit d’une nouvelle, par définition meilleure. Nous devrions donc nous réjouir du spectacle de ce déferlement de millions d’étrangers sur notre sol, car nous vivons des temps historiques ! À l’image des derniers siècles de l’Empire romain ? Oui bien sûr ! Cette analogie est parfaitement assumée à grands renforts de réécriture de l’Histoire. Ainsi, il ne faut plus parler des grandes invasions barbares, mais des migrations. C’est une expérience originale qu’a vécue Rome, un processus « étonnement pacifique » nous ­explique-t-on, résultant d’une « immigration salutaire », qui a rendu possible une mutation féconde. Dans son dernier livre, Michel De Jaeghere rapporte les propos de la directrice du Palazzo Grassi à Venise, présentant l’exposition organisée en 2008 sur le thème « Rome et les Barbares » : « un mot encore inédit s’est imposé qui allait produire en Europe autant d’effets, sinon plus, que les conquêtes guerrières : l’intégration, promesse d’un monde nouveau » (1). Comment ne pas envier la chance des habitants de l’Empire qui vécurent ces grands moments de notre Histoire ! Au rythme où vont les choses, on nous parlera bientôt de la Rome de la diversité, championne de l’antiracisme et du pluralisme, observant joyeusement, les bras ouverts, l’arrivée massive des sympathiques migrants barbares, pour le plus grand profit de l’Empire. On se plaira à imaginer Romains et Germains, bras dessus, bras dessous, multipliant les farandoles pour la paix et contre la haine, lors de banquets citoyens organisés au nom de la fraternité universelle et du développement durable.

Hélas, les faits sont têtus. Les sources nous enseignent le contraire : désordre, violence, souffrance, chaos. « Partout le deuil, partout les gémissements et l’image innombrable de la mort ! L’univers romain s’écroule ! » (2) écrivait saint Jérôme dès 396. « La grandeur de nos maux nous force d’avouer que nous touchons à la fin » (3), témoignait en 419 un correspondant de saint Augustin. Ces témoins des temps passés nous racontent ce que nous commençons à vivre.

L’Histoire nous apprend aussi que dans les temps troublés, lorsque l’avenir de la cité inquiète, qu’un redoutable adversaire menace, les gouvernants résolus prennent les mesures adéquates. Ils avertissent du danger, sonnent le tocsin, préparent les défenses, rappellent chacun à son devoir et forment les jeunes hommes, dont l’énergie virile garantit les plus belles espérances. Énergie virile ? Nous franchissons à nouveau la ligne jaune en usant d’une représentation stéréotypée caractéristique du mâle dominant. La violence symbolique de ce langage offense gravement l’égalité ! Nous nous demandons ce que penseront plus tard les générations futures qui se pencheront sur notre présent. Elles apprendront que notre Éducation nationale a jugé utile de proposer aux jeunes garçons des activités de filles afin qu’ils envisagent l’hypothèse de ne pas être des hommes…

Et c’est ainsi qu’au pire des moments, nous affaiblissons davantage encore le caractère d’un peuple, déjà bien durement ramolli par la quête du bien-être, par le consumérisme et la revendication de nouveaux « droits ». Née avec la modernité, la figure du bourgeois, c’est-à-dire de l’homme qui s’installe ici-bas pour jouir paisiblement de ses biens matériels, déploie sous nos yeux ses derniers feux, que la corruption généralisée réduit en cendres. Cette figure n’a pu être forgée qu’en disqualifiant les vertus héroïques, celles dont nous aurions tant besoin aujourd’hui. L’historien américain Will Durant remarquait avec justesse qu’« une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur ». Tout se tient. Aucune politique sécuritaire ne produira d’effets satisfaisants et durables sans le relèvement spirituel, moral et démographique des Français et des Européens. Prenons garde à ne pas diminuer l’intensité des combats pour la vie et la famille, sous prétexte d’unité contre l’État Islamique et ses épigones. Ce piège va nous être tendu.

Ne confondons pas pessimisme et réalisme. Les « valeurs » du nihilisme dominant ne peuvent nourrir les forces vives du pays. Seules les vertus morales couronnées par les vertus théologales répondront au défi guerrier de « ceux dont on ne parle pas ». Embrassons sereinement du regard l’étendue de la noble tâche que la Providence confie aujourd’hui à la cohorte des familles rebelles à la dissociété. L’objectif est clair : être à la hauteur.

1. Michel De Jaeghere, Les Derniers Jours. La fin de l’empire romain d’Occident, p. 33. Les Belles Lettres, 658 p., 26,90 €. Les deux citations antérieures sont tirées du même ouvrage.
2. Ibid., p. 36.
3. Ibid., p. 38.

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