Manipuler les mots pour fabriquer l’opinion

Publié le 02 Mar 2026
opinions mots

Le choix des réponses dans les sondages est faussé par les termes employés dans les questions elles-mêmes. (Mohamed Hassan/Pixabay)

> C’est logique ! de François-Marie Portes
Dans le langage actuel, la notion de dignité se transforme en instrument rhétorique et la valeur émotionnelle du vocabulaire prend le dessus sur le sens propre du langage ou du mot utilisé. En faussant les questions, les sondages poussent à répondre dans un sens unique. Le débat sur les mots devrait préexister à celui sur les lois.

  Lors d’une réunion d’un comité de direction auquel j’appartenais, une situation ubuesque s’était produite. Une décision avait été prise et il fallait la faire appliquer par les subordonnés… Pardonnez-moi, on parle maintenant de collaborateurs (ce qui floute toute notion de hiérarchie au profit d’une pseudo-participation). Plutôt que de transmettre la décision, les membres du « Codir » se posaient la question de savoir dans quels termes il fallait la proposer afin qu’elle soit admise par tous sans résistance. Ce procédé m’était apparu comme de la manipulation crasse que j’avais immédiatement dénoncée sans que cela produise le moindre effet.

Poser la question en des termes adéquats

Plusieurs années plus tard, je me retrouve confronté à la même situation mais cette fois les coupables ne sont pas des collègues mais un institut de sondage. La question vise à sonder les personnes sur l’euthanasie : « Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec l’affirmation suivante ?  “Les malades en fin de vie devraient pouvoir choisir entre le recours à des soins palliatifs et une aide active à mourir encadrée par la loi.” » Vous souhaitez que tout le monde soit d’accord avec vous ? Il vous suffit de poser une question dont personne ne peut décemment choisir la réponse qui vous dérange, et ce en raison même des termes de votre question.  C’est précisément ainsi que fonctionnent certains sondages contemporains sur la fin de vie. Ils ne demandent pas directement : « Approuvez-vous telle loi ? » Ils installent d’abord un cadre lexical chargé positivement – dignité, liberté, choix – puis mesurent l’adhésion. Le résultat devient alors presque mécanique : une majorité écrasante apparaît. Mais ce qui est mesuré n’est pas nécessairement une position réfléchie sur l’acte en question ; c’est souvent l’accord avec le vocabulaire utilisé pour le décrire.   1. La dignité antique : une qualité de l’agir, non un slogan moral Le débat contemporain repose sur une confusion sémantique massive autour du mot « dignité ». Pour la clarifier, il faut revenir à son sens antique. Chez les Grecs et…

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François-Marie Portes

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