Lors du consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV les 7 et 8 janvier derniers, le cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, a distribué un texte sur la liturgie intitulé « Liturgie : réflexion théologique, historique et pastorale attentive « afin que la saine tradition soit conservée, et cependant que la voie demeure ouverte à un progrès légitime » (SC23) ». Bien que le sujet de la liturgie ait été écarté des discussions, Mgr Schneider a souhaité s’exprimer pour remettre en question le texte, dénonçant à la fois les hypothèses historiques et les prémisses théologiques sous-jacentes. Cet entretien exclusif de Mgr Schneider a été réalisé par Diane Montagna le 20 janvier. Nous le publions en français avec leur aimable autorisation.
| Excellence, quel est votre avis général sur le document relatif à la liturgie préparé par le cardinal Roche et soumis à l’examen des membres du Sacré Collège lors du consistoire extraordinaire ?
Pour tout observateur honnête et objectif, le document du cardinal Roche donne l’impression d’un préjugé manifeste contre le rite romain traditionnel et son usage actuel. Il semble motivé par une volonté de dénigrer cette forme liturgique et, avec le temps, de l’éliminer de la vie ecclésiale. Le cardinal paraît déterminé à nier au rite traditionnel toute place légitime dans l’Église d’aujourd’hui.
L’objectivité et l’impartialité – caractérisées par l’absence de parti pris et un véritable souci de la vérité – font notablement défaut. Au contraire, le document recourt à des raisonnements manipulateurs et va jusqu’à déformer les faits historiques. Il ne respecte pas le principe classique sine ira et studio, c’est-à-dire une approche « sans ressentiment ni partialité ».

Cardinal Arthur Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements. © Shutterstock/Marco Iacobucci Epp
| Examinons maintenant quelques passages précis du rapport. Au point n° 1, le cardinal Roche affirme : « On pourrait dire que l’histoire de la liturgie est celle de sa “réforme” continue, dans un processus de développement organique. » Ceci soulève une question fondamentale : réforme et développement sont-ils synonymes ? La réforme semble suggérer une intervention délibérée et positiviste, tandis que le développement implique une croissance organique éprouvée par le temps. Historiquement, est-il exact d’affirmer que la liturgie a nécessité une réforme constante, ou vaut-il mieux la concevoir comme un développement organique, ponctué seulement d’interventions correctives ponctuelles ?
À cet égard, la déclaration du pape Benoît XVI demeure pertinente et incontestable : « Dans l’histoire de la liturgie, il y a croissance et progrès, mais pas de rupture » (Lettre aux évêques à l’occasion de la publication de la Lettre apostolique Summorum Pontificum, 7 juillet 2007). Il est un fait historique, attesté par d’éminents liturgistes, que depuis le pape Grégoire VII au XIᵉ siècle, soit pendant près d’un millénaire, le rite de l’Église romaine n’a subi aucune réforme significative. Le Novus Ordo de 1970, en revanche, apparaît à tout observateur honnête et objectif comme une rupture avec la tradition millénaire du rite romain.
Cette évaluation est confortée par l’avis de l’archimandrite Boniface Luykx, théologien liturgique, peritus (consultant, expert) du concile Vatican II et membre de la commission liturgique vaticane (appelé Consilium) présidée par le père Annibale Bugnini. Luykx a mis en évidence les fondements théologiques erronés qui sous-tendaient les travaux de cette commission, écrivant :
« Derrière ces exagérations révolutionnaires se cachaient trois principes typiquement occidentaux, mais faux : (1) l’idée (à la Bugnini) de la supériorité et de la valeur normative de l’homme occidental moderne et de sa culture pour toutes les autres cultures ; (2) la loi inévitable et tyrannique du changement constant que certains théologiens appliquaient à la liturgie, à l’enseignement de l’Église, à l’exégèse et à la théologie ; et (3) la primauté de l’horizontalité. » (A Wider View of Vatican II, Angelico Press, 2025, p. 131)
| La description que fait le cardinal Roche de la bulle Quo primum n° 2 du pape Pie V est-elle exacte ? Le pape saint Pie V n’a-t-il pas autorisé le maintien de tout rite en usage depuis deux siècles ? Et d’autres rites, comme le rite ambrosien ou dominicain, n’ont-ils pas également été autorisés à perdurer et à prospérer ?
Le cardinal Roche fait une référence sélective à Quo primum, en dénaturant ainsi le sens et en instrumentalisant le document du pape saint Pie V pour étayer une interprétation contraire à la tradition. En réalité, Quo primum autorise explicitement le maintien légitime de toutes les variantes du rite romain en usage continu depuis au moins deux siècles. L’unité ne signifie pas uniformité, comme l’atteste l’histoire de l’Église. Dom Alcuin Reid, liturgiste et spécialiste reconnu du développement organique de la liturgie, décrit ainsi la situation de cette période :
« Il ne faut pas tomber dans l’erreur révisionniste qui consiste à imaginer un “blanchir romain” centraliste et absolue de la liturgie occidentale : la diversité persistait au sein de cette unité. Les Dominicains conservaient leur propre liturgie. D’autres ordres maintenaient également des rites distinctifs. Les Églises locales (Milan, Lyon, Braga, Tolède, etc., ainsi que les principaux centres médiévaux anglais : Salisbury, Hereford, York, Bangor et Lincoln) chérissaient leurs propres liturgies. Pourtant, chacune appartenait à la famille liturgique romaine. » (The Organic Development of the Liturgy, Farnborough 2004, p. 20-21)
Cette réalité historique confirme que le pape saint Pie V a bien permis le maintien de rites ayant une histoire continue d’au moins deux siècles, notamment des usages bien établis comme les rites ambrosien et dominicain, qui non seulement furent préservés mais continuèrent de s’épanouir au sein de l’unité de l’Église romaine.
| Au point 4 de son article, le cardinal Roche écrit : « Nous pouvons certainement affirmer que la réforme de la liturgie voulue par le concile Vatican II est… en pleine syntonie avec le vrai sens de la Tradition. » Quel est votre avis sur cette affirmation, notamment au regard de l’expérience que la plupart des catholiques ont de la nouvelle messe dans leur paroisse ?
Cette affirmation n’est que partiellement vraie. L’intention des Pères du concile Vatican II était bien une réforme en continuité avec la tradition de l’Église, comme en témoigne cette formulation importante de la Constitution sur la sainte liturgie : « on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique » (Sacrosanctum Concilium, n. 23).
Le cardinal Roche commet l’erreur typique de l’idéologue, à savoir un raisonnement circulaire, que l’on peut résumer ainsi : (1) la réforme de la messe de 1970 est en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition ; (2) l’intention des Pères du concile Vatican II était en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition ; (3) par conséquent, la messe de 1970 est en pleine syntonie avec le véritable sens de la Tradition.
Cependant, nous disposons d’avis de témoins éminents ayant participé directement aux débats liturgiques du Concile, qui affirment que l’Ordre de la messe de 1970 représente le produit d’une sorte de révolution liturgique, contraire à la véritable intention des Pères conciliaires.
Parmi ces témoins les plus importants figure Joseph Ratzinger. Dans une lettre de 1976 adressée au professeur Wolfgang Waldstein, il écrivait avec une clarté saisissante :
« Le problème du nouveau Missel réside dans le fait qu’il rompt avec la continuité historique qui s’est établie avant et après Pie V, et crée un livre entièrement nouveau, dont l’apparition s’accompagne d’une interdiction de ce qui existait auparavant, un type totalement étranger à l’histoire du droit canonique et de la liturgie. De par ma connaissance des débats conciliaires et après avoir relu les discours prononcés par les Pères conciliaires à cette époque, je peux affirmer avec certitude que telle n’était pas l’intention. »
Un autre témoin éminent est l’archimandrite Boniface Luykx, déjà mentionné. Dans son ouvrage récemment paru, A Wider View of Vatican II. Memories and Analysis of a Council Consultor [Une vision plus large de Vatican II. Mémoires et analyse d’un consulteur du Concile], il déclare avec franchise :
« Il y avait une continuité parfaite entre la période préconciliaire et le Concile lui-même, mais après le Concile, cette continuité cruciale a été rompue par les commissions postconciliaires. […] Le Novus Ordo n’est pas fidèle à la CSL [Constitution de la liturgie sacrée], mais va bien au-delà des paramètres qu’elle avait fixés pour la réforme du rite de la messe. […] C’est le rouleau compresseur d’un horizontalisme anthropocentrique (par opposition à un verticalisme divin). » (p. 80, 98, 104)
| Que pensez-vous de l’affirmation du cardinal Roche au n° 9 selon laquelle « le bien premier de l’unité de l’Église ne s’atteint pas en « gelant les divisions », mais en nous trouvant dans le partage de ce qui ne peut qu’être partagé » ?
Pour le cardinal Roche, l’existence même du principe et de la réalité du pluralisme liturgique dans la vie de l’Église équivaut apparemment à « geler les divisions ». Une telle affirmation est manipulatrice et malhonnête, car elle contredit non seulement la pratique bimillénaire de l’Église, qui a toujours considéré la diversité des rites reconnus – ou des variantes légitimes au sein d’un rite – non comme une source de division, mais comme un enrichissement de la vie ecclésiale
Seuls des clercs étroits d’esprit, imprégnés d’une mentalité cléricale, ont fait preuve – et continuent encore aujourd’hui à faire preuve – d’intolérance envers la coexistence pacifique des différents rites et pratiques liturgiques. Parmi de nombreux exemples déplorables, citons la coercition des chrétiens de saint Thomas en Inde au XVIᵉ siècle, qui furent contraints d’abandonner leurs propres rites et d’adopter la liturgie de l’Église latine, sur la base de l’argument selon lequel à une lex credendi doit correspondre une seule lex orandi, c’est-à-dire une seule forme liturgique.
Un autre exemple tragique est la réforme liturgique de l’Église orthodoxe russe au XVIIᵉ siècle, qui interdit l’ancien rite et imposa l’usage exclusif d’un rite nouvellement révisé. Si les autorités ecclésiastiques avaient permis la coexistence de l’ancien et du nouveau rite, elles n’auraient certainement pas gelé la division, mais auraient évité un schisme douloureux – celui des « vieux-ritualistes » ou « vieux-croyants » – qui perdure encore aujourd’hui. Après une longue période, la hiérarchie de l’Église orthodoxe russe reconnut l’erreur pastorale de l’uniformisation liturgique imposée et rétablit le libre usage de l’ancien rite.
Malheureusement, seule une minorité de « vieux-croyants » se réconcilia avec la hiérarchie, tandis que la majorité demeura schismatique, les traumatismes étant trop profonds et le climat de méfiance et d’aliénation mutuelles trop longtemps entretenu. Dans ce cas précis, l’intolérance de la hiérarchie envers l’usage légitime de l’ancien rite a littéralement gelé la division : les « vieux-ritualistes » furent exilés par le tsar en Sibérie glacée.
L’attachement à la forme la plus ancienne du rite romain ne « gèle pas la division ». Au contraire, il représente, selon les mots de saint Jean-Paul II, « une juste aspiration à laquelle l’Église garantit le respect » (Lettre apostolique Ecclesia Dei, 2 juillet 1988, n° 5 c). La coexistence pacifique des deux usages du rite romain, égaux en droit et en dignité, témoignerait que l’Église a préservé la tolérance et la continuité dans sa vie liturgique, mettant ainsi en œuvre le conseil du « maître de la maison », loué par le Seigneur, « qui fait sortir de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes (nova et vetera) » (Mt 13, 52).
À l’inverse, dans ce document, le cardinal Roche apparaît comme le représentant d’un cléricalisme intolérant et rigide dans le domaine liturgique, qui rejette la possibilité d’un véritable partage réciproque en présence de traditions liturgiques différentes.
| Au point 10 de l’article – qui a peut-être suscité la plus grande consternation –, le cardinal Roche déclare : « L’usage des livres liturgiques que le Concile a cherché à réformer était, de saint Jean-Paul II à François, une concession qui n’envisageait nullement leur promotion. » Comment répondriez-vous au cardinal sur ce point, notamment à la lumière de la lettre apostolique Summorum Pontificum du pape Benoît XVI et de sa lettre d’accompagnement à ce motu proprio ?
Je répondrais par cette sage observation de l’archimandrite Boniface Luykx : « J’affirme que la pluriformité – c’est-à-dire la coexistence de différentes formes de célébration liturgique tout en conservant le noyau essentiel – pourrait être d’un grand secours à l’Église d’Occident. […] Le pape Jean-Paul II a d’ailleurs adopté le principe de pluriformité lorsqu’il a rétabli la messe tridentine en 1988. » (p. 113)
Cette observation contredit directement l’affirmation selon laquelle le maintien de l’usage des anciens livres liturgiques n’était qu’une concession tolérée, sans aucune intention d’encouragement ou de promotion. Un enseignement important de saint Jean-Paul II éclaire davantage ce point. Il déclare :
« Dans le Missel romain, connu sous le nom de Missel de saint Pie V, comme dans diverses liturgies orientales, il y a de belles prières par lesquelles le prêtre exprime le plus profond sentiment d’humilité et de révérence devant les saints mystères : elles révèlent l’essence même de toute liturgie » (Message aux participants de l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, 21 septembre 2001).
Ensemble, ces témoignages faisant autorité démontrent que la reconnaissance et la restauration des anciens livres liturgiques n’étaient pas perçues comme de simples concessions faites à contrecœur, mais comme l’expression d’une pluralité légitime au sein de la vie liturgique de l’Église – une pluralité capable d’enrichir l’Église d’Occident tout en préservant le noyau essentiel du rite romain.
| Il est fort possible que, si ce document avait été examiné lors du consistoire des 7 et 8 janvier, les cardinaux, pris collectivement, n’auraient pas été en mesure de l’appréhender correctement, compte tenu du manque généralisé de formation liturgique au sein de l’Église aujourd’hui, y compris parmi le clergé et la hiérarchie. Combien d’entre eux, par exemple, auraient pu réfuter l’affirmation du cardinal concernant le Quo primum de Pie V ? Lors d’un futur consistoire, il est parfaitement du pouvoir du Pape de faire intervenir un expert afin de présenter aux membres du Sacré Collège un document plus approfondi et étayé sur un sujet qu’il souhaite alors examiner. Cette approche pourrait-elle être envisagée lors du consistoire extraordinaire prévu pour la fin juin 2026 ?
Je crois qu’il existe aujourd’hui une ignorance généralisée parmi les évêques et les cardinaux concernant l’histoire de la liturgie, la nature des débats liturgiques durant le Concile, et même le texte même de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II.
Deux faits très importants sont souvent oubliés.
Premièrement, la véritable réforme de la messe selon le Concile avait déjà été promulguée en 1965, à savoir l’Ordo Missae de 1965, que le Saint-Siège décrivait alors explicitement comme la mise en œuvre des dispositions de la Constitution sur la sainte liturgie. Cet Ordo Missae représentait une réforme très prudente et conservait tous les éléments essentiels de la messe traditionnelle, avec seulement quelques modifications mineures.
Celles-ci comprenaient l’omission du psaume 42 au début de la messe – une modification qui n’était pas sans précédent, puisque ce psaume avait toujours été omis lors de la messe de Requiem et pendant le temps de la Passion – ainsi que l’omission de l’Évangile selon saint Jean à la fin de la messe.
La véritable innovation résidait dans l’usage de la langue vernaculaire tout au long de la messe, à l’exception du Canon, qui devait encore être récité en silence en latin. Les Pères conciliaires eux-mêmes ont célébré cette messe réformée lors de la dernière session de 1965 et se sont généralement déclarés satisfaits. Même l’archevêque Lefebvre célébrait cette forme de messe et ordonnait qu’elle soit célébrée dans son séminaire d’Écône jusqu’en 1975.
Le second fait est le suivant. Lors du premier synode des évêques après le Concile, en 1967, le père Annibale Bugnini présenta aux Pères synodaux le texte et la célébration d’un Ordo Missae profondément réformé. Il s’agissait essentiellement du même Ordo Missae qui fut promulgué plus tard par le pape Paul VI en 1969 et qui constitue aujourd’hui la forme ordinaire de la liturgie dans l’Église catholique romaine.
Cependant, la majorité des Pères synodaux de 1967 – presque tous également Pères du Concile Vatican II – rejetèrent cet Ordo Missae, c’est-à-dire notre Novus Ordo actuel. Par conséquent, ce que nous célébrons aujourd’hui n’est pas la messe du Concile Vatican II, qui est en réalité l’Ordo Missae de 1965, mais bien la forme de la messe rejetée par les Pères synodaux en 1967, jugée trop révolutionnaire.
| Quelles alternatives à l’article du cardinal Roche proposeriez-vous aux cardinaux, si vous ne pouviez leur présenter que quelques arguments ?
Je leur soumettrais plusieurs points fondamentaux. Premièrement, je rappellerais les faits historiques incontestables concernant la véritable messe du concile Vatican II, à savoir l’Ordo Missae de 1965, ainsi que le rejet de base par les Pères synodaux, en 1967, du Novus Ordo qui leur avait été présenté par le père Bugnini.
Deuxièmement, j’attirerais leur attention sur les principes toujours valides qui régissent le culte divin, tels que formulés par le concile Vatican II lui-même : le caractère théocentrique, vertical, sacré, céleste et contemplatif de la liturgie authentique. Comme l’enseigne le Concile :
« En elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible à l’invisible ; ce qui relève de l’action à la contemplation ; et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. (…) Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem » (Sacrosanctum Concilium, n. 2 ; 8)
Troisièmement, je tiens à souligner le principe selon lequel la diversité liturgique ne nuit pas à l’unité de la foi. Comme l’ont souligné les Pères conciliaires :
« Obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières » (Sacrosanctum Concilium, n. 4)
Enfin, j’en appelle à la conscience des cardinaux en leur rappelant que le Pape a aujourd’hui une occasion unique de rétablir la justice et la paix liturgique au sein de l’Église en accordant à la forme la plus ancienne du rite romain la même dignité et les mêmes droits qu’à la forme liturgique ordinaire, connue sous le nom de Novus Ordo.
Une telle mesure pourrait être prise par une ordonnance pastorale généreuse et définitive. Elle mettrait fin aux querelles nées d’interprétations casuistiques concernant l’usage de l’ancienne forme liturgique. Elle mettrait également fin à l’injustice qui consiste à traiter tant de fils et de filles exemplaires de l’Église – en particulier tant de jeunes et de jeunes familles – comme des catholiques de seconde zone.
Une telle mesure pastorale permettrait de tisser des liens et de témoigner d’une empathie envers les générations passées et envers un groupe qui, bien que minoritaire, demeure aujourd’hui négligé et discriminé au sein de l’Église – à une époque où l’on parle tant d’inclusion, de tolérance envers la diversité et d’écoute synodale des expériences des fidèles.
| Excellence, souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Je ne saurais mieux exprimer la crise liturgique actuelle qu’en citant ces paroles lumineuses de l’archimandrite Boniface Luykx, érudit en liturgie, missionnaire zélé en Afrique et homme de Dieu, qui célébrait les liturgies latine et byzantine, respirant de cette façon, pour ainsi dire, avec les deux poumons de l’Église :
« Le cardinal Ratzinger a également apporté son soutien, déclarant que la messe traditionnelle est une partie vivante et, de fait, « intégrale » du culte et de la tradition catholiques, et prédisant qu’elle apportera « sa contribution caractéristique au renouveau liturgique appelé par le concile Vatican II ». » (p. 115)
« Lorsque la révérence disparaît, le culte se réduit à un simple divertissement horizontal, une fête sociale. Là encore, les pauvres, les plus humbles, sont victimes, car la réalité évidente de la vie jaillissant de Dieu dans le culte leur est dérobée par les « experts » et les dissidents. » (p. 120)
« Aucun hiérarque, du simple évêque au pape, ne peut rien inventer. Tout hiérarque est un successeur des apôtres, ce qui signifie qu’il est avant tout un gardien et un serviteur de la Sainte Tradition – un garant de la continuité dans l’enseignement, le culte, les sacrements et la prière. » (p. 188)
Le document du cardinal Roche évoque la lutte acharnée d’une gérontocratie confrontée à des critiques sérieuses et de plus en plus vives, émanant principalement d’une jeune génération dont elle tente d’étouffer la voix par des arguments manipulateurs et, en fin de compte, en utilisant le pouvoir et l’autorité en guise d’armes.
Pourtant, la fraîcheur et la beauté intemporelles de la liturgie, unies à la foi des saints et de nos ancêtres, triompheront. Le sensus fidei perçoit instinctivement cette réalité, surtout parmi les « petits « de l’Église : enfants innocents, jeunes gens courageux et jeunes familles.
C’est pourquoi je conseillerais vivement au cardinal Roche et à nombre d’autres membres du clergé, plus âgés et parfois rigides, de reconnaître les signes des temps ou, métaphoriquement parlant, de sauter dans le chaudron, pour ne pas être laissés pour compte. Car ils sont appelés à reconnaître les signes des temps que Dieu lui-même donne par l’intermédiaire des « petits » de l’Église, qui ont faim du pain pur de la doctrine catholique et de la beauté pérenne de la liturgie traditionnelle.
Entretien original en anglais disponible sur le site de Diane Montagna : https://dianemontagna.substack.com/p/bishop-schneider-cardinal-roches
>> à lire également : Le premier consistoire extraordinaire du pape Léon XIV en 10 questions







