Nikola Mirkovic : « Le Kosovo est un territoire historique et culturel serbe »

Publié le 28 Juin 2023
kosovo
Le Kosovo est une région serbe déclarée indépendante en février 2008. L’OTAN a reconnu son indépendance, contrairement à un grand nombre de pays dans le monde, dont 88 États souverains de l’ONU. La Serbie revendique ce territoire, qui lui appartenait autrefois. Depuis un mois, des affrontements ont lieu entre les Serbes résidant au Kosovo et les forces de l’ordre. Quels événements ont amené à ces tensions ? Qu’est-ce que le Kosovo ? Entretien avec Nikola Mirkovic, co-fondateur et membre du conseil d’administration de « solidarité Kosovo » et auteur du livre Le martyre du Kosovo (2013) 
  
Le 26 mai dernier, des affrontements violents ont eu lieu au Kosovo entre des manifestants serbes et les forces de l’ordre locale et de l’OTAN. Que se passe-t-il en ce moment au Kosovo ? 

Cela fait depuis l’effritement du monde communiste que Serbes et Albanais sont en conflit sur le territoire du Kosovo. Dans les années 90, la Serbie a dû faire face à un mouvement terroriste albanais qui réclamait l’indépendance du Kosovo. Mais, en 1999, un bombardement illégal de l’OTAN a contraint les Serbes à laisser le Kosovo aux albanais. En 2008, la majorité des pays de l’OTAN a reconnu l’indépendance du Kosovo. Cependant, beaucoup de pays dans le Monde, représentant 5/7 de la population mondiale, ne reconnaissent pas ce nouvel État ce qui en fait un trou noir diplomatique. 

En 2013, un accord avait été passé entre la Serbie et les Albanais du Kosovo concernant le territoire du Kosovo. Les serbes s’engageaient à reconnaître certaines institutions des albanais du Kosovo dont la police. En échange, les Albanais accordaient aux Serbes du Kosovo la possibilité de former une communauté de communes dans des villes où ils sont majoritaires. Dix ans après, cet accord n’a toujours pas été mis en place, les autorités kosovars n’autorisant pas cette communauté. En réponse, les Serbes du Kosovo ont décidé de faire la politique de la chaise vide : démission des postes de la police ou de l’administration et refus de participer dans la vie administrative kosovare. 

Cependant, les Albanais ont profité de cette politique pour mettre en place des élections dans les villes au nord du pays, élections qu’ils ont logiquement remportées, avec 3 % de participants seulement. Les Serbes ont alors décidé de protester publiquement, d’abord de manière pacifique. Mais, la situation s’est ensuite envenimée, des drapeaux serbes étant remplacés par des drapeaux kosovars, dans les mairies notamment. Les affrontements entre les manifestants serbes et les policiers kosovars viennent de ces tensions. Cependant, si les médias ont beaucoup relayé cette information, les conflits au Kosovo sont récurrents, depuis de nombreuses années. 

 

D’où viennent ces conflits entre les Serbes et les Albanais au Kosovo ? 

 

Le Kosovo, c’est une succession d’évènements dramatiques depuis le XIVè siècle. Au Moyen-Âge, le royaume de Serbie avait un immense territoire, qui s’étendait de la mer Adriatique quasiment jusqu’à la mer Noire. C’était le plus grand royaume des Balkans. Au XIVè siècle, suite à de nombreux affrontements, l’empire ottoman s’est emparé des territoires serbes. Ce n’est qu’en 1913 que la Serbie retrouve complètement son indépendance et notamment celle des territoires du Kosovo et de la Métochie. 

Cependant, durant l’époque ottomane, les Albanais ont pu conquérir des droits. Ils n’avaient pas de pays, mais ils formaient un peuple. Au XVIIè siècle, ils se sont massivement convertis à l’Islam et les Ottomans leur ont confié des territoires sur les plaines du Kosovo, chez les Serbes qui sont demeurés chrétiens. A l’effondrement de l’empire ottoman, plus de la moitié de la population de la région du Kosovo était albanaise. C’est dans ce contexte que les Serbes récupèrent leurs terres confisquées par les Ottomans. 

Les deux guerres mondiales ont fait beaucoup de mal à la Serbie. En 1918, 20 % de la population est morte pendant la guerre. Après la Deuxième Guerre mondiale, les Serbes du Kosovo sont ostracisés par le pouvoir du communiste Tito qui exalte le nationalisme albanais tout en interdisant celui des Serbes. Les Albanais s’ancrent dans le territoire du Kosovo, et beaucoup de Serbes victimes d’exactions se déplacent plus au nord en Serbie centrale. 

A la chute de la Yougoslavie, celle-ci se divise en plusieurs petits états. La Serbie veut garder le Kosovo mais un mouvement terroriste albanais, l’UCK, soutenu par les atlantistes (comme l’ont démontré Pierre Péan et le colonel français Jacques Hogard) mène une guerre civile sans pitié contre les autorités serbes et les autres Albanais accusés de collaboration avec les Serbes. 

 

Quelles sont les raisons de l’attachement des serbes au Kosovo ? 

 

« Kosovo » est un terme serbe qui signifie « du merle ». Le territoire du Kosovo est historiquement une immense plaine de Serbie. 

Aujourd’hui, l’État du Kosovo réunit en fait deux régions : la plaine du Kosovo et la Métochie, qui vient d’un terme grec qui signifie « terres de l’Église ». Ces terres appartenaient au Moyen-Âge au patriarche orthodoxe de Serbie. 

La religion orthodoxe est dite « autocéphale » : bien qu’elle soit unie par une même foi, elle est divisée en patriarcats pour chaque État. Ainsi, la Serbie a son propre patriarche. Or, au Moyen-âge, le siège du patriarche serbe était à Pec, qui est actuellement en Métochie. 

Le Kosovo est un territoire historique et culturel serbe. De nombreuses églises y ont été construites. Aujourd’hui, les Albanais sont en majorité musulmans. Après le bombardement de 1999, plus de cent églises ont été profanées, et 700 mosquées ont été construites sur le territoire, qui correspond à la superficie de deux départements français. 

Dans la religion orthodoxe, l’État est très lié à l’Église. Les représentants ecclésiaux ont la charge de la vie spirituelle et morale du pays, tandis que le gouvernement se charge de la politique. 

Ainsi, la terre du Kosovo est non seulement pour les Serbes une réalité historique, mais aussi un rappel de la foi chrétienne des Serbes. Cette terre du Kosovo est en effet gorgée du sang des Serbes qui, pendant des siècles, se sont battus et ont souffert d’affreux supplices pour ne pas apostasier.

 

Vous avez monté en 2005 l’association « Solidarité Kosovo », avec Arnaud Gouillon. Pouvez-vous la présenter ? 

 

Un pogrom a eu lieu en 2004 au Kosovo : les Albanais sont descendus dans les rues et ont chassé des milliers de serbes. Une trentaine d’églises a été détruite, des maisons ont été brûlées. Un ami, Arnaud Gouillon a alors pris la décision d’aller aider les Serbes. A son retour en France, nous avons décidé de créer l’association « Solidarité Kosovo » pour venir en aide à ces populations. Notre action était surtout humanitaire : nous avons distribué des vêtements, des jouets, notamment pour Noël. 

Aujourd’hui, nous avons changé de méthode. 12 000 personnes donnent chaque année pour l’association, et l’argent est utilisé pour financer de nombreux projets. Notamment, nous construisons des fermes, des porcheries, des chèvreries ou encore des serres, que nous donnons ensuite à des familles de confiance. Ces familles peuvent ainsi produire et vivre de leur travail. De même, nous agissons pour le renouvellement des écoles. Il est important que les enfants continuent à apprendre la langue et la culture serbes. Et pour cela nous rénovons leurs établissements et fournissons aux écoles du matériel scolaire neuf. 

De nouveaux projets sont en cours : nous cherchons à financer une troupe de théâtre pour maintenir la culture serbe dans chaque enclave. Nous avons également acheté des vélos pour faire du cyclo-tourisme sur le territoire. 

Le Kosovo est une région pauvre mais magnifique. Les populations serbes qui y sont restées sont attachées à leur terre. Nous souhaitons les aider pour qu’elles puissent y vivre dignement malgré les tensions. 

 

>> A lire également : Voyage pontifical en Mongolie 

 

Propos recueillis par Aymeric Rabany

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneInternational

L’Autriche de « la culture dominante »

Fin mars, le Parti populaire autrichien (ÖVP) larguait une bombe au milieu du paysage politique. Il créait une commission afin de « définir la culture dominante » de l’Autriche. Cela ressemble à une manœuvre de rapprochement avec la tendance de l'extrême-droite, le FPO affichant 30 % dans les sondages.

+

Autriche
International

Au Niger : l’humiliation de Washington

Le 16 mars dernier, le Niger a décidé d'annuler l'accord de coopération militaire passé avec les États-Unis, mettant fin à douze ans de présence américaine dans le pays, après le départ des Français fin 2023.

+

niger
International

La martingale migratoire italienne

Le 29 janvier, la Cour constitutionnelle albanaise approuvait un projet d’ouverture de centres d’accueil pour migrants, gérés sur le territoire de l’Albanie par les autorités italiennes et aux frais de celles-ci. L’accord entre les deux pays avait été bloqué le 14 décembre dernier à la suite d’un recours devant la Cour constitutionnelle de Tirana déposé par l’opposition albanaise. Cette dernière avait affirmé l’accord violant la Constitution et les conventions internationales. Elle était soutenue par les ONG spécialisées dans l’aide aux migrants.

+

italie