Notre quinzaine : Mais délivrez-nous de la peur !

Publié le 29 Juin 2021
Notre quinzaine : Mais délivrez-nous de la peur ! L'Homme Nouveau

Une crise morale et spirituelle

Alors que l’année scolaire vient de se terminer et que le temps des vacances arrive, il n’est peut-être pas inutile de regarder un peu en arrière. Après 2020 et la grande surprise d’une société entièrement mise sous cloche, 2021 a suivi à peu près le même chemin. Beaucoup pensent déjà que la rentrée offrira à son tour le retour vers une sorte de confinement. Là où nous avions naguère des saisons liées aux cycles de la nature, aurons-nous demain une temporalité entièrement dépendante du besoin de protection sanitaire des populations ?

La santé est devenue, en effet, l’horizon indépassable de notre humanité. À tel point que nous ne demandons plus notre pain quotidien, mais la santé assurée. Et pas n’importe laquelle ! Celle que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a définie comme étant le « bien-être » et non la simple absence de pathologie.

Dans un article publié sur un blog italien (1), le père Giulio Meiattini, bénédictin et professeur à l’Université Saint-Anselme de Rome, souligne que le problème principal soulevé par la crise sanitaire est d’ordre moral et spirituel. Nous avons peur. Et cette peur prend sa source non seulement dans le manque d’éducation à affronter les maux que nous rencontrons mais aussi parce que l’individu n’a d’autres perspectives que lui-même. Plus de cause à défendre, plus d’enfants à élever et à faire grandir, plus de patrie à aimer, plus de Dieu à servir.

Réhabiliter la vertu de force

Dans l’éditorial du dernier numéro de la revue Catholica, son directeur souligne que la peur « peut aussi se dominer »?(2). Comment ? En prenant d’abord conscience qu’elle nous paralyse trop souvent. En posant ensuite, selon l’adage des pères spirituels, des actes contraires qui s’appuient, comme l’indique saint Thomas d’Aquin, sur la vertu de force et sur celle d’espérance.

Naguère, dans son Saint Thomas moraliste, Étienne Gilson rappelait que : « L’homme vraiment fort est l’homme qui aime ce qu’il faut aimer, et qui craint ce qu’il faut craindre, mais qui se redresse contre cette crainte et se retourne contre le danger » (3). Avons-nous vraiment aimé ce que nous devons aimer et servir en premier ? Ou lui avons-nous préféré notre bien-être ? La réponse différera selon les individus. Mais socialement, elle est évidente. La tentation de l’homme contemporain se trouve bien du côté de la peur avec son lot d’effets psychologiques pervers : paralysie, silence, démission.

La générosité toujours active

La peur n’est heureusement pas la seule réalité qui habite nos contemporains. La générosité continue d’irriguer les décisions et les actions de certains d’entre nous. Tout récemment, les ordinations de jeunes hommes dans les diocèses ou les communautés cléricales et religieuses en apportent une preuve flagrante. Je sais que le chiffre des nouveaux prêtres est encore à la baisse. Non pas que le Seigneur n’appelle plus à se mettre à son service, mais que la réponse tarde ou n’est plus aussi importante. Comment ne pas penser à l’épisode du jeune homme riche de l’Évangile qui ne se met pas à la suite du Christ parce qu’il « avait de grands biens » ?

Pour autant, ceux qui répondent le font avec courage, générosité, en surmontant certainement la peur de l’inconnu, afin de se mettre au service de Dieu et de l’Église. Certains s’apprêtent à entrer à la rentrée prochaine au séminaire ou dans une communauté religieuse quand d’autres prononcent leurs vœux ou reçoivent soutane ou habit. Pensons aussi aux religieuses, sentinelles souvent cachées, aux avant-postes de l’oblation et de la prière. La chute des vocations n’est d’ailleurs pas inéluctable, même si la société nous est contraire. Dans un de ses ouvrages, l’historien Dominique Avon, s’appuyant sur les chiffres donnés par Paul Vigneron dans Histoire des crises du clergé français contemporain, indique 1 733 ordinations en 1901 contre… 152 en 1918 avant de remonter ensuite. En 2021, l’Église de France recense 130 ordinations. On trouvera une photographie générale de la vitalité des paroisses françaises, dans le dernier hors-série de L’Homme Nouveau, réalisé avec foi et passion par Adélaïde Pouchol et Odon de Cacqueray (4). Chaque page est une surprise. La lecture de votre été ?

1. https://www.sabinopaciolla.com/la-paura-che-uccide-e-il-coraggio-che-manca/

2. https://www.catholica.presse.fr/2021/04/05/numero-151-le-temps-de-la-peur/

3. Étienne Gilson, Saint Thomas moraliste, Vrin, 1974, p. 322.

4. Grande Enquête sur les paroisses de France, hors-série n° 44, 68 p., 8 €.

Ce contenu pourrait vous intéresser

Éditorial

Notre quinzaine : La dernière bataille ?

Éditorial de Philippe Maxence | En 1956, paraît à Londres le dernier tome des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, sous le titre La Dernière Bataille. Derrière ce titre se trouve une raison quasiment théologique : la dernière bataille qui s’ensuivra est l’ultime affrontement entre les armées du Bien et celle du Mal. Sommes-nous entrés dans cette dernière phase ?

+

dernière bataille
ÉditorialCarême

Petit éloge du carême dans un monde augmenté

Éditorial du chanoine Laurent Jestin | Faire un bon carême ! Qu'est-ce à dire ? Parce que la discipline commune a changé depuis quelques décennies et que la coutume, dans nos pays occidentaux, n'en a pas gardé une trace vive, les bons carêmes sont aujourd'hui divers dans leur visée, comme dans leurs moyens.

+

parcours de carême
Éditorial

Notre quinzaine : Mourir peut attendre…

Éditorial de Philippe Maxence du n° 1848 | En réaffirmant l’interdit de tuer, le Sénat a montré l’absence de consensus face à ces sujets. L’opinion est la clef de voûte du système et l’enjeu à conquérir. Elle est à capter parce qu’elle est comprise comme étant en elle-même l’organe d’expression du bien et du mal, du vrai et du faux.

+

mourir opinion
Éditorial

Notre quinzaine | Face au règne de l’opinion permanente : le choix du vrai

Éditorial de Philippe Maxence (n° 1847) | Il revient au journaliste de rapporter les faits du moment, et aujourd’hui, quasi de manière instantanée. Mais, parfois, non content de décrire et d’apporter les premiers éléments sur une situation, il en vient à commenter et, le plus souvent, à supputer. Dans un univers de bruit permanent, faut-il ajouter du bruit au bruit ou, pire, entretenir le règne de l’opinion permanente qui égalise toute idée au prétexte de son existence et la déconnecte de la recherche de la vérité ?

+

Face au règne de l’opinion permanente : le choix du vrai
Éditorial

Notre quinzaine : des racines pour l’éternité

Éditorial de Philippe Maxence (n° 1846) | Au mois de décembre, La Croix a mené une enquête sur les catholiques français. L’une des leçons non dites de cette enquête est justement l’installation du relativisme. A contrario, à la porte de l’Église, des âmes frappent pourtant, demandant résolument la grâce du baptême.

+

racine futur tradition église