Notre quinzaine : des racines pour l’éternité

Publié le 07 Jan 2026
racine futur tradition église

À rebours du relativisme, de plus en plus d'âmes frappent à la porte de l’Église.

> Éditorial de Philippe Maxence (n° 1846)

 

Au mois de décembre dernier, La Croix a mené une enquête sur les catholiques français pour mieux connaître qui ils étaient et ce qu’ils représentaient. Le quotidien de la rue Bayard n’a pas caché une certaine satisfaction. Dans une France où l’appartenance religieuse baisse, les catholiques représenteraient encore trois millions de Français de plus de 18 ans. On a les consolations que l’on peut.

Un christianisme minoritaire

Au-delà des chiffres, l’enquête fait essentiellement ressortir deux catégories qui partagent les eaux du catholicisme national : les « pratiquants réguliers » et les « occasionnels engagés ».

La première ne se définit pas par l’assistance à la messe chaque dimanche et jour de fête, ni par la pratique des sacrements. Pour les sondages et la sociologie – mais ce n’est pas nouveau –, le pratiquant régulier est celui qui va « au moins une fois par mois » à la messe. Que fait-il les autres dimanches ? On ne le saura pas ! Va-t-il à la pêche, pratiquer un sport ou se rend-il dans les temples de la consommation pour une autre sorte d’actes cultuels ? Dans une perspective d’évangélisation, il eût été pourtant intéressant de le savoir. 

Quant à l’« occasionnel engagé », il ne se rend le dimanche à l’église que moins d’une fois par mois. En revanche, il s’est engagé « au nom de sa foi » (ouf !) dans des œuvres caritatives au sens large du terme. Ici, l’action prime sur le culte ; les œuvres sur la foi ; les vertus actives sur les vertus passives, pour peu d’ailleurs que l’on parle encore de ces dernières. Dans ce cadre, quel est exactement le contenu de cette « foi » ? Là encore, on n’en saura rien. Comme on ne saura pas non plus si le « pratiquant régulier » peut être également « engagé »…

Quoi qu’il en soit de ce tableau, résumé ici à trop gros traits, il est évident pour nous tous que le catholicisme est devenu, en France, la religion d’une minorité, alors même qu’il l’a façonnée. Dans ce contexte, quel peut être le rôle de L’Homme Nouveau tandis que nous allons célébrer à la fin de cette année le 80 anniversaire de notre fondation ?

Dans la pensée de nos fondateurs, L’Homme Nouveau devait affirmer, à temps et à contretemps, que l’unité du monde ne pouvait se réaliser qu’autour du Pontife romain et à travers un catholicisme qui ne pactisait en rien avec les idéologies séculières, de droite ou de gauche. Très vite se sont ajoutées deux autres composantes : une attention renouvelée à la doctrine sociale de l’Église et au triomphe du Cœur Immaculé de Marie en lien avec les apparitions de Fatima.

La tranquillité de l’ordre

S’il convient de rester fidèle aux intuitions d’origine, il est important de les actualiser en fonction de la réalité de l’Église et du monde d’aujourd’hui. Plus que jamais, ce dernier est en crise et l’avenir de nos nations est incertain. L’Église elle-même, qui avait semblé sortir de la crise postconciliaire à la faveur du long pontificat de Jean-Paul II, a, depuis, été profondément chahutée et aspire plus que jamais à la tranquillité de l’ordre.

Il est trop tôt pour déterminer si Léon XIV amorcera véritablement ce retour à la paix. Son style pastoral tranche certes avec celui de son prédécesseur mais, plus que tout, la tranquillité de l’ordre nécessite l’unité doctrinale dans la continuité de la Tradition. En aucun cas, l’Église catholique, fondée par Jésus-Christ, ne peut continuer d’être ravalée au rang d’une Église anglicane comme les autres, tiraillée entre des courants différents, d’accord seulement sur un minimum de valeurs communes.

Une certaine radicalité

Or l’une des leçons non dites de l’enquête de La Croix est justement l’installation dans cette situation, favorisée par le seul dogme qui s’impose aujourd’hui, le relativisme. A contrario, à la porte de l’Église, des âmes frappent pourtant, demandant résolument la grâce du baptême, l’instruction doctrinale nécessaire, l’exemple d’une vie chrétienne authentique incarnée au quotidien. Souvent jeunes, elles aspirent à une certaine radicalité, au double sens d’une forte exigence et d’un retour aux racines. 


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D’une certaine manière, elles nous bousculent et nous obligent à chercher le moyen de répondre à leurs attentes. Il y a là un champ d’action important. L’Homme Nouveau entend en prendre sa part en cette année de notre 80 anniversaire. Dans la fidélité à notre vocation, cela entraînera forcément certaines adaptations et un véritable renouvellement. Mais donner des racines pour l’éternité, quel plus beau défi peut-il y avoir ? Dans cette perspective, je vous souhaite une sainte et ardente année 2026.

 

>> à lire également : Centenaire de Gaudí (1/4) : Le vénérable Antoni Gaudí, architecte génial et chrétien cohérent 

 

Philippe Maxence

Philippe Maxence

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