Padre Pio : le saint des miracles

Publié le 17 Nov 2022
padre pio

Le saint Padre Pio, quel meilleur personnage pour traiter des grands cas de miracles et d’apparitions dans l’histoire de l’Eglise ? Sous forme d’enquête, Jacques Laurentie, chef d’entreprise, confronte  les mystères de ces phénomènes surnaturels à la critique moderne dans son ouvrage Face aux miracles (Pierre Téqui Editeur). L’un de ses chapitres est dédié au prêtre stigmatisé.

 

Parmi tous les saints qui ont réalisé des miracles, pourquoi avoir consacré toute une partie sur saint Padre Pio ?  

Dans toute l’histoire de la chrétienté, c’est le seul prêtre qui a eu des stigmates. Il s’avère d’après mes recherches qu’il a été la seule personne ordonnée à les recevoir.  

Padre Pio est aussi un contemporain, puisqu’il meurt en 1968, ce qui nous permet d’avoir un certain nombre d’éléments qui vont au-delà des simples témoignages que nous aurions sur d’autres personnages. L’idée était donc de travailler sur des miracles sur lesquels il y avait suffisamment de matière. ` 

Les matérialistes refusent un peu trop facilement le concept de miracle, car ils les attribuent à des époques où la science faisait défaut et où les esprits étaient, selon eux, facilement influençables. En réponse à cet état d’esprit, il fallait aller chercher des miracles avec des éléments opposables, comme des rapports médicaux ou des photographies, permettant ainsi un débat contradictoire factuel. 

Les faits miraculeux sont nombreux dans sa vie, mais comment savoir qu’ils sont d’origine divine ?  

Padre Pio est une figure assez incroyable à bien des égards. Il n’y a pas d’équivalent dans l’histoire de l’Eglise. Le saint capucin avait le don d’ubiquité, mais il pouvait aussi lire dans les âmes, convertir les gens, et nous avons également connaissance de cas de guérison. Ce saint sort du lot parmi les miracles et les saints de notre temps.  

L’Eglise a toujours été très prudente vis-à-vis des manifestations extraordinaires, tout d’abord pour éviter les supercheries. Elles sont inévitables car certains y trouve le moyen de faire valoir leur ego, de s’enrichir. A cet égard, nous pouvons estimer que l’Eglise est trop prudente, mais elle sait aussi le danger que représente une erreur dans un climat anti-chrétien.  

L’Eglise considère aussi que le Diable a une certaine capacité d’action, qu’il peut s’emparer des âmes, réaliser des « exploits » qui peuvent ressembler à des miracles. La frontière n’est pas forcément évidente. Concernant Padre Pio, selon un certain nombre de théologiens, tous les faits miraculeux dépassent ce que les forces du mal sont « autorisées » à faire. Le discernement appartient à l’Eglise.

D’une façon générale, lorsqu’il y a un miracle, l’Eglise se penche sur le cas pour avoir une analyse au regard du magistère, des critères de la foi, afin de pouvoir se prononcer. À Lourdes, plusieurs guérisons sont classées comme inexpliquées par le collège de médecin et pour autant l’Eglise ne les a pas déclarées comme miraculeuses. C’est l’évêque de la localité où l’évènement inexpliqué, extraordinaire, a lieu qui doit se prononcer suite à une enquête.   

Qu’est-ce qui distingue un phénomène inexpliqué d’un miracle ?  

La distinction est assez complexe, tout dépend du cas. Pour les guérisons, il existe une liste mise au point au début du XXe siècle (critères de Lambertini), qui permet de cerner dimension miraculeuse. Il faut par exemple que le rétablissement soit spontané. La différence sera faite entre une guérison après trois années de traitement d’une maladie incurable, et guérir de cette même affection en quarante-huit heures sans aucun soin.  

La classification miraculeuse des autres phénomènes n’existe pas. À ma connaissance, nous ne possédons pas de “critères” à proprement parler. En plus des faits, le discernement s’effectue d’abord par une enquête de moralité de la personne concernée.  Sommes-nous bien dans le cadre du magistère de l’Eglise, de la foi, de la tradition, des messages christiques, etc. Enfin, une certaine latitude est laissée à l’évêque, inspiré par l’Esprit Saint, puisque la décision finale lui est octroyée.  

Quelles sont les étapes pour la reconnaissance d’un miracle ? 

Tout commence par une enquête qui va récupérer les ensembles des faits. Elle peut durer des années, dix comme cinquante ans. Des clercs ou des laïcs sont nommées pour collecter toutes les informations : les protagonistes, le contexte historiques, les évènements précis, témoignages, etc. La moralité de la personne sur laquelle l’enquête sera faite : son unité de vie, son adéquation avec la chrétienté.  

Les miracles peuvent être durant la vie de la personne ou bien post-mortem. Avec la communion des saints, certaines personnes béatifiées vont par exemple intercéder pour des guérisons. Il faut qu’il y ait une singularité dans le phénomène, un aspect unique et sur lequel à ce moment-là nous n’avons pas d’explication scientifique, d’ordre médical, physique ou chimique.  

Dans votre définition du miracle, vous différenciez signe et preuve. Pouvez-vous l’expliquer ?  

Cette subtilité sémantique engendre une frontière qui est parfois floue. Tel que je l’emploie, le signe est un élément que j’ai tendance à qualifier de clin d’œil. Il se passe quelque chose, sans qu’il y ait nécessairement la possibilité d’une réflexion plus profonde. Un miracle qui sera difficilement analysable par manque de moyens. 

La preuve se situe à un niveau supérieur. Elle ne supporte pas de discussion. L’élément est là, factuel et directement relié. Pour moi, Padre Pio est à sa manière une preuve. Car il est moine, dans l’Eglise catholique, il répond à l’ensemble des critères. Tout ce qu’il fait relève pleinement du Christ.  

Une hostie consacrée qui va se mettre à saigner, ou à se transformer un muscle cardiaque : c’est une preuve.  

Cela dit je rappelle que pour l’Eglise la révélation est terminée avec la mort du dernier Apôtre, dès lors, les preuves ne sont pas nécessaires. La distinction que je fais, relève plus d’une classification humaine des faits. 

Les miracles n’ont pas en tout cas nécessairement un sens pour les humains. J’ai toujours tendance à dire qu’il est compliqué de vouloir coller des schémas terrestres à la pensée de Dieu. Personne ne peut penser comme « Lui ».  Si vous voulez commencer à analyser un miracle au regard de nos référentiels humains, vous faites pour partie fausse route. Pour les guérisons de Lourdes ou d’ailleurs, il y aura cette question : pourquoi cette personne et pas une autre ? Il n’y a strictement aucune réponse.   

Pourquoi Padre Pio est choisi ? Jean-Paul II dira à son sujet lors de son homélie de béatification, le 2 mai 1999 : “Dans l’histoire de la sainteté, il arrive quelques fois que l’élu, par une permission spéciale de Dieu, soit l’objet d’incompréhensions.  Quand cela se vérifie, l’obéissance devient pour lui un creuset de purification, un chemin d’assimilation progressive au Christ, un affermissement de la sainteté authentique.”  

 

Jacques Laurentie, Face aux miracles, Pierre Téqui Editeur, 2022.

 

A lire également : Quoi de neuf ? Padre Pio ! – L’Homme Nouveau

Propos recueillis par Maitena Urbistondoy

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