Petites leçon d’un dimanche en ville…

Publié le 15 Jan 2013
Petites leçon d'un dimanche en ville… L'Homme Nouveau

Dimanche après-midi, comme des milliers de Français, j’ai arpenté les rues et les boulevards de Paris pour défendre la famille, le mariage et l’avenir des enfants. Voulant éviter ce souci de « l’immédiateté », qui est un des travers profonds de notre époque, j’ai voulu prendre le temps d’une sorte de bilan qui méritera certainement d’être affiné. 

Au rang des points positifs, il faut saluer la réussite même de la manifestation. Mobilisation réussie, déroulement sans heurts ni violences, organisation efficace et très large participation, même si comme il fallait s’y attendre les chiffres du nombre de manifestants diffèrent entre ceux de la Préfecture de police (340 000) et ceux des organisateurs (entre 800 000 et 1 million). 

Autre point positif : la générosité et le dévouement des organisateurs, qui ne sont pas des « professionnels » de ce type d’événements, au sens où ils n’en vivent pas et qu’ils ont par ailleurs d’autres occupations. J’imagine bien les heures, les jours et les nuits de préparation. Cette générosité, je l’ai sentie à l’œuvre également parmi tous les jeunes (et moins jeunes) mobilisés pour « encadrer » et animer les différents parcours.Générosité et amabilité se sont ainsi déployées et ont ainsi bien réchauffé des cœurs alors que nous subissions le froid parisien.

Cette générosité et cet esprit bon enfant, civique et civil, nous l’avons vu également à l’œuvre parmi les manifestants dont certains (beaucoup, en fait) étaient venus de très loin, des quatre coins de la France. Manifestants de tous âges, venus en famille ou seuls, de toutes conditions sociales, de milieux ou de confessions bien différentes. Personnellement, ma famille était au grand complet (huit enfants, de 22 à 2 ans et deux parents, père et mère, puisqu’il faut préciser les choses désormais) et ce fut une joie de se retrouver pour montrer notre attachement commun à la famille et au mariage. 

Parmi les points positifs, je range également le fait que je n’ai pu voir et croiser « que » quelques amis. Cela change de bien des manifestations ou des réunions publiques où l’on est sûr de retrouver, même sans l’avoir prévu, nombre de connaissances. Là, ce fut exactement le contraire. Je pensais retrouver tel ou tel, ou du moins les croiser, car je savais qu’ils participaient à la manifestation. Mais l’affluence de la foule n’a pas permis de multiplier ces rencontres amicales. 

Enfin, comment ne pas signaler – et saluer – la présence de plusieurs évêques et de nombreux prêtres et religieux ? La présence épiscopale est une nouveauté, même si depuis quelques années nous apercevions des évêques à la manifestation du mois de janvier contre l’avortement. Assurément, cette présence a été décisive dans la présence de beaucoup de catholiques dimanche dernier. Espérons que cette mobilisation épiscopale ne retombe pas et même qu’elle s’amplifie. 

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Il y a bien sûr des points plus négatifs. Sur le fond, d’abord. Nous l’avions dit avant la manifestation et nous le redisons maintenant. Les buts étaient trop larges et, pour certains, équivoques. Puisque l’on prétendait à une manifestation pour tous, il fallait la résumer à une seule demande : le retrait pur et simple du projet Taubira. Cette revendication pouvait être partagée par tous et n’aurait pas entraîné les exclusions ou les mises à l’écart qui ont eu lieu. À la place, on a mêlé des revendications ou des arguments moins clairs. Le concept d’« homophobie » en est un, par exemple, comme l’a montré Denis Sureau dans L’Homme Nouveau

La volonté affichée d’être « apolitique et aconfessionnel » appartient aussi au même registre. S’opposer à une loi en prétendant être « apolitique » est un non-sens. L’enjeu était bien politique, même s’il n’est pas politicien. L’enjeu concerne le bien commun de notre pays et, bien au-delà, celui de la civilisation. À ce double titre, il est fondamentalement politique. Il ne s’agit nullement de nos préférences et de nos petites vies. Si l’on voulait éviter la récupération politicienne – souci légitime –, il fallait que cette manifestation se définisse comme pluri-politique. Et, de la même façon, qu’elle se présente comme « pluri-religieuse ».

En sens inverse, on a voulu gommer toute spécificité, allant jusqu’à la contradiction. Place d’Italie où je me trouvais au départ, un intervenant a salué la pluralité religieuse en disant clairement que des juifs, des musulmans, des chrétiens étaient présents. Quelques minutes après, un membre (très aimable) du service d’ordre a voulu me faire enlever un autocollant spécifiant ma qualité de chrétien. Au nom de l’affichage d’un seul autocollant, celui de la Manif pour tous. Mais on a clairement confondu ici manifestation « unitaire » et « uniformité ». Malgré la désapprobation de cette personne du service d’ordre, je ne l’ai pas enlevé. Et, je me demande toujours pourquoi on a salué d’un côté la présence des chrétiens tout en voulant gommer de l’autre un signe de leur appartenance. 

Les revendications portées par les manifestants révélaient très bien le manque de clarté. Certains demandaient un référendum; d’autres, l’abolition du projet Taubira; certains un aménagement du Pacs. Des slogans efficaces cohabitaient également avec des demandes pour le moins médiocres. 

Sur la forme : la sono et la musique diffusée. Si l’on comprend très bien la volonté des organisateurs de vouloir présenter une manifestation festive et bon enfant, on peut s’interroger sur le choix musical (majoritairement de la « musique » anglo-saxonne, voire des chants révolutionnaires italiens) et sur les chars qui diffusaient cette « musique » à un volume insoutenable, notamment pour de très jeunes enfants, ce qui est un comble pour un rassemblement défendant la famille. Il est très clair que pour les organisateurs « faire la fête » passe par ce type de musique, ces volumes sonores et le déhanchement de jeunes sur des chars. De ce point de vue, il est évident que la mentalité qui anime les organisateurs est complètement en phase avec celle de leurs adversaires. Il y a pourtant d’autres moyens de se montrer joyeux et bon enfant. Peut-être serait-il bon à ce propos de relire Philippe Muray sur notre société festive et sur le type d’homme qu’elle génère. 

Il y aurait bien d’autres choses à dire, mais que conclure d’une manière plus générale ? :

dans la démocratie moderne, distincte en cela de la simple démocratie qui peut reconnaître des lois supérieures, le nombre est le point déterminant utilisé par les oligarchies au pouvoir pour faire passer leur politique. Nous sommes donc piégés, en ce sens que nous devons réussir à défendre la vérité en recourant à l’argument du nombre. Or, cette approche pourrait passer dans la mesure où nous ne perdrions pas de vue que le nombre n’est pas la source de la vérité et de la justice.

un projet comme celui intitulé le « mariage pour tous » a d’autant plus de chance de passer qu’il s’insère dans un processus où école, médias, politiques ont travaillé depuis des années à fausser les concepts de vérité et de liberté. En ce sens, au-delà du succès de la mobilisation le temps d’une manifestation un long travail d’argumentation et d’explications est nécessaire pour faire avancer les choses. Malgré les temps contraires, il faut parvenir à expliquer que la liberté ne consiste pas simplement à faire ce que l’on veut et qu’il existe une vérité sur la nature humaine. Cela nécessite donc de ne pas communier soi-même, peu ou prou, avec cette mentalité et de reprendre de manière plus globale la contre-offensive de la vérité. Il ressort pourtant de manière évidente que nombre d’opposants comme de supporteurs du projet Taubira communient au mythe du progrès.

Mais, en sens inverse, la large mobilisation de tant de personnes dimanche dernier démontre que le bon sens habite encore nombre de nos concitoyens. Il faut donc renforcer ce bon sens par des motivations rationnelles et argumentées.

De ce fait, il faut s’attendre à devoir se mobiliser pendant de longues années encore et à travailler pour diffuser au sein de notre société la culture du vrai, du bien et du juste. Il faut investir l’école, les médias, être présent au sein des associations, prendre pied dans le monde politique en diffusant clairement et intelligemment (c’est-à-dire de manière proportionnée à nos interlocuteurs mais pas de manière faussée) la vérité. Un long travail nous attend. 

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