Prier pour ses ennemis

Publié le 13 Sep 2019
Prier pour ses ennemis L'Homme Nouveau

Le Pape a commencé le 4 septembre son voyage qui l’a conduit dans l’Afrique du Sud-Est. Comme la plupart des pays d’Afrique qui ont raté leur décolonisation, ce sont des territoires à grands contrastes : d’un côté riches par leurs ressources naturelles et de l’autre pauvres par la corruption et des régimes totalitaires et marxistes qui ont accentué encore le fossé entre riches et pauvres, très souvent par la volonté complice et intéressée des pays occidentaux. C’est le cas particulièrement du Mozambique.

A Maputo, anciennement Lourenzo Marquès, la capitale, le Pape a prononcé une homélie sur le progrès des peuples, dans la droite ligne de Populorum progressio et de Caritas in veritate, même s’il ne cite pas les encycliques de Paul VI et de Benoît XVI. Il part de l’Évangile du jour et de la demande faite par Notre Seigneur d’aimer nos ennemis. Pour bien comprendre cette phrase lapidaire du Seigneur, il faut se souvenir que le peuple juif était un peuple séparé. Afin de le défendre contre la perversité et l’idolâtrie, Dieu l’avait isolé de tous les autres peuples. Cet isolement providentiel entraîna cependant le peuple juif à n’estimer que lui, à se considérer comme l’aristocratie par excellence, à regarder tous les autres peuples comme étrangers et comme ennemis et, en investissant son peuple d’une fonction de châtiment contre les peuplades environnantes, le Seigneur semblait encourager et presque autoriser cette interprétation Mais la loi nouvelle révélée par Jésus élimine toute haine : « Aimez ceux qui ne vous aiment pas ». La notion du prochain est étendue. Notre prochain, c’est désormais tout être humain, quel qu’il soit car, comme le dit saint Paul, nous sommes tous d’une famille se nourrissant du même pain de vie. La prière et la charité doivent transformer entièrement le tissu social.

Ce chemin demandé par Jésus est étroit, mais il est obligatoire. Les paroles du Pape s’adressent à des personnes qui sortent d’une longue guerre civile. Il met ses auditeurs en garde contre la rancune, afin que non seulement les blessures du passé ne se reproduisent plus, mais que tous entrent dans une logique de pardon et de réconciliation. Comme Jean-Paul II, il rappelle cependant que pardonner ne consiste pas à oublier. On doit tenir compte du passé pour ne pas recommencer les mêmes erreurs. Pour cela, la prière est indispensable. On doit prier pour ses ennemis. On doit prier pour nos bourreaux et demander leurs conversions. C’est la garantie la plus sûre pour nous de connaître un avenir sans haine ni violence. Une société ne peut se fonder sur la haine, pas plus qu’elle ne peut se fonder sur la culture de mort. La violence entraîne la violence et la mort entraîne la mort. Voilà pourquoi sainte Teresa de Calcutta fêtée la veille de l’homélie du Pape pouvait dire que le plus grand péché de l’humanité était l’avortement et que tant que les hommes tueraient les enfants dans leur sein de leur mère, la spirale de la haine continuerait à monter en flèche. Pour arrêter cette spirale, il faut une conversion générale qui dépasse des actes de réconciliation et de paix individuels, pour s’engager collectivement dans le chemin d’amour et de miséricorde tracé par la Croix du Christ. Demandons à la Reine de la Paix que tous les peuples (et pas seulement le Mozambique) entrent dans le dynamisme du Sacré-Cœur de Jésus ouvert par nos péchés, mais dont l’eau et le sang rejaillissent comme source de miséricorde pour le monde entier. Que Marie nous fasse comprendre que ce programme n’est pas utopique, car nous sommes réellement sauvés en espérance.

L’Homélie du pape est disponible ici.

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