Quadragesimo anno (VI) : Le Capital et le Travail (II)

Publié le 15 Avr 2023
quadragesimo anno

Les armateurs, avec le besoin de financer leurs expéditions, sont à l’origine du premier capitalisme commercial.

En traitant des rapports entre capital et travail, Pie XI, dans Quadragesimo anno, apporte un jugement sur la société capitaliste.   Quelles sont les distinctions sur lesquelles s’appuie Pie XI pour juger le capitalisme ? Le premier constat à faire est que le capitalisme n’est pas un fait de nature, mais le fruit de l’évolution économique. Globalement, il est possible de dire que le capitalisme est né de la nécessité de rassembler des moyens supérieurs à ceux que possédait ou dans lesquels pouvait investir une famille, unité économique principale jusqu’ici. À partir du XVe siècle, les armateurs ont besoin de financer les circuits commerciaux vers les nouvelles contrées découvertes. Ce capitalisme commercial va donner naissance au capitalisme financier, avec la naissance des banques, surtout après la conquête de l’or. Le développement qu’il permet débouche sur un capitalisme industriel, s’appuyant sur la mise en place des machines, qui nécessite par ailleurs un apport financier de plus en plus important. Ce capitalisme industriel va entraîner de profonds désordres sociaux condamnés par Léon XIII qui cherche par ailleurs des voies pour faire régner la justice dans ce cadre. Pie XI rappelle dans son encyclique les efforts de son prédécesseur : « Ce régime, Léon XIII consacre tous ses efforts à l’organiser selon la justice » (n. 109). Et il en tire la conclusion logique : « il est donc évident qu’il n’est pas à condamner en lui-même. » Derrière Léon XIII, Pie XI distingue entre le capitalisme en soi (« ce n’est pas sa constitution qui est mauvaise ») et ses applications concrètes qui vont vers l’exploitation des ouvriers et sont contraires « au caractère social de l’activité économique » ainsi qu’à la justice sociale et au bien commun (cf. n. 109). La propriété privée ne caractérise donc pas le capitalisme ? Le droit de propriété privée est naturel à l’homme et antérieur au système capitaliste. Quand le même sujet apporte à la fois le capital productif et le travail, cas de l’économie familiale ou coopérative, il y a parfaite identité entre l’entrepreneur et le travailleur. Le capital et le travail sont joints. Pour sa part, le capitalisme se caractérise par la distinction qu’il apporte entre les propriétaires et les salariés, les responsables de la gestion et les responsables de l’exécution. Le capitalisme est donc, écrit Pie XI, ce « régime dans lequel les hommes contribuent d’ordinaire à l’activité économique, les uns par les capitaux, les autres par le travail. » (n. 108).…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

La Rédaction de Reconstruire

Ce contenu pourrait vous intéresser

SociétéLettre Reconstruire

Carlos Sacheri : Le travail humain (II)

Lettre Reconstruire n° 45 | Extraits | Dans notre précédent numéro (Reconstruire n°44), nous avons publié l’étude de Carlos Sacheri sur le travail humain. L’auteur présentait succinctement les conceptions libérales et marxistes à ce sujet. Nous continuons ici en abordant le travail selon une conception conforme à la loi naturelle.

+

travail humain carlos sacheri
SociétéLettre Reconstruire

Du pouvoir dans la modernité et la postmodernité

Lettre Reconstruire n° 45 (mars 2025) | La Bibliothèque politique et sociale | L’extension sans fin de l’État moderne que des épisodes récents, comme la gestion de la crise liée au Covid-19 ou actuellement la « guerre » déclarée entre la France et la Russie, mettent en évidence, conduit immanquablement à s’intéresser à la question du « pouvoir ». Javier Barraycoa a consacré un petit essai sur la situation du pouvoir dans nos sociétés postmodernes. Traduit en français, Du pouvoir bénéficie d’une substantielle préface de Thibaud Collin dont le titre indique tout l’intérêt.

+

du pouvoir dans la modernité et postmodernité