Quand George Weigel parle de la dernière encyclique

Publié le 13 Juil 2009

Les mystères ne manquent pas dans l’existence. Il y en a un qui nous est désormais proposé, celui de la réaction des catholiques libéraux face à la dernière encyclique du pape Benoît XVI.

Prenons le cas de George Weigel. Loin d’être inconnu, Weigel a une réputation mondiale, après son livre consacré au pape Jean-Paul II, livre traduit dans de très nombreuses langues et qui avait bénéficié d’informations privilégiées.

Weigel, avec moins de succès cette fois, avait tenté de renouveler l’opération avec Benoît XVI, en proposant un livre sur le nouveau souverain pontife. La greffe a moins bien pris, même si le livre a été traduit en langue française.

Dans notre pays justement, Weigel est considéré comme un auteur connaissant bien les méandres du Saint-Siège et ayant des relations privilégiées au sein de la curie. On voit dans cet écrivain un serviteur intelligent de la cause catholique.

Aux Etats-Unis, les choses sont forcément un peu plus contrastées. Weigel, auquel on reconnaît intelligence et compétence, est perçu comme l’un des plus vigoureux porte-parole du courant « catho-neo-conservateur », ce qui se traduit par un conservatisme religieux et une vision politique et sociale libérale. George Weigel combat pour une société reposant sur une sorte de triptyque : économie libre, démocratie et morale publique.  Ce que George Weigel entend par « économie libre », c’est l’économie de marché, lequel est censé réguler l’activité économique.

À ce titre, Weigel avait salué la parution de l’encyclique Centesimus annus avec force puisque ce texte de Jean-Paul II reconnaissait au marché un certain rôle. Mais Weigel en faisait une lecture tronquée. Si Jean-Paul II avait bien fait un pas de géant dans cette direction, il rappelait aussi les limites de l’auto-régulation par le marché et il soulignait la nécessité d’un cadre économique régulateur ainsi que la véritable finalité de l’économie.

Toujours est-il que Centesimus annus fut salué comme un texte pro-capitaliste par Weigel et ses amis.

On attendait sa réaction face à Caritas in veritate. On n’a pas été déçu ! Dans un article publié par The National review, Weigel réussit le tour de force de parler constamment de Centesimus annussans évoquer réellement la nouvelle encyclique. Bravo l’artiste ! Surtout, il accuse ! Pour lui, le nouveau texte pontifical représente la revanche du Conseil pontifical Justice et Paix, dont il estime qu’il est aux mains de dangereux gauchistes.

Le pape Benoît XVI n’est jamais nommé, donc jamais dénoncé, mais ceux qui sont perçus comme les inspirateurs du texte, sont clairement visés. À tort, semble-t-il ! Ceux qui ont lu l’encyclique n’y ont pas forcément retrouvé les considérations de Justice et Paix. L’empreinte si personnelle et si particulière de Benoît XVI y est, au contraire, très visible.

Il semble surtout malsain d’opposer ainsi Centesimus annus – plus exactement une certaine lecture de Centesimus annus – à Caritate in veritas ; un pape à un autre. Mais il faut avouer que Weigel manie la dialectique avec passion : n’oppose-t-il pas dans son article la « mauvaise » encyclique, Sollicitudo rei socialis, à la « bonne », Centesimus annus, deux textes pourtant de Jean-Paul II ? Mais la seconde était censée corriger la première, inspirée par Justice et Paix.

Ce type de discours, nous allons l’entendre souvent dans les semaines et les mois qui viennent. Les interprétations vont vouloir corriger l’encyclique, quitte à passer à côté de ce qu’elle apporte de nouveau. Nous avons en effet tous du mal à nous détacher des grilles d’analyse séculières. Que le Saint-Esprit nous y aide ; nous en avons vraiment besoin. En attendant, plutôt que de lire les commentaires, il est préférable de lire l’encyclique elle-même.

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