Quelles résolutions pour la rentrée ?

Publié le 29 Août 2023
résolutions
La période estivale se termine et la société, guidée par les enfants reprenant le chemin de l’école, commence une nouvelle année (scolaire). Comme au temps de la trêve des confiseurs et de ses vœux de bonne année (civile), faut-il que nous prenions des résolutions ?

 

Ce que ne fut peut-être pas notre été

L’idée nous en est venue parce que, cette année encore, naïvement, nous avions pensé que l’été offrirait de soi plus de temps pour la prière, la lecture, l’art (divin dans la création, humain dans nos églises et les expositions) ; qu’il serait forcément empreint de plus de calme et de sérénité, ouvrant ainsi à des rencontres et des discussions que les mois passés n’avaient pas permis ou seulement entre deux portes…

Il n’en fut pas ainsi, et c’est en partie parce que nous n’avions pas mis dans notre valise ce que l’expérience nous avait pourtant déjà enseigné, ni la feuille paroissiale ou l’article de blog qui – encore !, avons-nous bougonné à sa lecture… –  rappelait ce que sont la liberté ou le repos pour un Chrétien.

Mais, se dira-t-on, ne pourrions-nous attendre le prochain été pour, cette fois-ci, le mieux préparer ? Dès lors, ces potentielles résolutions venues à l’esprit ne seraient-elles pas, de trop loin, anticipées ?

La vérité des vacances

Eh bien, non ! Car nous sentons la vérité morale et spirituelle portée par l’étymologie : le nom grec skholè signifie « loisir » et il a donné en français « école » ! C’était, dans l’antiquité, signifier que le temps de l’enfance et de l’adolescence est celui d’une école calme et patiente [1] de la formation de l’être où l’on a le loisir de ne pas être pris dans les affaires de l’avoir ou du pouvoir ; et, comme ce loisir, sous l’égide de la sagesse, présiderait à nouveau à l’âge de la vieillesse, le temps de l’activité caractéristique de l’âge adulte se donnait en négatif de cette double skholè : il était l’a-skholia. De même, le latin parle-t-il d’otium et de negotium

Par analogie, le temps des vacances est alors comme le positif, le révélateur de l’année scolaire (qu’on aille ou non à l’école!). Ne donnons qu’un exemple : Nulle horloge ou calendrier, nul temps libre ne crée la prière ; alors, si l’été fut assez médiocre, voire catastrophique, sur ce point, c’est sans doute parce que notre prière durant l’année tient principalement par le cadre et le rythme, bien réglés, mais somme toute extérieurs, de notre quotidien. Le point commun avec la dilution de l’été, est ainsi l’absence ou la faiblesse d’une décision ferme et personnelle, d’un choix intérieur…

On peut parler ici d’élection, dont l’étymologie (là encore) comme la tradition spirituelle, affirme qu’elle s’oppose aux négligences et rend possible l’étude, l’attention et le choix, l’amour : eligere, neglegere, legere, intellegere, diligere.

« Il eut un soir, il y eut un matin » (Gn 1, 5)

Ce qui est la vérité de vacances est aussi celle des dimanches et des samedis, des soirées et des petits matins, de telle sorte qu’un Père Abbé bénédictin, dans une conférence, rappelait ce qui fut et est donné en premier par Dieu : le repos, car « il eut un soir, il y eut un matin », répété six fois, et non l’inverse…

Certainement, cette considération principielle trouvera des modalités d’application très diverses au regard des emplois du temps et des devoirs d’état, des tempéraments et des conditions de vie. Toutefois, ne voit-on point quelle curieuse logique il y a à ce que le dimanche ne soit qu’un jour du weekend, les soirs de semaine et le samedi matin des récupérations tant bien que mal de la fatigue accumulée, les matins de classe ou de travail des remises en marche écourtées et précipitées ? Et l’été ? quelques semaines où l’on décompresse et, parfois, décompense…

Vers la joie

Sortant d’une perspective qui pourrait paraître trop temporelle, c’est poser l’exigence du développement des vertus et, plus simplement, des habitudes : elles demandent un effort prolongé au début, puis elles deviennent connaturelles par la fréquence et la promptitude, la qualité et la facilité de leurs actes respectifs. Et, comme pour un élève de CP en fin d’année lisant sans (trop) buter un texte tout du long, une vraie et durable joie s’épanouit.

 


[1] Cela, comme par un lapsus (et presque, malheureusement, par antiphrase), Pap Ndiaye, précédent ministre de l’éducation nationale, le déclarait lors de sa passation de pouvoir, le 20 juillet 2023 : « Le temps de l’école n’est pas celui de l’information continue des réseaux sociaux, des réactions épidermiques, des indignations surjouées et des petites phrases qui claquent. Face au diktat de l’instantané liké ou détesté, il doit rester de la place pour la réflexion, pour le dialogue, pour la prise en compte de la complexité du monde : c’est le temps de l’école. Le temps de l’école, c’est celui de la lecture patiente, du moment que l’on prend pour écouter la musique des alexandrins, c’est le temps de l’équation qui donne du fil à retordre, le temps des premières brasses dans la piscine municipale, le temps des répétitions hésitantes pour le concert de fin d’année, le temps des cartes de géographie et des frises chronologiques. Le temps de l’école, c’est celui de la force de l’intelligence, du pouvoir de la nuance face aux slogans et aux propos à l’emporte-pièce. »

 

Chanoine Laurent Jestin +

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