Rapport « famille, filiation, parentalité » : l’œuvre des spécialistes de rien

Publié le 10 Avr 2014
Rapport « famille, filiation, parentalité » : l’œuvre des spécialistes de rien L'Homme Nouveau

« Famille, filiation, parentalité », c’est le titre du rapport rédigé sous la direction de la sociologue Irène Théry et remis ce 9 avril au gouvernement. Il avait été commandé en urgence par Dominique Bertinotti, alors ministre de la Famille, en octobre 2013 pour préparer un projet de loi finalement remis à plus tard. Le rapport était achevé depuis janvier dernier mais n’a été donné au gouvernement qu’après les élections municipales… Ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes, reconnaissance des enfants nés par grossesse pour autrui à l’étranger (GPA) : les principales préconisations du rapport portent sur des sujets brûlants que le gouvernement sait ne pas pouvoir aborder en toute tranquillité.

Pour autant, les défenseurs de la famille père-mère-enfant n’ont pas attendu le 9 avril pour s’engager sur ces questions, suite logique de l’ouverture du mariage aux couples du même sexe. Rien d’étonnant, donc, dans ce rapport. Le gouvernement avait en effet annoncé dès  le vote de la loi Taubira une autre loi sur la famille, maintes fois repoussée, mais qui avait permis au gouvernement socialiste de faire connaître au grand jour ses projets sur la filiation.

Le rapport en question, qui compte quelque 300 pages, a été rédigé avec la collaboration de 25 spécialistes : juristes, historiens, médecins, anthropologues, sociologues… Bizarrement, alors que le ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem ne cesse d’assurer que la théorie du Genre n’existe pas, plusieurs des collaborateurs du rapport sont justement considérés comme spécialistes de la question du Genre. À moins que Najat Vallaud-Belkacem, et tout le gouvernement avec elle, ne mentent, ces gens sont donc des spécialistes du rien… d’une rumeur, du néant en somme ! En fouillant, l’on découvre que les 25 complices d’Irène Théry ont évidemment tous milité plus ou moins ouvertement en faveur de la loi Taubira et maintenant en faveur de l’ouverture de l’adoption, voire de la GPA pour certains, aux couples homosexuels. La liste serait longue et fastidieuse, inutile donc de les citer tous, mais certains noms valent le coup d’œil.

Irène Théry

Sociologue spécialisée dans la sociologie du droit, de la famille et de la vie privée, directrice d’étude à l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS). Elle avait participé à l’élaboration de la loi sur le Pacs en 1999, elle a milité en 2013 en faveur de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. Elle a publié en 2013 aux éditions de l’EHESS Mariage de même sexe et filiation.

Hugues Fulchiron

Professeur de droit privé à l’Université Jean Moulin Lyon III, spécialiste de droit international privé et de droit de la famille, militant en faveur de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les personnes de même sexe dans toute l’Europe, ce qu’il estime être le meilleur moyen de sécuriser les relations familiales dans un contexte de mondialisation et de bouleversements sociaux.

Laurence Brunet

Chercheur associé au Centre de recherche « Droit, sciences et techniques » de l’Université de Paris I et chargé d’enseignement à l’Institut d’études judiciaires de l’Université? Paris Sud. Elle a notamment publié « La gestation pour autrui : entre le marteau (de la loi) et l’enclume (des pratiques) » en 2010 dans la Revue Lamy Droit civil, et « Changement d’état-civil des personnes « trans » en France : du transsexualisme à la transidentité » en 2012 dans Droit des familles, genre et sexualité.

Simone Bateman

Sociologue, directrice de recherche CNRS. Ses recherches portent principalement sur les questions éthiques suscitées par des pratiques médicales et scientifiques novatrices, notamment dans le domaine de la reproduction et de la sexualité (avortement, contraception, assistance à la procréation, réanimation néonatale, recherche sur les cellules souches embryonnaires).

Enric Porqueres I Gené

Anthropologue, directeur d’études à l’EHESS, il a notamment travaillé sur le statut de l’embryon, les questions de la parenté et du Genre. Il a participé en mai 2013 à un cycle de conférences de l’EHESS sur le thème « Contre la tyrannie du Genre ».

Geneviève Delaisi de Parseval

Consultante en bioéthique, accompagne des couples hétérosexuels et homosexuels dans des parcours d’adoption ou d’assistance médicale à la procréation. Elle a publié Famille à tout prix en 2008.

Caroline Eliacheff

Pédopsychiatre et psychanalyste, militante en faveur de l’ouverture de la filiation aux couples homosexuels.

Fabienne Brugère

Professeur de philosophie à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, Fabienne Brugère est connue pour ses travaux sur le Genre, notamment dans son ouvrage Le Sexe de la sollicitude paru en 2008.

Jennifer Merchant

Politologue et professeur à l’Université Panthéon-Assas Paris II, Jennifer Merchant est l’auteur de nombreux travaux sur les questions des femmes, de la filiation et de l’homophobie.

Agnès Fine

Directrice d’études à l’EHESS, historienne et anthropologue, spécialiste de la parenté et du Genre dans les sociétés européennes. Entre 2009 et 2013, elle a codirigé un projet de recherche sur la socialisation sexuée par le corps des petits enfants. Elle a également dirigé une équipe de recherche française sur « Genre, Parenté, Sexualité », elle est enfin codirectrice de la collection « Le temps du genre » aux Presses Universitaires du Mirail.

Sylvie Steinberg

Historienne, maître de conférences à l’Université de Rouen, spécialiste de l’Histoire des femmes et du Genre à l’époque moderne. Elle a publié Le travestissement en France à l’époque moderne (XVIe?XVIIIe siècles) en 1999 et Érotiques en 2010.

Jérôme Courduries

Anthropologue, auteur de la première thèse française sur la conjugalité des couples gays en 2008 et auteur, en 2011 du livre Être en couple (gay). Son ouvrage est présenté sur le site des Presses Universitaires de Lyon comme entrant dans la catégorie Gender studies.

Martine Gross

Ingénieur de recherche au CNRS, elle anime avec Irène Théry, Jennifer Merchant et Laurence Brunet (citées plus haut), un séminaire sur le thème : « Genre, personne, interlocution : l’approche relationnelle. Le cas de l’assistance médicale à la procréation ». Elle travaille sur de nombreux thèmes, notamment : Transmission des valeurs et des identités religieuses ; Nouvelles configurations familiales, homoparentalités, filiation, genre et religions ; Judaïsme et homoparentalité, Désir de transmission chez des juifs homosexuels ; Homoparentalités, paternité gay, maternité lesbienne ; Grands-parents en contexte homoparental ; Chrétiens et homosexuels ; Nouvelles techniques de reproduction et homoparentalité.

Une belle équipe donc, d’universitaires et autres savants qui cherchent et étudient sur le rien ! 

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneSociétéLectures

L’inégalité, un outil de civilisation ?

Entretien | Juriste et historien, Jean-Louis Harouel s’attaque dans un livre récemment paru au mythe de l’égalité. Il postule que cette « passion laide » contemporaine, destructrice de la famille, entre autres, ne sert en rien les intérêts d’une population, en montrant que seule l’inégalité, créatrice de richesses, encourage la production et par là-même augmente le niveau de vie et conditionne le progrès moral et scientifique. Entretien avec Jean-Louis Harouel sur son livre Les Mensonges de l’égalité. Ce mal qui ronge la France et l’Occident.

+

égalité mythe
SociétéEglise de France

Pandémie : un avant-goût de la restriction des libertés fondamentales ?

Entretien | Le colloque « Pandémie, Droit et Cultes » s’est tenu à Paris en mars 2022. Ses actes rappellent qu’entre 2020 et 2022, les prérogatives de l’État ont été augmentées de manière extraordinaire au détriment des libertés essentielles, dans un renversement complet de la hiérarchie des biens. Une situation dangereuse qui pourrait bien se reproduire sous des prétextes variés. Entretien avec Guillaume Drago, co-organisateur du colloque et professeur de droit public à l’université de Paris-Panthéon-Assas.

+

pandémie liberté de culte
SociétéBioéthique

Fraternité et euthanasie : un débat sciemment faussé

Faisant droit aux revendications anciennes et répétées de certaines associations, le président Macron vient d’annoncer une loi sur l’euthanasie. Mais en usant d’un registre lexical détourné qui évoque l'« aide à mourir », l’autonomie de l’individu, les « conditions strictes » et la « fraternité »... Toutes expressions trahissent le sophisme, l’influence des officines francs-maçonnes, la solution miraculeuse aux déficits et surtout la crainte d’un vrai débat.

+

fraternité euthanasie
SociétéBioéthique

50 ans de résistance à l’avortement (3/3) : Combat contre l’avortement et transition postdémocratique

Question disputée | Combattre à temps et à contretemps en faveur de la vie humaine, de sa conception à sa mort naturelle, est une urgence née des lois mortifères mises en place par un système politique qui, loin d'être neutre, a rompu dès ses origines avec les exigences de la loi naturelle. Dès lors, n'est-il pas nécessaire de finaliser ce combat particulier en l'insérant dans une perspective plus large ?

+

AdobeStock 417378513 avortement