Rebondissement à l’Ordre de Malte

Publié le 17 Oct 2017
Rebondissement à l’Ordre de Malte L'Homme Nouveau

Alors que l’Ordre de Malte connut des bouleversements en début d’année, le Grand Chancelier Albrecht von Boeselager, mis en cause alors, a jugé bon de traduire en justice le site qui dénonçait ses actions. La cour allemande vient de donner raison au site d’information…

On croyait l’affaire de l’Ordre de Malte réglée. Mal réglée, sans doute, mais réglée. L’affaire dont nous avions signalé les prodromes dans L’HN n° 1631 (28 janvier 2017), se termina en effet par un ­tête-à-queue surprenant.

Pour avoir demandé et obtenu la révocation d’Albrecht von Boeselager, Grand Chancelier de l’Ordre, convaincu d’avoir fait distribuer des préservatifs dans le cadre des interventions de Malteser International dont il était le dirigeant, c’est le Grand Maître Matthew Festing qui fut contraint à la démission.

Pour avoir alerté le Saint-­Père des turpitudes de Malteser International et soutenu la décision du Grand Maître, c’est le cardinal patron de l’Ordre, Raymond Burke, qui se voyait privé de sa mission auprès de Malte, demeurant certes patron mais privé de tout « patronage » car remplacé pratiquement par Mgr Angelo Becciu, substitut aux Affaires générales de la Secrétairerie d’État. Albrecht von Boeslager, quant à lui, était réintégré dans l’Ordre et dans ses hautes fonctions à la demande du Pape et du secrétaire d’État.

Esprit de vengeance

La réintégration triomphale de Boeslager n’a pas éteint en lui l’esprit de vengeance contre la presse catholique jugée par lui coupable d’avoir rapporté les actions peu flatteuses de Malteser International. Nos confrères autrichiens de l’agence de presse catholique en ligne Kath.net en savent quelque chose…

En mars dernier, Kath.net reçut une mise en demeure de l’avocat allemand de Boeslager, en sa qualité de Grand Chancelier de Malte, pour avoir notamment signalé aussi, en décembre 2016, une donation de 30 millions de francs suisses, acceptée par Boeslager. La lettre de mise en demeure exigeait une rétractation de ­Kath.net, à défaut de laquelle l’agence catholique serait traînée devant les tribunaux.

Outre le fait qu’il n’est pas convenable qu’une institution catholique, comme l’est l’Ordre de Malte, menace de poursuivre devant une juridiction civile une organisation catholique, sans avoir au préalable recouru aux tribunaux ecclésiastique, la chose assez piquante dans cette affaire c’est que Kath.net s’était contenté de reprendre un article publié dans le quotidien allemand Bild édité à Hambourg. Ce dernier, apprit-on, n’a reçu aucune mise en demeure de l’avocat de Boeslager…

Un jugement inattendu

Kath.net proposa une tribune libre à l’avocat pour expliquer la position et les remarques de Malte. Ce fut refusé et l’avocat déposa au nom de son client une plainte au tribunal du Land de Hambourg.

Ce dernier a rendu son jugement le 6 juin et les attendus ont été communiqués à ­Kath.net qui les a reçus le 12 septembre dernier. Ils sont accablants pour Boeslager. Dans un article du 20 septembre titré : « Malteser : Boeslager perd un point décisif au tribunal », Kath.net commente :

« La cour a ainsi reconnu le fait que Malteser International a continué son programme d’aide pendant plusieurs mois même après qu’il ait été rendu public que les produits de secours ainsi que des préservatifs dans un programme au Myanmar [avaient été distribués], et que cela s’est passé aussi à la connaissance et avec la volonté de M. von Boeslager. Avec cette décision, l’injonction provisoire – que Boeslager a fait signifier après la publication d’un rapport sur ­Kath.net – a été annulée sur ce point décisif. (…)

Dans les attendus du jugement du tribunal de Hambourg (…) il est statué, relativement à l’article de Kath.net de décembre 2016, contre lequel Boesleger s’est pourvu en justice : “Dans son ensemble, le troisième paragraphe de l’article traite de manière critique de différents aspects du travail du plaignant (Boeslager) en tant qu’Hospitalier, de manière à démontrer la thèse qui était placée à son début, à savoir qu’un petit cercle du groupe germanophone (de Malte) veut préserver les avantages du caractère exclusif et souverain (de Malte) tout en desserrant les liens avec l’enseignement catholique et le pape, qui sont à ses yeux (du petit cercle) trop étroits. Pour le lecteur, les conclusions irréfutables sont, selon la conviction de la chambre [cour], que le plaignant est lui-même responsable des accusations ci-dessus mentionnées, ce qui implique aussi nécessairement qu’il était au fait de toutes les circonstances pertinentes” (…) ».

Kath.net s’interroge : « Le ­Pape a-t-il été mal informé ? Festing était-il dans son droit et a-t-il été injustement contraint à la démission ? Est-ce que la position de Boeslager comme Grand Chancelier d’un ordre catholique, est tenable ? ». On partage ces interrogations…

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