Rogations 2022 : des bénédictions entre ciel et terre

Rogations 2022 :  des bénédictions entre ciel et terre L'Homme Nouveau

L’Eglise catholique fêtait l’Ascension jeudi 26 mai. Lors des trois jours de joie qui précédaient la commémoration de la montée du Christ dans les cieux, le calendrier romain proposait de célébrer les Rogations. Plusieurs paroisses ont proposé ces temps de prières particuliers. L’occasion pour nous de nous souvenir de l’origine et du déroulé de ces belles liturgies rogatoires.

Dans le ciel de Moissac, nous pouvions apercevoir avant l’Ascension, voler un avion. A l’atterrissage, après une heure passée dans le ciel, c’est le curé de seize clochers tarnais qui est descendu de l’appareil. Le père Hoan renouvelait la tradition des Rogations, mais, fait exceptionnel : il le fit par voie aérienne, « bénissant champs, vignes, vergers, bétails et habitants de l’ensemble de [la] paroisse. » A l’origine prévues pour être célébrées les trois jours précédant la montée au Ciel de Notre Seigneur, ces processions viennent confier à Dieu les récoltes et placer les cultures sous la protection de la Providence. Elles se font encore dans quelques paroisses, comme celle du père Hoan à Moissac, ou celle de la Fraternité Saint-Pierre à Châlon-sur-Saône, où l’abbé Joseph de Castelbajac poursuit cette belle tradition. « C’est une démarche de pénitence, on se dépouille du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau. A travers la bénédiction de la terre et des vignes, on demande que la terre de nos âmes produise le fruit de la grâce. » nous précise ce dernier.

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Une croix faite par les agriculteurs que le père Hoan voyait du ciel.

La liturgie

Autrefois, les rites de ces Rogations commençaient par l’imposition des cendres, avant l’aspersion puis le départ de la procession, pendant laquelle étaient chantés des psaumes et la litanie des saints. Actuellement, la liturgie commence par l’Antienne Exsurge Domine, puis la litanie des saints est chantée et le célébrant bénit les cultures, suite à quoi la messe est célébrée. L’abbé de Castelbajac reprend un vieil usus. Il part accompagné de servants qui portent la croix, un encensoir et un goupillon. Les processions partent des calvaires plantés dans les campagnes, le prêtre bénit indifféremment vignes et terres agricoles. C’est d’ailleurs un formidable moyen d’évangélisation, confie-t-il encore, « pour vraiment rappeler aux gens que Dieu a une propriété absolue sur tout notre être et sur toutes les choses de la terre. »

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Le Père Hoan prêt au décollage pour bénir les champs.

 

Depuis les réformes post-conciliaire

Après la réforme de 1969, le nouveau calendrier romain a maintenu les Rogations en précisant qu’elles pouvaient être placées à des moments différents selon les divers endroits sur Terre. Il fut ainsi délégué aux conférences épiscopales le soin de fixer la discipline de ces trois jours de fêtes. Les missels romains de forme ordinaire n’ont depuis 1970 jamais fait référence aux Rogations, même si le cérémonial des évêques de 1984 les encourage. C’est ainsi que l’absence de règle laisse la totale liberté aux paroisses de poursuivre cette belle pratique.

Les litanies majeures

En plus de ces litanies mineures ont lieu le 25 avril les litanies majeures. Elles sont aussi des processions, dont le but cette fois est d’expier nos fautes. Elles ont été mises en place par le pape Saint Grégoire le Grand (540-604) avant que ce jour ne soit consacré à la fête de Saint Marc (c’est ainsi qu’elles sont aussi appelées procession de Saint-Marc). Pendant les processions, les Litanies des Saints sont chantées, suivies des nombreux versets et oraisons qui les complètent. La Messe est célébrée comme une messe de Carême, sans Gloria et en violet, marquant la pénitence et les supplications offertes. L’abbé de Castelbajac nous rappelle l’obligation qu’ont les prêtres de réciter ces litanies.

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L’abbé de Castelbajac au milieu des vignes.

Le paradoxe

Il existe pourtant un paradoxe dans ces journées. En effet la teinte supplicatoire que nous donnons aux Rogations en plein Temps pascal semble antagoniste. Voici ce qu’en dit Dom Guéranger dans son commentaire de L’Année liturgique :

« Mais le saint Pontife ne put empêcher le contraste très prononcé qui exista dès lors entre les allégresses du moment présent et les sentiments de pénitence qui doivent accompagner la Procession et la Station de la Litanie majeure, instituées l’une et l’autre dans le but d’implorer la miséricorde divine. Comblés de faveurs de toute espèce en ce saint Temps, inondés des joies pascales, ne nous plaignons pas cependant de la nécessité que la sainte Église nous impose de rentrer pour quelques heures dans les sentiments de componction qui conviennent à des pécheurs comme nous. Il s’agit de détourner les fléaux que les iniquités de la terre ont mérités, d’obtenir, en s’humiliant et en invoquant le crédit de la Mère de Dieu et des Saints, la cessation des maladies, la conservation des moissons ; de présenter enfin à la divine justice une compensation à l’orgueil, à la mollesse et aux révoltes de l’homme. »

L’origine

Pour finir, rappelons-nous d’où viennent les Rogations que nous fêtions ces jours-ci. A la fin du Ve siècle, des désastres en tout genre se déchaînent sur la Gaule. L’évêché de Vienne subit des inondations, des tremblements de terre, les loups rôdent, et les mauvaises récoltes sont fréquentes. Une nuit de Pâques, un incendie se déclenche au palais royal de la ville et risque de se propager au reste de Vienne. Saint Mamert, évêque du lieu, se prosterne devant l’autel et prie le Ciel de porter secours à la ville. Le miracle advient et l’incendie cesse. Saint Mamert s’emploie alors à l’édification des Rogations. Le saint évêque fixe des rites de supplications avec psaumes et antiennes. L’abbé de Castelbajac rappelle la merveilleuse occasion que ce fut de christianiser les fêtes païennes des Robigalia, dont la tâche était de confier aux dieux les cultures. Très vite, les Rogations se diffusent partout : le Concile d’Orléans de 511 les étend à toute la Gaule, le concile de Tours (567) y impose le jeûne et rend ces trois jours fériés. L’Espagne, l’Angleterre et les parties germaniques de l’empire franc adoptent successivement la coutume, jusqu’à ce que Léon III, qui couronnera Charlemagne, les étende à toute la Chrétienté, sans rendre obligatoire le jeûne. Dom Guéranger évoquera les attitudes pieuses des puissants lors des processions rogatoires : Charlemagne et Elisabeth de Hongrie, pour ne citer qu’eux, marchaient pieds-nus, derrière la croix, et confondus avec leurs peuples.

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