Sainte Thérèse : Des intuitions prophétiques ?

Publié le 31 Déc 2022
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

 Ayant compris très jeune la nécessité de participer au rachat des âmes, sainte Thérèse y consumera la fin de sa courte existence dans des souffrances que l’image sulpicienne qu’on a donné d’elle a pu faire oublier. Si elle fait toujours pleuvoir « une pluie de grâces», elle a acquis chèrement la salut de ces pécheurs par une terrible et héroïque nuit de l’âme.   Lorsqu’elle meurt, le soir du 30 septembre 1897, à 24 ans, au carmel de Lisieux où elle s’est enfermée neuf ans plus tôt, Thérèse Martin est une inconnue, l’une de ces nombreuses jeunes filles qui, au XIXe siècle, dans une perspective réparatrice et expiatoire jugée aujourd’hui doloriste et dépassée, ont consumé dans la prière et le sacrifice leur courte existence. Presque toutes ont sombré dans l’oubli, malgré leurs vertus, leurs charismes prophétiques, voire leur authentique sainteté. Pourquoi sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face qui, de son vivant, ne fit jamais parler d’elle, a-t-elle échappé à ce sort ? Parce que sa spiritualité rejoint, au-delà des murs de son couvent, les grandes préoccupations du siècle à venir, et du suivant. Thérèse, qui, élevée dans un milieu protégé, n’a rien connu du monde, en devine très tôt les abîmes, les souffrances et les manques, fruits de la rupture post-révolutionnaire de la société avec Dieu. Si d’autres, depuis un siècle, ont cherché de diverses manières à réparer cette fracture et obtenu des résultats remarquables, ils se sont attaqué aux effets visibles de la déchristianisation, à la reconquête des milieux éloignés de l’Église, à la question sociale, à l’éducation, objectifs au demeurant nécessaires et excellents, ou, pour les plus mystiques, aux œuvres réparatrices destinées à satisfaire la justice divine. Ces dimensions-là n’échappent pas à Thérèse, qui sait combien ses parents ont pu s’y impliquer, mais elle rêve à d’autres moyens, sinon d’éradiquer le mal, au moins de lui arracher autant d’âmes que possible. La reconstruction d’une catholicité française doit commencer par la volonté, non pas tant d’effacer les stigmates révolutionnaires que de se confronter aux blessures provoquées par un monde sans Dieu entraîné dans une course au désespoir et au néant. À la philosophie de la mort de Dieu qui paraît s’imposer en cette fin de siècle, Thérèse oppose sa foi en un Dieu vivant, incarné, aimant, qui ne veut pas la mort de ses créatures, fussent-elles coupables, mais leur salut éternel. Reste que le prix à payer…

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Anne Bernet

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