> L’Essentiel de Thibaud Collin
Dans notre société libérale, la mort est devenue incompréhensible. Échec impossible à envisager pour ceux qui divinisent la liberté et croient à l’autonomie complète de l’homme, elle est donc invisibilisée et l’euthanasie et le suicide assisté ne représentent que les tentatives illusoires de contrôler sa destinée jusqu’au bout.
La loi sur « la fin de vie » légalisant « l’aide à mourir » a été sans surprise validée le 14 août par le Conseil constitutionnel (1). Je dis sans surprise car il est évident que cette instance chargée de juger de la constitutionnalité des lois n’est qu’une chambre d’enregistrement de l’esprit du temps (2). Or celui-ci est le libéralisme arrivé à son stade nihiliste. Libéralisme désigne ici la doctrine selon laquelle les droits de l’homme sont la mesure ultime du juste. Le décrochage anthropologique de ces dernières décennies aboutit au principe selon lequel l’homme est un être indéterminé qui a à déterminer ce qui est pour lui humain ; à charge de faire valider par les autres sociétaires son désir et sa liberté comme un « droit » inscrit dans la loi. Comme le désir et la liberté n’ont plus pour mesure un vrai bien humain, ils sont vus comme illimités. D’où la fuite en avant « sociétale » dont la « loi fin de vie » n’est que la énième étape.
Une fuite en avant
Désormais en France, donner la mort peut être identifié à un soin. Désormais, tuer une personne peut être l’objet d’une décision légale, et la cause de cette mort pourra être déclarée comme « naturelle » ! Désormais, le pacte de confiance hippocratique entre les médecins et leurs patients est rompu. Ce qui jusqu’alors était le triste privilège des embryons va potentiellement concerner une multitude de personnes, en attendant que les quelques conditions restrictives soient contestées et abrogées. Le Conseil constitutionnel confirme là que l’État républicain est devenu depuis les années 1970 le principal promoteur du nihilisme. Qu’entendre par ce terme ? Nietzsche le définit comme le moment où « les plus hautes valeurs se dévalorisent ». C’est-à-dire qu’elles apparaissent comme n’étant que l’expression et la projection des forces vitales arbitraires traversant l’être humain. Aucune valeur n’existe en soi. Nietzsche exprime la même idée avec une autre formule : « Dieu est mort » (3). Dieu est la valeur suprême, celle qui fonde toutes les autres valeurs. Dès lors, comment continuer à adorer…







