> Carte blanche d’Yves Chiron
Doit-on opposer le « Docteur séraphique » (saint Bonaventure) au « Docteur angélique » (saint Thomas d’Aquin) ? La sainteté de leur vie, l’un chez les franciscains, l’autre chez les dominicains, a été reconnue puisqu’ils ont été tous deux canonisés ; seulement quarante-neuf ans après sa mort pour saint Thomas, mais deux cent six ans après sa mort pour Bonaventure. L’éminence de leur doctrine a été également été reconnue puisqu’ils ont été proclamés tous deux Docteurs de l’Église, par des papes appartenant à leur ordre. Bonaventure dès 1488 par Sixte V, Thomas d’Aquin en 1567 par Pie V.
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Mais la doctrine de saint Bonaventure n’a pas été imposée à tous les étudiants ecclésiastiques de philosophie et de théologie comme celle de saint Thomas l’a été à partir de Léon XIII. Benoît XVI, en 2009, en publiant l’intégralité de sa thèse sur la théologie de l’histoire de saint Bonaventure (amputée des deux tiers lors de sa parution en 1959), a attiré à nouveau l’attention sur son œuvre. Marc Ozilou, reconnu pour ses travaux sur saint Bonaventure et traducteur de nombreux textes médiévaux, publie une biographie remarquable par son érudition autant que par la clarté de son exposé et la fluidité de son style. Même si l’ouvrage est chronologique, comme il se doit, les explications et la contextualisation élargissent la compréhension du sujet. Paradoxalement, saint Bonaventure a été plus honoré et reconnu de son vivant que saint Thomas d’Aquin. Le franciscain est maître de la Faculté des arts en 1243, maître de la Faculté de théologie de Paris en 1256, ministre de l’Ordre des Frères mineurs en 1257, créé cardinal en 1273, secrétaire général du concile de Lyon II en 1274, année de sa mort. Par la suite, il connaîtra une « marginalisation progressive », selon l’expression de Marc Ozilou. Il faut attendre la fin du XIXᵉ siècle pour avoir une édition critique de ses œuvres. Ses œuvres les plus connues appartiennent à des genres littéraires très différents : le Breviloquium…







