Ludovine de la Rochère : « Le Syndicat de la famille est nécessaire »

Publié le 14 Avr 2023
syndicat de la famille

Le Syndicat de la famille a pris la suite de la Manif pour tous. Ludovine de la Rochère, qui en est la présidente, répond à nos questions.

 

A l’occasion des 10 ans de la manifestation du 24 mars 2013, la Manif pour Tous est devenue le Syndicat de la famille. Pourquoi cette transformation ?

Depuis 10 ans, la Manif pour Tous défend la différence et la complémentarité homme-femme, la paternité et la maternité, la filiation, l’enfant. Ce sont les fondements de la famille. Et bien sûr, avec La Manif Pour Tous, nous avons aussi mené des actions pour défendre la politique familiale.

Ce changement vise donc, tout simplement, à afficher l’objectif – la famille – et à signifier que nous menons toutes les actions opportunes pour la défendre. Cela peut être parfois des manifestations, mais bien d’autres actions sont nécessaires. Un syndicat alerte, fédère, milite, dialogue, mobilise, influence… C’est précisément le cas du Syndicat de la famille.

Et c’est indispensable parce que la famille, qui structure la personne et la société, qui est irremplaçable, est largement déstabilisée en raison des attaques de toutes sortes dont elle est victime.

Il existe déjà des institutions comme l’UDAF, les AFC… quelle plus-value le syndicat de la famille veut-il offrir ? Pourquoi ne pas soutenir ce qui existe déjà en créant quelque chose de nouveau ?

Le Syndicat de la Famille est le prolongement naturel et logique de La Manif Pour Tous. On est loin d’une création ex-nihilo. Au contraire, il s’appuie sur l’expérience et les réseaux de La Manif Pour Tous, laquelle a montré son utilité, notamment par sa capacité à porter des messages essentiels dans le débat public.

Il existe en effet des associations familiales, très diverses.  Elles font partie de l’UNAF (union nationale des associations familiales). A ce titre, elles ont le droit d’avoir des représentants dans des institutions locales (les centres communaux d’action sociale – CCAS – par exemple) et nationales (comme le CESE). Et là, les AFC (associations familiales catholiques) ont un rôle irremplaçable… et ce d’autant plus que la plupart des associations familiales sont progressistes !

L’UNAF, en effet, a reconnu comme associations familiales des organisations progressistes et ce, de longue date. L’association des familles homoparentales (ADFH) par exemple, qui a fait pression pour la légalisation de la PMA sans père et poursuit en vue de la légalisation de la GPA, fait maintenant partie de l’UNAF.

L’UNAF a ainsi acté la possibilité de priver sciemment un enfant de père ou de mère, la filiation fictive, la parentalité marchandisée… comme elle avait déjà acté l’individualisme et, au fond, l’esprit anti-famille qui inspirent les choix de nos dirigeants, tout cela fragilisant considérablement la famille.

En conséquence, l’action de l’UNAF ne porte pas sur ce qui fonde la famille, mais seulement sur les questions matérielles. Certes, c’est important, mais ce n’est pas l’essentiel !

Le Syndicat de la Famille, de son côté, est un organisme libre et indépendant. Il n’a surtout pas vocation à rejoindre l’UNAF. Le Syndicat est à la fois nécessaire, compte-tenu de la situation actuelle, et complémentaire d’associations institutionnelles comme les AFC.

Et bien sûr, plus il y aura d’organismes puissants et convergents pour défendre la famille, mieux ce sera pour être efficace !

Quelles sont les actions concrètes que vous allez mener ?

Etant donné les attaques incessantes qui mettent à mal la famille, nous menons une veille quotidienne sur tous les projets, déclarations, mesures, législatives, politiques, médiatiques, judiciaires. Nous connaissons ainsi les risques en amont.

Dès lors, il s’agit de décrypter, d’informer et d’alerter par tous les moyens et canaux possibles. Nous menons donc de multiples actions militantes : campagnes de presse et de communication, tractage, affichage, conférences, mobilisations, etc. Cela implique aussi de former en continu nos cadres et nos militants, et en particulier les jeunes, qui sont très nombreux dans le mouvement.

Nous intervenons aussi beaucoup auprès des politiques et des leaders d’opinion, des journalistes et des influenceurs. Nous en rencontrons tous les jours, aussi bien au niveau local que national. Nous leur apportons de l’information, des analyses, des décryptages des risques et des conséquences des mesures envisagées.

Par ailleurs, nous développons auprès d’eux notre constat d’une situation très inquiétante de la famille française. Celle-ci vit une crise profonde. On le voit à de multiples signes : baisse du nombre de mariages ; baisse de la natalité ; augmentation considérable du nombre d’enfants élevés par un parent seul et du nombre d’enfants placés, etc.

D’autres signes en sont la hausse et la diffusion de la violence partout, qui désormais touche même des enfants ; l’augmentation des problèmes psycho-sociaux et des additions ; ou encore l’explosion de la solitude.

La famille se défait, et même ne se fait plus. Les conséquences constituent une déflagration qui impacte toute la société et mette en danger son avenir.

Nous exposons donc aux élus cette problématique qu’ils découvrent lors de nos échanges. Et nous leur exposons une vision globale des enjeux et des propositions concrètes.

Quelle politique familiale proposez-vous alors ?

Depuis longtemps, nos élus se répartissent entre deux attitudes : soit ils détestent la famille, parce que c’est un lieu de transmission qui leur échappe. Ceux-là cherchent à la déconstruire. Soit ils l’ignorent. Depuis très longtemps en effet, même ceux dont on attendrait qu’ils défendent la famille n’ont pas de doctrine, d’idées, de propositions en faveur de la famille.

Le mariage a été dévalorisé, bien sûr, par la culture individualiste et hédoniste, par la création du Pacs puis par le mariage de personnes de même sexe. Mais en outre, aujourd’hui, que l’on soit pacsé ou marié, et bientôt concubin, cela revient au même au regard de la fiscalité, du rapprochement de conjoints dans la fonction publique, pour l’Assurance maladie, etc. Cela aussi vise à dévaloriser le mariage, alors qu’il est la forme d’union la plus stable et donc la plus adaptée à l’enfant.

Tout cela a été voulu par certains et cela s’est fait, même quand c’était facile de l’empêcher, parce que ceux de nos élus qui ne sont pas anti-famille n’ont rien compris. Or, à l’inverse, de nombreuses mesures auraient pu et auraient dû être prises pour protéger et valoriser le mariage, mais ils n’en ont même pas eu l’idée ! Et cet exemple n’en est qu’un parmi beaucoup d’autres.

Nous avons donc urgemment besoin d’une politique familiale qui prenne en compte le mariage, la conjugalité, la paternité et la maternité, l’éducation (affective notamment), la bioéthique, le sociétal, la santé, etc.

Il faudrait avoir un Ministère de plein exercice ou une Délégation interministérielle dédiée à la Famille qui intègre tout ce qui concerne directement la famille, et pas seulement les allocations familiales !

Par ailleurs, toutes les mesures, toutes les politiques publiques doivent être évaluées au regard de la famille, avec des études d’impact. Car toutes, potentiellement, concernent et sont concernées par la famille. On le voit aujourd’hui avec le projet de loi retraites, mais c’est aussi vrai de l’instruction, la culture, la santé, le logement…

Un changement de paradigme est impératif !

On ne peut prétendre aider la famille sans défendre le respect de la vie. Allez-vous vous positionner sur des sujets tels que l’avortement, la contraception, l’euthanasie ?

Nous continuons, évidemment, de dénoncer et combattre l’idéologie du genre et tous ses avatars – mariage de personnes de même sexe, PMA sans père et PMA pour les personnes trans, GPA, etc.

Nous intervenons aussi, depuis plusieurs mois, sur l’euthanasie et le suicide assisté, en particulier lors d’interventions dans les médias, par communiqués de presse, tribunes, soutien et concertation avec d’autres associations, notes de décryptage adressées aux politiques sur les manipulations d’Emmanuel Macron, sur la nomination du député Olivier Falorni (militant pro euthanasie) à la présidence de la Mission parlementaire sur la fin de vie, sur le rapport publié par cette Mission, sur la Convention citoyenne, etc.

Pour ce qui est d’autres mesures, intégrées de longue date dans notre droit et dont on voit bien qu’on ne peut espérer l’abrogation qu’à moyen ou long terme, après un long travail de fond et d’influence – que nous menons chaque jour -, nous avançons pour le moment des propositions pour faire bouger les lignes dans le bon sens.

Pour l’avortement, par exemple, il faut faire connaître l’ampleur des conséquences humaines, faire comprendre que le taux français très élevé d’avortements est le signe d’un immense échec, inciter à des mesures pour que les femmes aient d’autres discours et recours que celui de l’avortement, etc.

Votre mouvement a mobilisé en grande majorité les catholiques, allez-vous l’afficher à l’image des AFC ? sinon pourquoi ?

Le Syndicat de la Famille n’a pas vocation à devenir confessionnelle, d’abord parce qu’il y les AFC, qui existent déjà, et c’est une bonne nouvelle ! Ensuite parce que, vous le savez, la foi et la raison se rejoignent. Autrement dit, les questions anthropologiques et éthiques sont à réfléchir et argumenter avec ces deux approches, complémentaires l’une de l’autre. Et bien sûr, une autre bonne nouvelle, c’est que les conclusions sont les mêmes !

Le Syndicat touche par ailleurs un public en partie différent de celui des AFC. Et, de fait, tous nos contemporains ont à découvrir sur l’Homme, la famille, l’éthique, le bien commun. Tous les hommes de bonne volonté en ont besoin… Et je peux témoigner du fait qu’une certain nombre, par une anthropologie bien comprise, en vient à découvrir la foi chrétienne.

Ceci dit en précisant que l’on me demande souvent, dans les médias, si je suis catholique, et bien sûr, je suis toujours heureuse de répondre que je suis non seulement catholique, mais surtout pratiquante !

La droite est moins encline à la syndicalisation que la gauche. Comment comptez-vous créer cette mobilisation que vous appelez de vos vœux ?

Vous avez raison : en France, il y a une idée assez négative des syndicats. Tout simplement parce que le syndicalisme français est très à gauche, voire à l’extrême gauche, qu’il est très peu représentatif et que l’héritage de l’Histoire est qu’il a le pouvoir de bloquer le pays. Mais il s’agit là de syndicats professionnels, ce qui est très spécifique.

Le syndicalisme, ce n’est pas seulement cela, même en France : je pense par exemple au MEDEF qui est un syndical patronal, ou à l’UNI, qui est un syndicat étudiant, qui sont bien différents des syndicats que nous évoquions pour commencer.

Mais surtout, si l’on prend un peu de recul sur le contexte français, on peut voir aussi que le syndicalisme est un moyen de défendre ce qu’on l’on veut protéger, et d’influencer. En Allemagne, par exemple, le dialogue social est beaucoup plus constructif et apaisé que chez nous, notamment grâce aux syndicats. Le syndicalisme s’avère alors utile et influent.

Le rôle d’un syndicat est de défendre et ce, par tous les moyens opportuns. Or c’est ce dont la famille a urgemment besoin, d’où le Syndicat de la Famille !

Il nous a aussi paru opportun d’utiliser ce terme pour montrer que l’on défend la famille et que l’on ne lâche rien. C’est un travail quotidien, 24h sur 24, avec des moyens d’action très divers. Nous allons dérouler une campagne d’appel à se syndiquer, pour être le plus représentatif possible.

La famille est plébiscitée par les Français, qui y sont très attachés : nous invitons donc tous ceux qui veulent protéger la famille à devenir membre du Syndicat (sur www.lesyndicatdelafamille.fr) !

 

A lire également : Haine de la famille dans les médias : quand les inepties progressistes mettent en valeur la sagesse de l’Eglise

Marguerite Aubry

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