Haine de la Famille dans les médias : quand les inepties progressistes mettent en valeur la sagesse de l’Eglise

Publié le 10 Mar 2023
famille

Deux critiques sans nuances ont été à nouveau lancées contre la famille et la civilisation chrétienne. Le diable même portant pierre, nous sommes reconnaissants à leurs auteurs de nous inviter à reconnaître et approfondir la vérité et la beauté de la famille.

 

Le sociologue Geoffroy de Lagasnerie (qui, comme son nom ne l’indique pas, appartient à la gauche idéologique la plus radicale) a défendu, le 6 mars dernier, sur les ondes de France Inter, la thèse de l’amitié comme fondement de la politique et a demandé qu’elle soit valorisée. Se serait-il limité à cela qu’il nous serait apparu fort sympathique : Aristote chez les insoumis ! Ah, si seulement le stagirite pouvait parvenir dans sa postérité, à coloniser tout à la fois Marx et Michel Foucault !

Telle ne fut point toutefois la pointe de son discours, mais une dénonciation des méfaits, selon lui structurels, de la famille, des limitations à la liberté individuelle qu’elle impose, alors, continuait-il, qu’elle n’est que l’habillage artificiel de l’hypocrisie, de l’étroitesse, de l’oppression. Après le « Familles, je vous hais ! » d’André Gide, place désormais à « Familles, piège à c*** ! » de Geoffroy de Lagasnerie.

Deux jours auparavant, sur BFM TV, Violaine de Filippis, porte-parole de l’association « Osez le féminisme », commentant deux meurtres de femmes par leur conjoint, déclarait que les féminicides sont systémiques de la tradition patriarcale occidentale et que la civilisation judéo-chrétienne en est le système.

Quelle structure du mal ? De la sociologie à la théologie

Évidemment, nous peinons à recevoir ces critiques, éminemment quant à la seconde, et nous pensons plutôt trouver le terreau de ces faits terribles dans la déshérence morale actuelle et certaines mœurs que l’immigration importe chez nous – ce que l’un et l’autre récusent. Le déni, symptôme de l’idéologie qui aveugle et que Péguy avait si bien caractérisé : « Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. » (Notre jeunesse)

Cependant, ne pourrait-on / ne doit-on pas leur accorder, non les conclusions, mais certains des constats de leur analyse ? N’y aurait-il pas un risque à dédouaner trop rapidement les structures traditionnelles de la société ? Bien que nous craignions qu’ils ne nous suivent pas, proposons-leur de descendre avec nous à un niveau d’analyse plus profond, celui de la théologie.

Or, que manifeste-t-elle, si ce n’est qu’il y a bien un système sous-jacent aux dysfonctionnements, ordinaires ou épouvantables, dans les familles et que ce système a bien partie liée à l’Eglise, mais pas comme ils nous le présentent. Ce système porte un nom : le péché originel et ses conséquences. Dans le champ humain qui nous occupe, il se résume dans l’avertissement divin à Eve après le péché : « Ton désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi » (Gn 3, 16).

Malheureusement, de cet avertissement, qui sonne tel une malédiction (l’enfermement dans un jeu de miroir mortifère entre séduction et force), on a retourné la portée, en en faisant la description, peut-être pas idéale, mais réaliste donc convenable, des relations entre hommes et femmes : on s’en glorifie même en certaines cultures ou certains cercles… A moins qu’on ne l’ait dédaigneusement rangé au rayon des conceptions obsolètes.

Un sérieux enjeu à affronter

Quoi qu’il en soit, l’homme, s’il ne s’en détourne, rechigne à regarder, et sans fard – 400ème anniversaire de Blaise Pascal oblige –, cette misère qui ne le constitue pas, mais plonge ses racines profondément en lui. Cette misère porte un nom assez peu à la mode : la concupiscence. Son remède n’est ni la dénégation naïve de son existence, ni le divertissement qui dispense d’une vraie vigilance. Son seul remède est, fondamentalement, le Christ et, en pratique, l’oubli de soi.

Ici, on sait gré à Monsieur de Lagasnerie d’avoir, à l’inverse de son intention, mis en exergue la logique de sacrifices, petits et grands, qui structure la vie familiale. Il s’en désole ? Nous, nous y reconnaissons la bonne nouvelle du Christ au mariage et à la famille !

Un seul texte suffirait à le montrer ; mais, à l’instar du mot concupiscence, il n’a pas bonne presse : il s’agit de l’épître de saint Paul aux Ephésiens lu aux messes de mariage (ou évité, quand on le peut…), et qui commence ainsi : « Femmes, soyez soumises à vos maris… » (Eph 5, 22 et suivants).

Arrêté par les premiers mots, on s’empêche d’apercevoir combien le texte renverse la loi du péché de Gn 3, 16 (et en elle, la soumission de la femme), en posant justement comme source et modèle le sacrifice du Christ pour son Epouse, l’Eglise, par amour pour elle.

Une civilisation chrétienne… pas assez chrétienne

S’il y a échec de la civilisation chrétienne, ce n’est pas d’avoir été chrétienne et civilisée, c’est de ne pas l’avoir été suffisamment, à la hauteur de l’enjeu et selon la dignité à laquelle le baptême nous a élevés. De ne pas l’avoir été ? De ne pas l’être ! Non pour donner des leçons aux autres, mais pour porter un certain exemple et, pourquoi pas, entraîner.

Or, reconnaissons au moins que la prédication ordinaire, les préparations au mariage, les mouvements de spiritualité conjugale peinent à aborder résolument cette réalité et parfois pensent tracer une voie immédiatement agréable et gratifiante. La fameuse illusion de croire possible de faire de la vie conjugale et familiale un « paradis sur terre » quand il s’agirait plutôt, et d’une façon plus humble et plus réaliste, de faire de la réalité domestique terrestre l’antichambre du Ciel.

Pourtant, si imparfaites soient-elles, les familles restent – contrairement aux propos de notre demi-aristotélicien – le dernier support dans les difficultés de tous ordres. Les enquêtes sont unanimes sur le sujet. De même que les familles sont, pour l’ordinaire des jours, le lieu d’une incommensurable économie de la gratuité par les gardes d’enfants, le soutien financier, l’hébergement, les fonctions dans les associations, les groupements scouts, etc.

Familles (chrétiennes), nous vous aimons !

 

A lire également : La responsabilité sacrée des parents dans le domaine de l’éducation

Chanoine Laurent Jestin +

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