Tension maximale à l’approche du Synode sur l’Amazonie

Publié le 12 Sep 2019
Tension maximale à l’approche du Synode sur l’Amazonie L'Homme Nouveau

Le Pape a profité des conférences de presse qu’il a tenues dans l’avion qui l’amenait, le 4 septembre, puis le ramenait, le 10, de l’Océan indien pour désigner très durement les opposants à la ligne doctrinale de son pontificat, et notamment à celle que l’assemblée synodale paraît devoir adopter. Il l’a fait en recevant l’hommage par Nicolas Senèze, journaliste à La Croix, de son dernier livre : Comment l’Amérique veut changer de pape (Bayard, août 2019). 

Dans cet ouvrage, complotiste à l’extrême, Nicolas Senèze relie l’opposition d’une part non négligeable, voire majoritaire, de l’épiscopat et de l’Église américaine aux orientations de l’actuel pontificat, avec des puissances financières catholiques, spécialement les Chevaliers de Colomb, « à mi-chemin entre le Rotary et une franc-maçonnerie », déversant leur manne sur la Conférence des évêques, plusieurs diocèses, la Marche pour la Vie, le réseau de télévision Eternal World Television Network, l’hebdomadaire National Catholic Register, Timothy Busch, fondateur du Napa Institute, etc. 

Nicolas Senèze décrit l’épreuve de force entre le Pape et la Conférence des évêques américains, notamment lors de sa réunion de novembre 2018, où fut retiré par Rome aux évêques le pouvoir de voter les textes qu’ils avaient préparés pour tenter de remédier à la crise provoquée par les affaires d’abus sexuels. Le 2 janvier 2019, il leur envoya une lettre que Nicolas Senèze résume ainsi : « Les divisions qui affligent l’Église d’Amérique sont d’essence diabolique ». 

Mais le principal personnage de son livre est en fait Mgr Carlo Maria Viganó, appuyé, selon lui, par les réseaux financiers américains. Il le nomme rien moins que « l’Adversaire » (Satan), le présente comme un escroc vis-à-vis de sa famille et comme homme extrêmement riche, « emblématique de cette caste à laquelle François se heurte ». En août 2018, Mgr Viganó lança ce que Nicolas Senèze appelle son « putsch » : une dénonciation des abus du cardinal américain McCarrick, du soutien que lui a apporté François, assortie et d’une demande de démission de ce dernier. « Dans cette affaire, écrit Nicolas Senèze avec le plus grand sérieux, Mgr Viganó aura en quelque sorte joué le rôle tenu en 1981 en Espagne par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, lors de sa tentative manquée de putsch contre la Chambre des députés : un officier vindicatif travaillant pour de plus hautes instances qui voulaient créer un vide institutionnel dans lequel s’engouffrer ». 

Dans le vol aller du 4 septembre vers l’Océan indien, le pape François s’était écrié, à propos de livre : « C’est un honneur que les Américains m’attaquent ». Dans le vol retour, sur le même sujet, il a n’a pas hésité à reprendre à son compte l’un des thèmes de l’auteur : « Vers un schisme américain ? », affirmant – de manière, par ailleurs, fort peu œcuménique – que lorsque « la doctrine ruisselle d’idéologie, il y a la possibilité d’un schisme ». Et de répondre aux accusations de progressisme social qui lui seraient faites : « Les choses sociales que je dis sont les mêmes que celles qu’avaient dites Jean-Paul II. Je le copie ! ». En quoi il joue sur du velours, car sa dénonciation du capitalisme ravageur est la part de sa pensée la plus en continuité avec la doctrine de l’Église. 

Mais il a élargi son attaque à la « rigidité » doctrinale. Les critiques contre lui, a-t-il expliqué, ne viennent pas seulement des Américains mais « d’un peu partout et aussi dans la Curie ». Cette critique non constructive, émane de « petits groupes fermés qui ne veulent pas entendre la réponse » et poursuivent une idée fixe : « changer de pape, changer de style, faire un schisme ». Faire un schisme. Thème qu’il a ensuite assez longuement développé, répétant plusieurs fois qu’il n’avait « pas peur du schisme ».

Il est probable que cette dramatisation des oppositions a été mûrement pesée. C’est notamment une réponse aux critiques véhémentes par les cardinaux Müller, Brandmüller et Burke du document préparatoire, l’Instrumentum laboris, de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie qui va se tenir en octobre, accusant ce document de pencher vers l’hérésie et même l’apostasie. Ces critiques sont en effet très lourdes : elles portent sur la partie du document traitant d’une évolution institutionnelle brouillant les frontières entre ministères sacramentels et laïcat, et surtout sur sa partie concernant la conjugaison du substrat religieux amérindien avec le message de l’Évangile. Les « intuitions » de Nostra Ætate, un des documents conciliaires les plus importants, traitant du dialogue avec les religions non-chrétiennes, reviennent ainsi au centre du débat ecclésial dans un contexte que le Pape entend donc dramatiser à l’extrême.   

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (3/3) : Une voix venue de l’Orient

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | Né au cœur de l’Orient chrétien, le chant byzantin traverse près de deux millénaires d’histoire. Il plonge ses racines dans les premières traditions de l’Église et s’est façonné au fil des siècles entre Jérusalem, Antioche et Constantinople. Johnny El Kassis, chantre à l'église Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris, que dessert la communauté catholique grecque-melkite, nous évoque ce trésor transmis jusqu’à aujourd’hui.

+

liturgie byzantine chant orient
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (2/3) : (Re)découvrir le rite byzantin

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | La chapelle consacrée aux chrétiens d’Orient dans Notre-Dame de Paris rénovée poussera-t-elle les catholiques latins à découvrir les rites, trop souvent incompris ou ignorés, des Églises catholiques orientales ? Ces rites trouvent tous leur origine, comme notre rite latin traditionnel, dans l’héritage directement reçu des apôtres, notamment le rite byzantin.

+

rite byzantin liturgie
À la uneÉgliseChrétiens dans le mondeLiturgie

Trésor de la liturgie byzantine (1/3) : Ce que je dois au rite byzantin

DOSSIER « Le trésor de la liturgie byzantine » | À 21 ans, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur par la suite de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, assistait pour la première fois à un office religieux selon le rite byzantin, dans l'une des plus anciennes églises parisiennes. Plus d'un demi-siècle après, il mesure combien cette rencontre presque fortuite a nourri sa spiritualité et sa compréhension de la complémentarité entre l'Orient et l’Occident. Un précieux témoignage liturgique.

+

liturgie byzantine
À la uneÉgliseLéon XIV

Léon XIV : « L’histoire du monde sans les saints serait plus pauvre et moins humaine »

Commentaire du Pape | Du 19 au 21 octobre 2026, le Dicastère pour la Cause des Saints organisait un congrès international sur « La sainteté dans l’Histoire ». Dans son discours de clôture, Léon XIV a affirmé que « l'histoire du monde sans les saints serait plus pauvre et moins humaine ». Il a aussi insisté sur  la nécessité d'une rigueur historique stricte dans les processus de canonisation.

+

saint dicastère Léon XIV pape
À la uneÉgliseSpiritualité

La Toussaint : fête des vivants

Carte blanche à Judith Cabaud | Le 1er novembre, l’Église catholique célèbre la fête de tous les saints – connus ou inconnus. Par extension, le lendemain, le 2, on commémore tous les fidèles défunts. Dans l’Évangile, la mort n’est pas une fin absolue, mais une promesse de vie et de résurrection.

+

Toussaint saint ciel défunt novembre