Une école pour travailler ou pour s’amuser ?

Publié le 07 Sep 2016
Une école pour travailler ou pour s’amuser ? L'Homme Nouveau

Je reste songeur quand je pense au coût moyen des fournitures scolaires. Et même si les parents privilégient les rayons à promotion, ils tiennent aussi grand compte des goûts des enfants qui préfèrent bien sûr les cartables flashy et les cahiers fluo-ludiques à l’austérité ringarde des pages blanches… Il faudrait aussi parler du coût de l’habillement, quand la rentrée ressemble à un défilé de mode vestimentaire : « Que vont dire les copains, si je n’ai pas la dernière fringue tendance à la mode ? ». Certains parlementaires osent aborder un sujet tabou en évoquant les bienfaits de l’uniforme à l’école (massivement supprimé après 68, mais communément pratiqué dans de nombreux pays, dont les plus pauvres), qui aurait l’avantage d’estomper les inégalités et aussi les insignes communautaristes…

Une école qui a renoncé à transmettre

Mais va-t-on à l’école pour jouer ou pour apprendre ? (L’expression est entrée dans le langage courant : « apprendre en s’amusant »…). Dans son livre choc Lettre à tous ceux qui aiment l’école, Luc Ferry, alors ministre de l’Éducation nationale (il l’a été moins de deux ans – et pour cause ! – de 2002 à 2004), osait diagnostiquer le bilan toujours plus négatif de l’enseignement, pour un budget toujours plus élevé. Il dénonçait l’héritage soixante-huitard : « l’omniprésente idéologie de l’expression de soi » et de « l’épanouissement de l’enfant », « l’exacerbation de l’individualisme », l’anti-pédagogie non-directive, la manie des réformes permanentes ; tout cela « a précipité l’école dans la crise, en valorisant l’innovation au détriment de la tradition, l’authenticité aux dépens du mérite, le divertissement contre le travail, et la liberté illimitée en lieu et place de la liberté réglée par la loi ».

Or, il est « impossible de parvenir à connaître le monde, à pratiquer un art ou un sport, mais tout autant à s’approprier les éléments fondamentaux de l’histoire, des langues ou de la littérature, sans passer par une certaine discipline du corps ou de l’esprit, une rigueur intellectuelle, un effort de réflexion et de pensée en l’absence desquels la culture scolaire est non seulement inaccessible, mais aussi peu attrayante. (…)  La finalité ultime de l’école n’est pas de divertir. Il y a bien d’autres lieux pour cela. Elle est de préparer les élèves à entrer dans un univers d’adultes qui n’ont pas à rougir, bien au contraire, de ce qu’ils peuvent transmettre et léguer aux jeunes générations pour leur permettre de s’inscrire à leur tour dans un monde qu’elles seront appelées, elles aussi, à habiter, à enrichir et à transformer ».

Cette franche auto-critique de Luc Ferry, on ne s’en étonnera pas, a été souvent très mal accueillie par les enseignants (le livre a même été brûlé dans certaines cours d’école ! « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté »…) et le ministre a dû laisser sa place. Plus de dix ans après, le bilan s’est alourdi, et ce n’est pas la « fra-cassante » « réforme du Collège » de Najat Vallaud-Belkacem, avec ses abandons déplorables et son nivellement par le bas qui va nous sortir de l’ornière. Le Haut Conseil de l’éducation recense à l’entrée en sixième 15 % d’enfants ne sachant ni lire ni écrire, et 25 % d’autres aux acquis dits « fragiles ». En moyenne, 122 000 jeunes Français quittent chaque année le système éducatif sans diplôme ni qualification. Or, écrit encore Luc Ferry, « l’échec scolaire conduit à la perte de l’estime de soi, et la détestation de soi engendre la détestation des autres et de la société ».

Une école qui veut se passer de la famille

Combien de ministres de l’Éducation, combien de réformes, combien de manuels scolaires jetés au pilon (et combien d’attentats…) faudra-t-il pour qu’on entreprenne une véritable nouvelle politique de l’enseignement en France ? C’est là qu’il est bon et nécessaire de rappeler que les premiers responsables de l’éducation de l’enfant, ce sont les parents. Mission bien exigeante aujourd’hui où la famille est soumise à rude épreuve : travail des deux conjoints, situations monoparentales, etc. (qui expliquent aussi le manque de suivi scolaire des enfants à la maison). Mais mission irremplaçable qui nous fait dire aux parents : Ne vous découragez pas – et ne démissionnez pas ! –, vous serez toujours les premiers et meilleurs éducateurs pour vos enfants ! Et tout ce que vous pouvez semer, avec le meilleur de vous-même – et avec l’aide de l’Esprit Saint ! –, sans craindre non plus de redresser et de compléter, tôt ou tard pourra fleurir et s’épanouir.

C’est là aussi qu’il faut relever la mission importante de l’Enseignement catholique, quand il n’a pas laissé s’évanouir son identité et son caractère propres qui constituent sa raison d’être : qui ne consiste pas à être un sous-traitant, une succursale de l’Éducation nationale, mais un partenaire à part entière, dans une compétition stimulante, et avec en bonus « les lumières »… de l’Évangile et de la vision chrétienne de l’homme. Pour lui rappeler cette mission, il y a les milliers d’élèves que les établissements catholiques ne peuvent accueillir par manque de place ; et il y a aussi les écoles hors-contrat et totalement libres qui s’ouvrent un peu partout aujourd’hui en France, manifestant l’incurie de l’institution étatique et la détermination des familles à assurer une véritable formation pour leurs enfants, autrement dit : le présent et l’avenir de cette génération.

L’abbé Michel-Jean Pillet est prêtre du diocèse de Belley-Ars.

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