Historien, spécialiste de l’histoire religieuse, auteur de nombreux ouvrages, Yves Chiron publie également le Bulletin d’histoire du traditionalisme, né à la suite de la parution de son Histoire des traditionalistes (Tallandier), première synthèse de grande ampleur sur ce sujet. Entretien.
| Qu’est-ce que le Bulletin d’histoire du traditionalisme exactement ?
Le Bulletin d’histoire du traditionalisme est consacré exclusivement au traditionalisme catholique, car il existe d’autres « traditionalismes », religieux (par exemple, l’Hindu Traditionalism) ou politiques (par exemple, la Comunión Tradicionalista espagnole qui est d’abord un mouvement politique légitimiste).
Le BHT vise à contribuer à la connaissance historique d’une mouvance désormais séculaire, qui ne se limite pas à la France et qui reste largement un continent ou un archipel mal connu. Le BHT publie donc des articles d’historiens français et étrangers, spécialistes de cette question.
Plusieurs types d’articles sont publiés : des Documents inédits ou anciens, précédés d’une présentation historique ; des Études, portant sur un thème, une période ou une personnalité ; des Lectures, qui sont l’analyse approfondie et critique d’un ouvrage ; des Notices biographiques sur des personnalités du catholicisme traditionnel, des Recensions de livres et une Revue des revues.
| À quel type de public s’adresse-t-il ?
Cette modeste publication n’est ni militante ni apologétique, en ce sens qu’elle ne prend pas parti pour un des différents courants qui divisent le traditionalisme catholique (unis à Rome, lefebvristes, guérardiens, non una cum, sédévacantistes, sédéprivationistes, conclavistes, etc.). Ce qui n’empêche pas de recenser des ouvrages et des revues appartenant à tel ou tel courant.
Mais les critères de discernement, d’un point de vue historique, sont ceux définis par le Magistère et la discipline de l’Église catholique. Si tel évêque ou clerc a été excommunié, ou si tel ou tel mouvement n’est pas en communion avec le Saint-Siège, le BHT le signalera ou le rappellera.
Après cinq numéros publiés, on voit d’ailleurs que le BHT a un lectorat très divers. Il y a des lecteurs (universitaires ou non) qui sont étrangers au traditionalisme mais qui s’y intéressent comme objet historique. Il y a aussi des prêtres, des religieux, des moniales, des laïcs qui appartiennent à cette mouvance traditionaliste ou traditionnelle dans sa très grande diversité.
Il est notable que le nombre des lecteurs étrangers du BHT est important. Le traditionalisme n’est pas un courant franco-français. Par exemple, il y a plus de prêtres qui célèbrent la messe traditionnelle aux États-Unis qu’en France.
| Que faut-il entendre exactement par « traditionalisme » ? Et sur quelle période s’étend votre investigation ?
On pourrait définir les « traditionalistes » comme les catholiques (clercs ou laïcs) qui sont attachés à la doctrine et à la liturgie traditionnelles de l’Église catholique. Un certain nombre d’entre eux récusent l’épithète de « traditionalistes », en revanche d’autres ont revendiqué l’épithète d’« intégristes », étiquette infâmante collée aux traditionalistes depuis le début du XXe siècle.
Saint Pie X, dans sa célèbre Lettre sur le Sillon (1910) qui condamnait ce mouvement catholique libéral, affirmait « les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes ». Et l’histoire du traditionalisme catholique commence bien avant. Il est né du refus des principes révolutionnaires tels qu’ils ont été exposés dans la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen (1789), la « Déclaration des droits de l’homme sans Dieu » (DHSD) disait Jean Madiran un des principaux représentants du traditionalisme catholique.
Ensuite, le traditionalisme catholique s’est surtout exprimé au XIXe siècle à travers l’antilibéralisme, puis à la fin du XIXe et au XXe siècle par l’opposition au modernisme. Après le concile Vatican II, le traditionalisme a été et reste la critique ou le refus de tout ou partie des textes conciliaires, la critique ou le refus de la réforme liturgique, la critique de la « nouvelle théologie » et la critique ou le refus du magistère des papes contemporains. Avec une très grande diversité d’attitudes et de positions.
Les Instituts et les monastères traditionnels qui sont en communion avec le Saint-Siège peuvent exprimer des désaccords avec le magistère contemporain, mais ils n’expriment pas un refus radical comme les lefebvristes ou les sédévacantistes.
| Faut-il avoir lu votre Histoire des traditionalistes (Tallandier) pour saisir les informations transmises par le BHT ?
Non, bien sûr. Même si cet ouvrage est la première synthèse historique sur le sujet. En un sens, le BHT est dans la continuité de cet ouvrage. À travers la diversité de ses collaborateurs et de ses études et articles, il poursuit la recherche historique engagée.
| Comment souscrire et recevoir le BHT ?
Le BHT paraît deux fois par an. En considération des conditions actuelles de l’édition et du lectorat, il est diffusé principalement par courriel. L’envoi est gratuit, il suffit de faire connaître son intérêt pour le BHT à l’adresse chiron.yves@orange.fr ; mais les lecteurs peuvent apporter un soutien financier.
Il existe aussi une version imprimée envoyée par la voie postale, là une participation de 20 € par an est demandée (courrier à adresser à Yves Chiron, 16 rue du Berry, 36250 Niherne).
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