Du pouvoir dans la modernité et la postmodernité

Publié le 24 Mar 2025
du pouvoir dans la modernité et postmodernité

© Kremlin.ru, CC BY 4.0

> Lettre Reconstruire n° 45 (mars 2025) | La Bibliothèque politique et sociale

  L’extension sans fin de l’État moderne que des épisodes récents, comme la gestion de la crise liée au Covid-19 ou actuellement la « guerre » déclarée entre la France et la Russie, mettent en évidence, conduit immanquablement à s’intéresser à la question du « pouvoir ».  Professeur de sociologie à l’université de Barcelone, docteur en philosophie, auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles, Javier Barraycoa a consacré un petit essai sur la situation du pouvoir dans nos sociétés postmodernes. Traduit en français, Du pouvoir bénéficie d’une substantielle préface de Thibaud Collin dont le titre indique tout l’intérêt : « L’arbitraire du pouvoir ou dans quelle mesure la démocratie peut-elle être dite totalitaire ? »  D’une manière plus large s’interroger sur le pouvoir revient à solliciter les notions d’autorité, de pouvoir, d’État, de légitimité et de bien commun. Javier Barraycoa prend acte dans son essai de la radicale transformation opérée par la modernité politique au moment de la Révolution française donnant naissance à l’État moderne. Citant plusieurs auteurs, de l’anarchiste Max Stirner à Hannah Arendt en passant par Bertrand de Jouvenel, il constate avec Stirner que « la Révolution a transformé la monarchie limitée en monarchie absolue. Désormais, tout droit qui n’est pas conféré par ce monarque est “usurpation”, tout privilège qu’il accorde, en revanche “droit”» (Max Stirner, L’unique et sa propriété et autres écrits, L’Âge d’Homme, 1972, p. 163). Paradoxalement, ce pouvoir absolu conduit à un double mouvement : « C’est l’État moderne qui produit l’individu ; et c’est la création continue de l’individu qui permet la consolidation de l’État moderne. »  Ces constats, beaucoup plus développés et étayés dans le livre, poussent Javier Barraycoa à poser la question de l’autorité et du pouvoir. Dans la conception traditionnelle, l’autorité est un pouvoir, mais tout pouvoir n’est pas autorité. L’autorité est un pouvoir moral et est davantage liée à la raison qu’à la volonté. De son côté, le pouvoir représente davantage la capacité concrète d’agir et de produire des effets. Il est dépendant et donc limité par l’autorité.  La modernité a renversé ce lien. « L’identification moderne du pouvoir (ou potestas) à l’autorité, écrit ainsi Javier Barraycoa, a permis de consolider le caractère négatif du pouvoir.

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

La Rédaction de Reconstruire

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉgliseSociété

Exorcismes : il est urgent d’informer les évêques et les séminaristes

Entretien | Le 13 mars dernier, le pape Léon XIV a reçu en audience privée les responsables de l’Association internationale des exorcistes (AIE). L’abbé Henri Forestier, exorciste du diocèse de Fréjus-Toulon, évoque leurs recommandations et leurs préoccupations, dans un monde en proie à un foisonnement de l’occultisme, mais aussi de scandales liés à des pratiques d’exorcisme malvenues voire nocives.

+

Exorcisme
À la uneSociétéHistoire

La violence, moyen politique ?

L’Essentiel de Joël Hautebert | Le décès du jeune Quentin, le 14 février dernier, a rappelé que la violence peut se développer dans la sphère politique. La Jeune Garde, héritière des mouvements révolutionnaires marxistes-léninistes, prône les mêmes méthodes d'action, s'appuyant sur la force physique. Pour certains, les coups sont le seul moyen d'avoir le sentiment d'agir de manière visible.

+

jeune garde violence politique
Société

Villages Saint-Joseph : accueillir pour redonner confiance

Initiatives chrétiennes | Nés de l'initiative d'un couple, les Villages Saint-Joseph accueillent depuis 1998 des personnes malmenées par la vie, afin de leur offrir une vie de famille et l'opportunité de se reconstruire grâce à une vie structurée autour du travail et de la spiritualité. Des lieux essentiels dans une société qui abîme les personnes et contribue à la destruction les liens sociaux et familiaux. Entretien avec Franck et Carline Saint-Jalmes, responsables de la maison Laudato Si.

+

villages saint-joseph laudato si maison
Société

Islam-République, le problème de la praxis

Après une brillante carrière de conseil et de cadre dirigeant, Jean-François Chemain est devenu volontairement enseignant d’Histoire en banlieue pour y transmettre l’amour de la France. Auteurs de nombreux ouvrages, notamment sur l’Islam en France, il analyse le sens de la parution du livre Musulmans en Occident, publié par la Grande Mosquée de Paris.

+

islam démocratie musulmans
SociétéPhilosophie

La guerre des sexes : un sophisme moderne

C’est logique ! de François-Marie Portes | Dans leur lutte contre ce qu'elles appellent l'inégalité, les féministes, qui ont manifesté le 8 mars pour la Journée des droits des femmes, rabaissent la relation hommes-femmes en l'identifiant nécessairement à une domination. Un slogan réducteur et un raisonnement sous-jacent faussement logique qui enveniment les relations entre les sexes.

+

sophisme femme sexe féminisme