La pause liturgique : Agnus 11 Orbis Factor (temps ordinaire)

Publié le 12 Juil 2025
grégorien croix introït offertoire agnus dei communion

Messe Orbis factor

 

Commentaire musical

Agnus 11 Partition agnus

 

Les sources manuscrites de cet Agnus proviennent en majorité d’Italie et on le date du XIVe siècle. Il présente la particularité de posséder une mélodie propre à chaque invocation. L’ensemble est emprunté au 1er mode et une douce paix rayonne de ce chant qui monte progressivement en intensité.

L’intonation est très calme, très intérieure. Elle ne dépasse pas la tierce mineure Ré-Fa et s’enroule autour du Ré en faisant entendre à deux reprises le Do qui joue ici d’emblée son rôle ferme de sous-tonique. L’accent de Agnus est enrobé dans une belle formule très liée. La finale de ce même mot est en détente et au grave ; l’accent de Dei est bien appuyé sur la sous-tonique et la tonique.

Un premier élan se manifeste sur les mots qui tollis qui font monter la mélodie vers la dominante du 1er mode, le La. Petit sommet très éphémère puisqu’on redescend aussitôt vers le Mi d’où on était parti, avant qu’une nouvelle montée mais plus sobre celle-là, sur le mot peccáta, nous fasse remonter jusqu’au Sol seulement, pour redescendre ensuite par degrés conjoints jusqu’au Do grave, ce qui nous fait retrouver sur la finale de peccáta et sur mundi la formule de l’intonation, mais un degré plus haut (Ré-Mi-Mi au lieu de Do-Ré-Ré). On est davantage, sur cette incise, dans l’atmosphère du mode de Mi, plus contemplative et mystique que celle du mode de Ré.

Notons aussi le bel équilibre mélodique de tollis peccáta, avec son beau mouvement ternaire : deux climacus identiques (Sol-Fa-Mi) encadrant un scandicus Mi-Fa-Sol, le tout progressant entièrement par degrés conjoints. L’attaque de miserére reprend la montée de qui tollis pour atteindre le La, et la finale de miserére et le mot nobis forment une nouvelle variante de la finale de l’intonation. Cette première invocation ne dépasse pas le La et se cantonne à l’intérieur de la quinte Ré-La du 1er mode, avec quelques appuis sur la sous-tonique Do.

La deuxième invocation marque une progression qui se manifeste dès le début : trois podatus, Ré-Mi, Sol-La et La-Sib, propulsent rapidement la mélodie vers la dominante, dépassée aussitôt par le Sib de Dei, mot bien appuyé sur sa base grâce au podatus d’accent. Pourtant, malgré cet élan initial, la mélodie ne s’envole pas encore mais redescend vers les degrés inférieurs, se pose provisoirement sur le Mi sur la finale de tollis. Le mot peccáta, assez orné dans la première invocation, est au contraire purement syllabique ici, et conduit vers la cadence en Do grave de mundi.

Quant à la formule de miserére nobis, elle est très belle avec son petit élan initial et sa retombée par degrés conjoints et bien balancée, jusqu’au Do puis finalement la cadence en Ré de nobis.

Cette deuxième invocation semblait promettre un jaillissement qui n’arrive en fait qu’à la troisième invocation. L’intonation Agnus Dei est une variante mélodique de celle de la seconde invocation. Elle ne fait pas entendre le Sib, en revanche elle s’achève sur une petite montée syllabique, Sol-La sur Dei, qui laisse présager que l’envol va venir cette fois pour de bon.

Et c’est ce qui arrive : prenant appui sur le podatus La-Sol de qui, la mélodie bondit vers le Do aigu puis jusqu’au Ré sur le mot tollis qui représente ainsi le sommet de toute la pièce, pour amorcer ensuite une longue descente qui part du Do aigu sur peccáta et va rejoindre le Do grave sur mundi, dont la belle cadence, si profonde, est une variante développée de celle de la première invocation.

Après le bon crescendo de Agnus Dei, après le jaillissement fort de qui tollis, après l’apodose large et profonde de peccáta mundi, on retrouve la belle paix qui imprègne toute cette pièce sur la formule de dona nobis pacem qui reprend en partie la mélodie du second. miserére nobis. Les trois invocations et le finale de l’intonation s’achèvent de la même manière : un podatus Do-Ré et un punctum Ré, formule de cadence très simple, très ferme, très paisible.

On est donc en présence d’un Agnus très construit, aux nombreuses variantes mélodiques, respirant la sérénité et dont la singularité (une mélodie propre à chaque invocation) en fait un petit chef-d’œuvre à part de tous les autres Agnus du répertoire grégorien.

 

>> à lire également : Céline Cléber : « La France vit au bord de la rupture »

 

Un moine de Triors

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