La pause liturgique | Kyrie 12, Pater cuncta (Fêtes des saints)

Publié le 13 Sep 2025
kyrie communion

Messe 12 Pater cuncta :

 

Commentaire musical

Kyrie 12 Partition Kyrie

 

Voici un Kyrie extrêmement simple et plein de beauté et de profondeur. Il est daté du XIIe siècle mais on le trouve déjà dans des manuscrits du XIe siècle. Il suit un schéma très simple de type aba,a-b : trois Kyrie identiques, trois Christe identiques, deux Kyrie reprenant la mélodie des trois premiers Kyrie, et le dernier Kyrie associant la mélodie des Kyrie à celle des Christe.

Le 8e mode donne de la profondeur à cette pièce qui semble à première vue très légère. Il est sûr que la mélodie des Kyrie peut être chantée de façon très guillerette, presque sautillante, en tout cas assez rapide. Son rythme parfaitement binaire pourrait pousser à cette interprétation. En réalité, ce beau chant gagne en expression quand il est revêtu de calme, de legato. Il prend alors une autre dimension, sans perdre pour autant sa simplicité.

Un trait de sa composition est remarquable : la mélodie des Kyrie va du Sol initial au Sol final et s’élève jusqu’au Ré aigu en faisant entendre toutes les notes de la quinte Sol-Ré. Une montée mélodique précède le saut de quinte Sol-Ré, avant la belle descente par degrés conjoints, bien rythmée, très calme, qu’il ne faut surtout pas précipiter. On se pose sur le Sol et la mélodie de eléison rebondit légèrement en tendance douce vers l’accent, puis en détente vers la finale Sol.

Ce Kyrie réalise donc deux courbes, une davantage prononcée, l’autre plus modeste, mais le tout dans une atmosphère très paisible, sans accident. Retenons que la mélodie se déroule d’un Sol à l’autre, toute au-dessus du Sol.

Si l’on considère maintenant la mélodie des trois Christe, on observe le phénomène exactement inverse : la mélodie part du Sol, s’achève sur le Sol, mais se déroule entre les deux toute en dessous du Sol, jusqu’au Ré grave (le Kyrie montait au Ré aigu), c’est-à-dire dans la quarte inférieure du 8e mode, et faisant entendre elle aussi toutes les notes de cette quarte, comme la mélodie des Kyrie faisait entendre toutes les cordes de la quinte.

Par ailleurs, après le rythme binaire des Kyrie, on voit apparaître deux rythmes ternaires dans celle des Christe. Il y a donc à la fois un élargissement rythmique et un abaissement mélodique : deux réalités musicales qui expriment le mouvement d’abaissement du Fils de Dieu (Christe) dans l’Incarnation, et la complaisance avec laquelle le Seigneur s’unit à nous, prenant ses délices, comme il nous le dit, à demeurer avec les enfants des hommes. Il convient de chanter ces Christe avec beaucoup plus de retenue, dans un tempo large, et avec des voix plus piano.

Il ne reste plus qu’à remarquer que la mélodie du dernier Kyrie réalise, sur le Sol, un bel enchaînement entre le début de la mélodie du Kyrie et la mélodie du Christe. Cette synthèse allie la grâce du début à la profondeur de la fin, et donne beaucoup de noblesse à ce Kyrie.

 

>> à lire également : 1ers samedis de Fatima (6/9) | La dévotion ignorée

 

Un moine de Triors

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