Droit canonique (2/4) : La transcendance du droit ecclésial

Publié le 04 Mar 2026
droit canonique église

La finalité de la juridiction ecclésiale est le salut de l’homme. (Le chemin du salut, fresque d'Andrea di Bonaiuto, chapelle des Espagnols, basilique Santa Maria Novella, Florence.)

> DOSSIER n° 1850 : « Le droit canonique : pour quoi faire ? »
La mission de l’Église est celle que le Christ lui a assignée : annoncer le salut et être l’instrument de sa réalisation. Cette mission tient dans une finalité précise : procurer la salus animarum (le salut des âmes). C’est le sens de l’ultime canon 1752 du Codex Iuris Canonici de 1983, la fin que tout l’ordre juridique canonique doit poursuivre, car le salut des âmes doit toujours être la loi suprême dans l’Église. De ce fait, le droit ecclésial est attaché par nature à la vie de l’Église. Il est un moyen, un secours et une protection.

  L’Église, corps du Christ, est un ensemble organisé, c’est-à-dire qu’elle est une véritable société qui, comme toute autre société, est également organisée juridiquement. L’ecclésiologie, particulièrement attentive à la dimension mystérieuse de l’Église, permet de lire la portée théologique de sa dimension juridique. En effet, l’Église est d’institution divine non seulement dans sa dimension invisible mais aussi dans sa dimension visible ; par conséquent, même dans son caractère juridique, l’Église ne procède pas simplement de la volonté humaine des fidèles, ni d’une quelconque autorité humaine.

Une seule réalité

Par l’analogie qui existe entre le mystère du Verbe incarné et le mystère de l’Église, l’élément humain-visible (la société constituée d’organes hiérarchiques) et l’élément divin-invisible (l’action de la grâce) forment une seule réalité complexe. Il découle que l’objet de la foi n’est pas seulement la réalité invisible de la grâce, mais aussi la réalité visible composée d’éléments humains, dans la mesure où celle-ci est également pertinente pour le salut. Dès lors, l’élément humain de l’Église n’est pas accidentel ou secondaire, mais correspond à l’essence même de l’Église. L’Église ne peut être connue adéquatement que par la foi. Mais la grâce de l’Esprit qui l’anime se manifeste, en cohérence avec l’économie de l’Incarnation, dans une société organisée juridiquement avec ses propres moyens et structures. C’est pourquoi l’Église est une réalité sociale, visible, historique dont l’organisation hiérarchique est comme une garantie de la fidélité à son divin fondateur. C’est en cela qu’elle est une société juridique parfaite. Cette justification du droit dans l’Église trouve, ici, sa raison : l’homme entre dans l’Église avec toutes les exigences de son être ; son expérience relationnelle y est donc aussi caractérisée par la juridicité, c’est-à-dire par l’obligation de rapports de justice. On retrouve dans…

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Bernard Callebat | Professeur des Facultés

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