Votre mission, si vous l’acceptez

Publié le 08 Oct 2025
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Le zèle missionnaire aspire à rappeler aux hommes que Jésus a un message inouï pour eux. © João Saplak / Pexels

> L’Éditorial du Père Danziec

 

Dans son encyclique Redemptoris Missio, publiée en 1990, Jean-Paul II réaffirmait la valeur permanente du précepte missionnaire. En octobre 2025, le commandement vaut toujours. Un baptisé qui ne serait pas missionnaire ne pourrait se considérer comme un chrétien authentique. En effet, alors que l’esprit du monde ne cesse de nous enjoindre de nous libérer de tout, (de la loi naturelle, de l’autorité, de la piété filiale, de nos devoirs… etc.), le pape polonais rappelait déjà que « la véritable libération consiste à s’ouvrir à l’amour du Christ ».

Sommes-nous prêts à devenir des témoins ?

Le jour ultime de sa vie terrestre, alors que notre Rédempteur s’apprêtait à rejoindre le Ciel, il conviait ses apôtres sur le mont des Oliviers. Bientôt Jésus allait se dérober à leurs yeux pour trôner en Paradis. Quelles paroles testamentaires, quelles ultimes recommandations, quels derniers conseils délivre-t-il alors à ses disciples ? « Lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous serez revêtus de force et vous me rendrez témoignage jusqu’aux extrémités de la terre ! » (Ac 1, 8)

Ces mots capitaux s’adressent, toujours et encore, à chacune de nos âmes, et ne cessent de nous interroger. Sommes-nous prêts à devenir des témoins du Christ « jusqu’aux extrémités de la terre » ? Est-ce que nous nous rendons disponibles – en vérité ! – à l’Esprit-Saint pour être habités par la Force de Dieu et rendre témoignage de la sagesse de l’Église ?

La fin de l’Évangile selon saint Matthieu, explicite et sans équivoque, ne laisse planer aucun doute sur ce que Jésus-Christ attend de ceux qui veulent devenir ses disciples aujourd’hui : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ! » (Mt 28, 19). Parler du Christ ne peut être optionnel. Pour saint Paul, l’Apôtre avec un « A » majuscule, diffuser l’enseignement du Christ ne relève pas d’un choix mais d’une exigence de vie : « Annoncer l’Évangile, en effet, n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16)

L’un des aspects de la crise existentielle, qui traverse hélas de nombreux membres de l’Église – et ce peut être nous ! –, consiste à succomber à la piteuse tentation de réduire le christianisme à une sagesse purement humaine. L’Église serait une ONG et l’Évangile une charte des Droits de l’homme saupoudrée de spiritualité. Jean-Paul II l’analysait comme une « sécularisation progressive du Salut ».

Les uns ou les autres, avec bon cœur, se battent pour l’humanité, certes, mais pour un homme ramené à sa seule dimension horizontale, quand le zèle missionnaire, lui, au contraire, aspire à rappeler aux hommes que Jésus a un message inouï pour eux.

L’autre versant de cette crise, plus subtil, consiste à tomber dans le piège d’une forme de prosélytisme civilisationnel. On défend la culture chrétienne, mais sans pour autant se laisser imprégner par elle. On défend l’imaginaire de Don Camillo mais sans fréquenter l’Église. Or, que serait le héros de Guareschi sans paroissien à sa messe ? Que seraient les pardons en Bretagne, faute de porteurs de bannière connaissant leurs prières ? Que serait l’association SOS Calvaires si ses bénévoles n’étaient pas mus par l’ambition d’une conversion personnelle ?

Être missionnaire revient au premier chef à se laisser soi-même convaincre des bienfaits merveilleux attachés à la filiation divine à laquelle nous sommes appelés. Toujours, il faut être prêt à interroger la nature, le motif et l’importance de sa relation au Seigneur.

Le jugement de Dieu

Chaque homme, nous le savons selon la parabole des talents, sera jugé sur la façon dont il aura agi, pensé, parlé durant son existence et ce, au regard de ce qu’il aura reçu. Dieu seul sondant les reins et les cœurs, il lui sera possible de nous juger en toute justice, à l’aune des vertus que nous aurons pratiquées et des sacrifices que nous aurons accomplis, en dépit des inévitables failles et fragilités inhérentes à notre nature humaine blessée par le péché originel.

Nous serons jugés sur ce que nous aurons dit à Dieu et sur ce que nous aurons dit de Dieu. Entre autres choses, c’est ce qui nous permettra d’obtenir, ou non, notre ticket d’entrée dans le Saint des Saints. 

Comprenons-nous bien, le zèle de la mission découle donc non seulement du précepte formel du Seigneur, mais aussi de l’exigence profonde de la vie de Dieu en nous. Si « l’amour du Christ nous presse » vraiment (2 Co 5, 14), alors nous donnerons à notre vie son sens plénier. L’intensité d’un zèle missionnaire se mesurant à l’intensité de la foi en Jésus-Christ et en son amour pour nous, L’Homme Nouveau n’a pas d’autre ambition, numéro après numéro, que de nourrir l’une et l’autre. Une mission exigeante mais non pas impossible. Bonne lecture !

 

>> à lire également : « La messe, trésor de la foi » : (re)découvrir la liturgie tridentine

 

Père Danziec

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