La République du Panthéon

Publié le 03 Nov 2025
robert Badinter panthéon

Le 9 octobre 2025, le cénotaphe de Robert Badinter entrait au Panthéon. © Wyslijp16, CC BY 4.0

> L’Essentiel de Joël Hautebert
En accueillant Robert Badinter, la République a poursuivi sa liturgie laïque au temple de ses héros. De l’église Sainte-Geneviève au sanctuaire des « grands hommes », le Panthéon incarne la substitution progressive du culte de Dieu par celui de la République.

  Le 9 octobre dernier, jour anniversaire de l’abolition de la peine de mort (1981), le cénotaphe de Robert Badinter est entré au Panthéon. L’avocat décédé en 2024 est la cinquième personnalité « panthéonisée », selon l’usage lexical courant, par l’actuel président de la République. Si chacun a ses héros et ses modèles, la procédure de panthéonisation par la République est moins exigeante quant aux délais que celle qui conduit à la béatification par l’Église. La comparaison n’a rien d’ironique tant la réception dans le temple de la République s’apparente à une pratique religieuse.

D’un temple à une église

Le nom du lieu est déjà hautement symbolique. Le panthéon qui est à Rome, l’un des bâtiments antiques parmi les mieux conservés, était initialement un temple consacré à tous les dieux, érigé sur ordre d’Agrippa au Ier siècle avant notre ère, avant d’être totalement reconstruit par l’empereur Hadrien dans la première moitié du IIe siècle. Après la christianisation de l’Empire, il fut transformé en Église chrétienne par le pape Boniface IV en 609. Le panthéon qui est à Paris est un bâtiment dont la construction fut entamée à l’initiative du roi Louis XV, en l’honneur de la patronne de Paris, sainte Geneviève, dont cette nouvelle église prit le nom. Le premier fronton représentait des anges entourant la Croix du Sauveur. L’achèvement des travaux en 1790 coïncida avec les événements tumultueux des premiers mois de la Révolution. L’église Sainte-Geneviève fut alors rebaptisée « Temple de la Patrie » par un décret révolutionnaire de 1791. L’inscription « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante » y fut imposée, tandis qu’un nouveau fronton représentait une femme couronnant les vertus civiques et guerrières. Le bâtiment fut même dénommé « Temple de l’humanité » en 1848 sous la IIe République. Parmi les premiers « grands hommes » voués au nouveau culte laïc figurent Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Au cours du XIXe siècle, la destination du bâtiment, son nom et son fronton subirent les vicissitudes des changements politiques, passant du culte catholique au culte républicain en fonction des régimes. Si l’actuel fronton date de 1837, c’est seulement en 1885, sous la IIIe République, que le Panthéon devint définitivement ce qu’il est aujourd’hui.…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Joël Hautebert

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

La prison entre exigence et humanité

Entretien | Première femme à diriger le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, la plus grande prison de Guadeloupe, depuis avril 2023, Valérie Mousseeff témoigne dans La prison comme horizon de la réalité carcérale et de l’engagement du personnel pénitentiaire. C’est à ce titre qu’elle a répondu à nos questions.

+

Prison
À la uneSociété

Vous avez dit fatigue démocratique ?

Sans surprise, les élections municipales ont donné lieu aux habituels commentaires et analyses. Malgré une certaine mobilisation lors du deuxième « round », force est de constater que l’abstention est restée globalement stable, atteignant ainsi des chiffres historiques. S’agit-il d’une crise passagère, d’une fatigue démocratique ou sommes-nous en post-démocratie ?

+

élection fatigue démocratique
SociétéÉducation

Des assises pour l’éducation intégrale

ENTRETIEN | Le 19 mars se tiendront au Collège des Bernardins, à l'initiative de « Saint-Joseph Éducation », les Assises de l'éducation intégrale. Grande première : les intervenants et les participants sont issus de l'enseignement catholique sous contrat et hors contrat. Entretien avec François-Xavier Clément, fondateur de Saint Joseph Éducation.

+

assises éducation intégrale
SociétéFin de vie

Enquête sur l’ADMD (3/3) : L’ECLJ : Pour le bien commun et la défense des plus fragiles

DOSSIER « L’ADMD : enquête sur une étrange association » | Depuis plusieurs mois, l’ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice), une organisation de juristes chrétiens, se mobilise contre le projet de loi française sur l’euthanasie à travers des travaux de grande qualité. Mais son champ d’action est beaucoup plus vaste comme le précise ici son directeur, Grégor Puppinck.

+

maxresdefault ECLJ