Saint Charbel (2/5) : Le moine d’Annaya, mémoire et espérance d’un peuple

Publié le 16 Déc 2025
Saint Charbel Liban

Statue de saint Charbel devant le monastère d’Annaya. © Fayadjimmy, CC BY-SA 4.0

> DOSSIER « Saint Charbel, thaumaturge universel »
Figure spirituelle majeure du Liban contemporain, saint Charbel n’a cessé, depuis sa mort, de marquer l’histoire de son pays. De la vague de miracles de 1950 au renouveau du culte maronite, jusqu’au récent chemin de pèlerinage Darb Mar Charbel, le moine d’Annaya demeure un repère national et un lien puissant entre le Liban et sa diaspora.

  Il est sans doute sans précédent qu’un saint soit à ce point consubstantiel à son peuple, et à la fois aussi universel. On peut penser à sainte Jeanne d’Arc, mais elle est aussi une héroïne nationale, alors que saint Charbel n’a rien fait, pendant sa vie, qui attire l’attention. « Les maronites montrent les lieux de saint Charbel, c’est une façon de se représenter soi-même », dit l’historien Bernard Heyberger. C’est au point que le saint du Liban a occulté le premier Charbel. En effet, le moine avait pris comme nom de religieux celui d’un martyr du début du II siècle. Mais nul ne s’avise de préciser qu’il parle de saint Charbel d’Annaya. Même si le martyr n’est pas oublié, quand on dit « saint Charbel », c’est celui du XIX siècle, celui qui représente le Liban chrétien, celui en qui se reconnaissent les Libanais, d’abord les maronites, mais pas seulement.

Une vénération récente

La vénération populaire à grande échelle de saint Charbel est pourtant relativement récente : quand en 1950 on procéda à une exhumation solennelle. Comme en 1899 et en 1927 on trouva son corps intact et exsudant un mystérieux liquide. Il y avait eu alors quelques miracles attribués à saint Charbel. Mais en 1950 c’est une cataracte de prodiges. Au monastère Saint-Maron d’Annaya, mais aussi partout au Liban et dans le monde. En deux ans vont arriver 135 000 lettres de 95 pays, de gens qui rendent grâce et de gens qui supplient qu’on leur renvoie tel tissu ou telle image qui aura touché le tombeau du saint. Le gouvernement libanais s’inquiète de cette ruée, et un ministre agnostique va sur place tenter de calmer le jeu, mais il se trouve confronté à la guérison subite d’un grabataire qu’il connaissait bien…

Un lien national

Cette année 1950, ce sont encore les débuts de la République libanaise réellement souveraine (créée en 1926 sous l’égide de la France, qui se retire en 1946). Saint Charbel est, pour le peuple, le thaumaturge national (même des musulmans sont guéris à…

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Yves Daoudal

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